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N° 239 - mai 2005
Avons-nous manqué un coup d’État au Québec ?
La droite économique est réduite au silence !
Michel Bernard*
Un phénomène pour l’instant risible : un article du Devoir publié le 9-10 avril intitulé « Une étiquette qui tue ? » exposait, notamment à la suite de l’émission Indicatif Présent du 5 avril animée par Marie-France Bazzo, l’idée d’un martyr de la droite économique et morale qui se dit réduite au silence au Québec.

En fait, cette droite se qualifiait elle-même de courageuse d’oser ainsi sortir du placard devant la domination de la gauche dans les médias. On ciblait notamment les présences de Gérald Larose et de Françoise David pour illustrer ce « monopole ». Cette droite héroïque ferait du Québec une société plus «normale» où la droite serait représentée…

D’abord, il faut dire qu’il y a des idées qui meurent d’elles-mêmes sans être bâillonnées. La droite économique décrit le marché comme l’institution indépassable pour exprimer les choix du peuple. Ce marché est une procédure juste et ceux qui n’y percent pas ne peuvent fondamentalement rien exiger.

À ma connaissance, les médias, les journaux, les postes de radio, de télévision sont très majoritairement privés au Québec et ils ne sont pas spécialement à gauche… Ne pensons qu’à La Presse. Or, cette droite se plaint justement d’être exclue de ce marché… Ont-ils le droit de se plaindre en vertu de leur propre doctrine ? Hormis que j’aie manqué un coup d’État, il me semble que le programme du Gouvernement Charest n’exprime pas particulièrement le résultat d’une emprise de la gauche.

Parmi les invités de Madame Bazzo, l’ineffable Stéphane Gendron, le maire d’Huntingdon qui se définissait comme un homme de droite. Les huit cents travailleurs du textile d’Huntingdon jetés à la rue ont dû sursauter. Un récent reportage montrait son répondant chinois, un multi-milliardaire devant son usine textile où s’entassaient, serrées comme des sardines, des milliers de jeunes femmes payées à un salaire de survivance avec les dortoirs annexés à l’usine. Quant au patron, il s’était fait fabriquer une réplique de la Maison Blanche à coup de centaines de millions $.

Pendant que la FTQ demande au gouvernement canadien de réagir à l’inondation du marché par la production chinoise, Gendron s’est déniché une émission de radio à titre de contribution à la « normalisation » du discours au Québec. Son idée centrale : le retour à la peine de mort…

Invité aussi, Christian Dufour qui accusait la gauche de s’attribuer le monopole de la vertu ou du cœur. Justement, la gauche n’invoque pas le cœur mais le droit. Les contingences qui frappent un individu originent d’un réseau de causalités qui s’étend au-delà de la responsabilité de chacun. C’est pourquoi les idées de gauche ont fait de l’accès aux biens premiers un droit social et n’ont pas laissé cela à la charité.

L’apologie de la liberté américaine ne doit pas faire oublier les 2 millions de prisonniers et le 1941 milliards de livres de nourritures distribuées par la seule organisation Second Harvest à 23 millions d’Américains en 2004, dont 40 % à des working poors.

Dufour faisait des idées de gauche des valeurs « féminines » alors que les idées de droite seraient « masculines ». Il sortait Janette Bertrand du formol pour en faire un emblème des idées de gauche alors que Mme Thatcher n’aurait pas été perçue comme une « vraie femme ». Là j’avoue que c’était difficile à suivre. Même si ce n’était pas l’objectif de sa démonstration, il faut admettre que la droite, surtout la droite morale, aime les femmes à genoux ou cantonnées dans des rôles traditionnels.

Madame Bazzo présentait son émission comme une pièce de sociologie, mais on y a entendu les préjugés traditionnels sur le féminisme, l’écologisme et les « assistés » sociaux.

Côté écologie, on visait les Richard Desjardins naturellement, mais il n’y a pas de petites causes : on rangeait au niveau de faciste un écologiste qui avait osé suggérer de réduire la durée des douches. Un des invités a senti le besoin de dire qu’il avait réagi en prenant une douche d’une demi-heure. Silence toutefois sur l’activité qui avait meublé cette demi-heure. La réaction indique que le quart des espèces en danger ne doivent pas trop compter sur la droite.

Invité aussi, Luc Gagnon de la revue Égards dénonçant, la Bible sous le bras, l’excommunication de la droite morale au Québec. Dans cette version de la droite s’exprime la nostalgie de voir l’État imposer l’Au-delà. Un Au-delà qui ne peut s’imposer par lui-même par une sanction du réel ou une démonstration rationnelle. Là aussi un coup d’œil envieux au conservatisme américain qui exige que la création en sept jours soit enseignée dans les cours de biologie. En passant, là aussi on aime les femmes à genoux et à la journée longue, pas seulement à l’heure de la prière.

L’article parlait d’un Mathieu Bock-Côté, autour de qui se serait formé un chapitre du cercle Raymond-Aron défenseur de la démocratie québécoise menacée par la montée de la nouvelle gauche québécoise. Il dit avoir refusé de se joindre à Égards qui, parmi ses projets, défendait Wal-Mart contre les méchants syndicats et qualifie La lettre conservatrice de bouffonnerie. Bock-Côté avec sa prétention à une droite plus cérébrale doit s’y résoudre ; la droite a le don d’attirer les crétins comme la merde attire les mouches.

* Chaire d’Études Socio-économiques UQAM

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