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L'anglo " rose " de la Commission Larose
N° 202 - septembre 2001

Hydro réalise enfin un vrai profit à l’exportation ! Ou presque...
Gaétan Breton
La conférence des premiers ministres de l’est du Canada et des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre a une nouvelle fois mis en lumière l’appétit des États-Unis pour l’énergie canadienne et plus particulièrement pour l’électricité québécoise. Hydro-Québec et le gouvernement, le mandataire des citoyens pour gérer leur société d’État, ont clamé, pendant des années, qu’Hydro réalisait de faramineux profits avec les exportations d’électricité principalement aux États-Unis. Qu’en est-il vraiment ?

Une analyse des états financiers de la grande entreprise publique montre que, pour arriver à des profits, il faut calculer d’une drôle de manière. Par exemple, entre 1987 et 1996, les prix à l’exportation se sont tenus largement en dessous du coût complet. Le prix maximum à l’exportation a oscillé entre 2,01 et 4,16 (ç/kWh) alors que le coût complet variait de 4,13 à 4,61 (ç/kWh). Le coût complet étant le total des coûts encourus divisé par la quantité totale de kWh (kilowatt/heure) produits.

Pour certaines de ces années, le coût complet était de 0 4,13, 4,19, 4,35, 4,38, 4,61.

Ce coût complet, en 1997, se décomposait comme suit 0

Production 2,31

Transport 1,52

Distribution 0,78

Total 4,61

Mais, cette répartition ne vient pas de la nature des choses, elle vient des choix faits par Hydro.

Trois clients, trois mesures

Prenons un exemple simple. Nous effectuons la livraison d’un paquet à trois clients à la même adresse, nous allons diviser en trois le coût du transport (l’usure du camion, l’essence, le salaire des livreurs, les frais d’administration). Il est probable que nous imputerons à chacun des clients un frais d’administration forfaitaire, parce qu’il serait trop difficile de savoir combien chacun coûte vraiment; puis, si un client avait un colis de 10 kilos et l’autre de 250 kilos, nous ne compterons pas la quantité d’usure du camion, d’essence ou de temps supplémentaire requis pour charger le plus gros colis.

Si nous facturons à la distance, nous allons séparer en trois et ce sera légèrement incorrect; si nous facturons au poids, nous allons avoir des prix différents, ce qui sera aussi incorrect parce que le colis le moins lourd était très fragile et demandait plus de temps de manutention. Comme on le voit, tous les choix sont imparfaits.

Cependant, imaginons que je ne facture pas dans le coût de livraison l’usure du camion que je considère comme un frais fixe. Il va falloir que je le facture dans le prix du produit, sinon je vais faire faillite. Ça veut dire que les clients qui ne se font pas livrer leurs achats vont payer en partie pour ceux qui se les font livrer. Il faut bien comprendre que c’est exactement ce que fait Hydro-Québec. Ce qu’il en coûte à chacun dépend de la façon dont Hydro-Québec sépare les coûts de transport et les coûts de distribution.

Le courant est plus continu que le profit

Hydro-Québec a construit une ligne à courant continu se rendant directement à la frontière américaine et servant uniquement aux exportations. Cette ligne spéciale coûte une fortune. Si on imputait le véritable coût complet aux kWh vendus aux Américains, ce coût serait vraisemblablement plus élevé.

Quand on vend systématiquement aux Américains en bas du coût complet, on fait payer aux Québécois les frais fixes – comme dans l’exemple précédent de livraison – pour vendre moins cher à l’exportation. On fait donc financer l’exportation d’électricité, et par le fait même de nos jobs, par les clients québécois captifs.

En l’an 2000, alors que le coût complet s’élève à 5,4ç/kWh, nous avons exporté en moyenne à un prix de 6,3ç/kWh. Aurait-on enfin fait un vrai profit ? Ça dépend toujours de la façon de compter. Nous avons vendu aux Américains 30,479 tWh (millions de kWh) à court terme, pour un total de 2003000 000 $. Mais, pendant la même période, nous avons acheté pour 2408000000 $. Or, nous sommes sensés vendre ce que nous avons en trop. Ainsi, les achats, s’il y en a, en excluant la production de Churchill Falls, devraient être imputés aux ventes à l’exportation. Nous ne connaissons pas vraiment le coût spécifique des achats à Churchill Falls, mais nous savons que ce contrat existe depuis quelques décennies au même prix et que les achats d’électricité ont été multipliés par 8,8 fois depuis 1996 seulement.

Même en oubliant la ligne à courant continu et seulement en imputant les achats aux exportations, le profit disparaît. Je crois qu’on a compris que le profit est une notion très volatile et que même quand, pour la première fois, on réalise un profit apparent, il est très loin d’être certain qu’on ne vient pas encore de faire un cadeau aux Américains sur le dos des consommateurs captifs.

Il serait temps qu’Hydro-Québec et les ministres responsables arrêtent de nous charrier et nous disent enfin la vérité sur ces questions.

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