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N° 239 - mai 2005

Un forestier en chef nommépar le gouvernement
Marie-Pierre Paquin-Boutin
Après avoir annoncé une réduction de 20 % du calcul de la possibilité forestière, le gouvernement Charest va de l’avant avec une autre recommandation centrale du rapport Coulombe et crée un poste de forestier en chef.

Le titulaire de cette nouvelle fonction aura comme principale tâche de déterminer le niveau maximal de récolte dans chaque unité d’aménagement. C’est lui qui supervisera les calculs de possibilité forestière et les plans de coupes, responsabilités qui relèvent actuellement du ministère et des industriels.

Le forestier en chef devra également fournir un bilan quinquennal de l’état global des forêts et pourra conseiller le ministre sur la nature, la conformité et les critères de qualité des plans d’aménagement. Rattaché au MRNF à titre de sous-ministre, le forestier en chef disposera de pouvoirs d’enquêtes et d’études autonomes. Il devra de plus diffuser et justifier publiquement toutes ces décisions.

La création de ce nouveau poste, qui influencera assurément le mode de gestion forestière, donne lieu à une rare unanimité dans le milieu forestier. Tant du côté des centrales syndicales que des représentants de l’industrie et de l’Ordre des ingénieurs forestiers, l’on accueille favorablement cette nouvelle qui constitue un pas dans la bonne direction pour séparer le politique de l’industrie. Les détails exacts sur les pouvoirs réels et la liberté dont disposera le forestier en chef se font toutefois toujours attendre.

Pour plusieurs, cette fonction de gardien indépendant du patrimoine forestier demeure indispensable pour mettre un terme à l’étroite relation entre les industriels et le ministère, connivence mise en évidence par l’Erreur boréale du duo Desjardins-Monderie.

Désormais, en toute logique, ce ne seront plus les élus et les bénéficiaires des concessions qui prépareront les plans d’exploitation quinquennaux, mais un forestier en chef indépendant. Sa présence rendra notamment beaucoup plus difficiles les fraudes sur les quantités de bois coupé dans le but de réduire les redevances payées au gouvernement.

Le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du papier et de la forêt (FTPF-CSN), Sylvain Parent, souligne que cette annonce va dans le sens des recommandations qu’a fait la FTPF au ministère depuis 1999. « Même si nous avions plutôt proposé de créer un poste de vérificateur général spécialisé pour la foresterie, nous sommes d’accord sur le principe du forestier en chef, reste maintenant à voir le pouvoir réel que le gouvernement lui accordera », explique M. Parent en entrevue téléphonique.

Pour la présidente de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, Johanne Gauthier, il doit y avoir une séparation nette entre le politique et le professionnel. « Il est important de saisir que le forestier en chef a une tâche professionnelle, celle de superviser les calculs des volumes de bois disponibles pour la coupe en tenant compte des facteurs de régénération naturelle et de développement durable, et que le ministre, a quant à lui, une fonction politique en allouant les concessions forestières à partir des chiffres fournis par le forestier en chef. L’indépendance entre ces deux fonctions est fondamentale pour regagner la confiance du public », soutient Mme Gauthier.

L’ingénieur forestier et auteur des Vrais maîtres de la forêt québécoise, Pierre Dubois, ajoute que le statut public et l’indépendance du forestier en chef sont essentiels pour que « la gestion forestière soit complètement imperméable aux pressions du puissant lobby industriel. Les enjeux et les responsabilités d’un tel poste sont trop importants pour ne pas être au-dessus de toute partisanerie politique ».

Pour ces raisons, le rapport Coulombe déposé en décembre dernier suggérait de dépolitiser cette fonction stratégique de calcul de la possibilité forestière

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) applaudit également à l’annonce de la nouvelle et souhaite que le forestier en chef soit nommé par l’Assemblée nationale et non par le gouvernement afin de créer une véritable distance entre l’industrie et le ministre.

Les représentants de l’industrie semblent toutefois miser à fond sur ce nouveau poste pour redorer leur blason auprès du public. Le directeur général du CIFQ, Jacques Gauvin, affirme en entrevue que la création du poste de forestier en chef est une bonne chose pour regagner la confiance de la population et redonner de la crédibilité à l’industrie. De l’avis de M. Gauvin, il est primordial d’ « aller dans le sens de l’opinion publique pour enlever ce que la population considérait, à tort ou à raison, comme un biais entre le politique et le professionnel ».

Sommes-nous en pleine opération de relations publiques ou y a-t-il une réelle volonté des pouvoirs publics de séparer le politique de l’industrie ? On peut en douter maintenant qu’on sait que le forestier en chef sera nommé par le gouvernement en poste. Selon M. Dubois, il faudra peut-être attendre quelques années avant de pouvoir le vérifier, puisqu’en forêt, les résultats se mesurent à long terme. « J’espère que ce n’est pas une stratégie pour noyer le poisson », précise M. Dubois, qui craint que la régionalisation de la gestion forestière recommandée par le rapport Coulombe ne donne lieu à un plus grand désengagement de l’État. « Ce ne serait pas la première fois que l’on donne plus de responsabilités aux régions sans transférer les ressources nécessaires », ajoute-t-il.

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