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Vivement le CHUM
N° 238 - avril 2005

Les faux arguments
François Parenteau
Dans un débat, quel qu’il soit, on a toujours à faire face à un bon lot de faux arguments. Le faux argument est un proche cousin du prétexte dont l’actualité américaine des dernières années nous a fourni de nombreux exemples. Les armes de destruction massive étaient un prétexte pour envahir l’Irak. Le combat pour la démocratie au Moyen-Orient a pris le relais quand le prétexte précédent n’a plus tenu. Remarquez, le pacifisme affiché de l’Europe en étant sans doute un aussi contre la guerre, il n’y a qu’à voir leur insistance à vendre des armes à la Chine pour s’en douter.

L’exemple le plus fréquent est l’argument du temps. Les défendeurs de la médecine chinoise et de l’astrologie mais aussi de principes religieux archaïques et d’idées politiques réactionnaires vous le sortiront à tout moment: ça fait 2000 ans que ça existe, ça doit être bon. Pourtant, on a pensé pendant des millénaires que la terre était plate, que la femme était inférieure à l’homme, que c’était ridicule de se laver les mains entre les opérations et que la masturbation pouvait rendre sourd. Or toutes ces croyances se sont avérées fausses, la meilleure preuve contre la dernière affirmation étant que vous puissiez m’entendre ce matin... et que je puisse vous parler.

Attention, cependant, le fait que ça fasse 2000 ans que ça existe n’est pas non plus une preuve qu’il faille changer quelque chose ou l’écarter. Le faux argument ne vaut rien, ni en faveur de la thèse qu’il vient soutenir, ni à son encontre. Il peut y avoir du bon dans la médecine chinoise. Sauf que son ancienneté ne prouve rien.

Les faux arguments sont ainsi la mauvaise herbe de la réflexion. Il faut apprendre à les zapper dès qu’on les apperçoit, à les éliminer de l’équation. Parce qu’ils ont beau être des coquilles vides, souvent, à force d’en accumuler, il finissent par faire la différence dans la balance.

Par exemple, Bernard Landry serait trop vieux pour permettre au Parti Québécois de se renouveler. S’il se peut qu’il ne soit pas la bonne personne, l’âge n’a rien à voir avec ça. Parlons des idées, parlons des politiques, mais cessons de faire du rah-rah-rah générationnel. C’est idem pour les femmes en politique. On peut bien souhaiter en voir plus, dès qu’une candidate mettra de l’avant qu’elle est une femme comme un atout, voire une qualification, je zappe.

Mais le plus aigu des faux arguments actuels, c’est celui de la comparaison avec ailleurs. C’est ce que nous sort Jean Charest pour ses PPP, sa sous-traitance et toutes ses mesures néo-libérales. Attention, ici, le fait d’affubler une mesure d’être « de droite » ou « néolibérale » est un raccourci qui peut parfaitement devenir un faux argument, j’en conviens.

Mais quand Charest dit que les étudiants québécois sont les plus privilégiés au monde, c’est un immense faux argument. D’abord parce que la prémisse est fausse. Comme l’a dit mon collègue Vanasse, c’est à croire que le Québec de Charest est bordé à l’Ouest par l’Alberta, au Sud par le Texas et à l’Est par l’Angleterre. Mais, anyways, est-ce une raison ? Pourquoi ne serait-ce pas le Québec qui serait le modèle à suivre ? Qu’y a-t-il de foncièrement néfaste à être différent ? Et le Parti Québécois est bien mal placé pour critiquer ce faux argument, il l’a lui-même invoqué pour permettre le virage à droite au feu rouge !

Les faux arguments sont la mauvais herbe de la réflexion. Ils agissent comme ces leurres contre lesquels le système de bouclier antimissile ne peut rien. La technique est simple: un méchant leader terroriste fou veut lancer une attaque nucléaire sur New York. Mais il sait que les États-Unis ont des missiles anti-missiles qui viendront faire exploser son missile bien avant qu’il n’atteigne sa cible. Alors il envoie des tonnes de missiles sans charge, des ogives vides, pour confondre le système qui ne pourra pas toutes les intercepter. Il ne lui reste plus qu’à se croiser les doigts et attendre pour voir s’il gagnera à cette lugubre loterie.

Et pendant qu’on s’attaque à de faux arguments, on ne discute pas de ces fameuses « vraies affaires » dont Jeff Fillion se vantait de parler. Le coeur du problème reste intact. Et ces derniers temps, on a affaire à tant de faux arguments dans tellement de débats que je me dis qu’il doit bien y avoir un missile qui s’en vient.t

Texte lu à l’émission du 19 mars de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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