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N° 239 - mai 2005
Le commerce d’influence fait partie des déductibles
La corruption de l’eau n’est pas dans la bouteille
André Bouthillier
Au moment où les politiciens se saignent sur la place publique, je dois vous avouer que j’ai perdu mon innocence et je dois dorénavant admettre et me résigner au fait qu’il n’y a pas eu de relâchement des mœurs sociales dans le monde des affaires-politiques. Ce fut toujours comme ça ! Quoi ça ? La corruption avec un petit « c » et la corruption avec un grand « C ». Vous ne pensiez tout de même pas que la Commission Gomery a inventé les ressorts après les sauterelles de la corruption et du conflit d’intérêt ! Non mais !

« Dis donc Paul, connais-tu quelqu’un qui achèterait ma vache ? Si tu m’trouves un client, j’te donne 10 % de la vente ». Corruption ? Non ! C’est une commission sur vente. Ah bon ! On constate que, de tout temps, il a été de bon ton d’offrir un petit cadeau à celui ou celle qui t’aide à gagner ta vie. Dans le commerce plus structuré cela se nomme aussi « fidélisation de la clientèle ».

Posez la question aux travailleurs d’entrepôt de la SAQ et ils vous expliqueront que durant le temps des fêtes, des milliers d’entrepreneurs, travailleurs et travailleuses autonomes, gens d’affaires de tous genres achètent le vin et les fines liqueurs à la caisse pour livraisons chez leurs clients. Petite attention pour remercier les donneurs d’ouvrage d’avoir pensé à eux durant l’année et tous ces petits cadeaux sont déduits des profits des compagnies et leur permettent de payer moins d’impôts.

Posez la question à toute personne occupant un poste d’inspecteur de chantier et vous apprendrez avec émerveillement qu’ils sont sous constante pression de la part de ceux qu’ils inspectent pour qu’ils soient très tolérants dans l’application des contrats, …et qu’ils ne seront pas oubliés! J’ai personnellement souvent entendu cette phrase dans la bouche des inspecteurs… « mais si je l’dénonce, y va faire faillite, çé d’valeur c’t’un bon gars ». Dans certains cas c’est tellement répandu que les entreprises sont propriétaires de camps de chasse et pêche ou de condos à Miami qui ne servent qu’à leurs invités pas trop regardants sur le conflit d’intérêt. Ceux et celles qui leur donnent des informations à l’avance sur ce qu’il y aura dans la soumission ou l’appel d’offre. Ceux qui autorisent les extras et addendas aux contrats.

Dans le domaine de l’eau, par exemple, expliquez-moi pourquoi en 1997, quelques mois avant le débat sur la privatisation de la distribution de l’eau à Montréal, la « Lyonnaise des eaux », entreprise française, première sur les rangs pour bénéficier de cette privatisation prônée par le maire Bourque, avait financé une exposition à la « Pointe à Callières » nouveau musée – bébé du maire. Est-ce pour cette raison que la ville permit aux cadres de la Lyonnaise de se familiariser avec les systèmes de gestion, analyses des coûts d’opérations et visite des lieux? Toute l’information nécessaire pour soumissionner et posséder un avantage net sur les concurrents qui n’avaient pas accès à la même qualité d’information.

Est-ce par esprit civique que les dirigeants de la firme d’ingénieurs BPR, experte en gestion des eaux usées, ont contribué 5 000 $ à la caisse électorale du parti Renouveau municipal de Québec …ou pour s’assurer 15 millions $ de contrats? Est-ce que les contributions électorales des dirigeants de la firme Genecor civil ont aidé à obtenir les mandats de conception pour les usines d’eau de Charlesbourg et de Beauport ? Par exemple, les associés Marcel Faucher et Yves Dion ont donné chacun 500 $ en 2003. Un autre associé, Pierre Lavallée, et son épouse, Louise Mercier, ont versé chacun 1000 $ en 2002 et en 2003. Nous devrons bientôt exiger qu’une enquête à la Gomery scrute les agissements des villes et des MRC. Nous pourrions mettre à jour des histoires bien croustillantes.

Dans le domaine des infrastructures de l’eau, il se pratique aussi la corruption systémique, spécialité des multinationales de l’eau qui n’en sont pas à leur premier président ou représentant mis en prison pour détournement de bien public. En France, le cas le plus célèbre est celui du maire de Grenoble, Alain Carignon (ancien ministre) et des dirigeants de la Lyonnaise des eaux. Les pratiques institutionnalisées par les multinationales de l’eau sont à la base de tous les abus : opacité de la gestion, surfacturation, pratiques monopolistiques, etc.... Ainsi à chaque mise en accusation de corruption, les compagnies changent de nom, mais pas de pratique. Voici une série de noms qui parlent des mêmes actionnaires : Sade, Générale des eaux, Waterforce, US Filter et Veolia. Même chose pour Société des eaux de Marseille, CGE Suez S.A. Degrémont, Sita, Ondeo, Vivendi.

À cette corruption structurelle, relevée par tous les chercheurs et toutes les enquêtes publiques depuis une dizaine d’années, s’ajoute maintenant une autre facette, celle des cas d’enrichissement personnel qui éclatent avec les « affaires politico-financières », le financement occulte des partis politiques par les entreprises et l’École nationale d’administration publique qui ose défencre son invitation d’enseigner faite à un Alain Juppé, politicien français condamné pour avoir détourné des fonds publics au profit de son parti politique… exactement comme le scandale des commandites. J’imagine que l’école invitera également Alfonso Gagliano pour participer à un séminaire.

Ajoutez au tableau la volonté de la présidente du Conseil du Trésor qui nous invite à cautionner la gestion par partenariats public-privé, outil par excellence de corruption utilisé par les multinationales de l’eau, et il ne me reste plus qu’à reprendre à mon compte la boutade de Michel Chartrand à propos de ces multinationales de l’eau. Il y a tellement de voleurs ici, pourquoi en importer de France ?

Note au lecteur : Afin de faciliter la lecture, chacune des références précises n’apparaît pas dans le texte. De plus, plusieurs noms n’ont pas été mentionnés pour éviter des poursuite en libelle. Elles proviennent pour la partie internationale, des livres « Le système Carignon – à propos du cas de Grenoble en France » et du livre de Jean-Luc Touly « L’eau de Vivendi les vérités inavouables » et du site de référence d’ Eau Secours ! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau à : ww.eausecours.org

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