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Vivement le CHUM
N° 238 - avril 2005
Tout est contaminé dans l’affaire des terrains du CP
Paul Desmarais était-il un gentil négociateur ?
Pierre Dubuc
Un train peut en cacher un autre », peut-on lire sur les panneaux dans les gares en France pour inviter les voyageurs à la prudence. Dans la saga du CHUM, un train peut cacher… un terrain contaminé ! Expliquons-nous.

L’essentiel du débat à propos de la cour de triage du site Outremont a porté sur la présence de voies ferrées où circulait des trains transportant des matières dangereuses et l’impossibilité de les déplacer assez loin pour rendre le centre hospitalier – pardon !, la technopôle – sécuritaire.

Mais peut-être nous sommes-nous laisser aveugler par la question des voies ferrées et n’avons pas vu que le véritable enjeu était le terrain contaminé !!!! C’est l’éditorialiste André Pratte de La Presse qui nous met la puce à l’oreille.

Il écrit : « L’Université de Montréal doit absolument acheter le terrain de la gare de triage, terrain qui pourra enfin être exploité après des décennies de tergiversations. Le contrat signé avec le CP permet à l’institution d’acquérir l’emplacement sans grever outre mesure son budget. Il est clair aujourd’hui que le développement futur de l’Université doit se faire à cet endroit. La Ville de Montréal doit saisir cette occasion et travailler de concert avec l’Université pour guérir cette plaie sur son territoire. »

Pourquoi l’Université de Montréal devrait-elle « absolument » acheter ce terrain ? Au ministère de l’Éducation, on conteste les besoins d’agrandissement de l’Université de Montréal. Pourquoi André Pratte n’en fait-il pas mention? Pourquoi reviendrait-il à la Ville de Montréal de « guérir cette plaie » ?

Il n’est pas inutile de revoir les conditions du contrat signé entre l’Université de Montréal et le CP à propos de cette « plaie ».

Dans un article intitulé « L’offre d’achat divulguée », (26 février 2005) les journalistes André Noël et Pascale Breton de La Presse rapportent les termes de ce contrat.

Le terrain contaminé, apprend-on sera vendu tel quel. L’Université de Montréal devra acheter la gare de triage « à ses risques et péril », stipule l’offre d’achat qu’elle a signée en décembre avec son propriétaire actuel, le Canadien Pacifique.

« Le vendeur (le CP) ne donnera aucune garantie de quelque nature que ce soit concernant la qualité environnementale de l’immeuble (la gare de triage). L’acheteur (l’Université) devra prendre l’immeuble à ses propres risques et périls. De plus, l’acheteur devra renoncer à toute réclamation à cet égard. »

La gare de triage, en exploitation depuis un siècle, est remplie de BPC, d’hydrocarbures et de produits chimiques toxiques. Seul le CP a analysé les sols. Il a remis les résultats à l’Université, mais il refuse d’en garantir l’exactitude, écrivent André Noël et Pascale Breton.

« Le vendeur ne donnera pas de garantie et ne fera pas de déclaration quant à l’exactitude ou à l’exhaustivité des analyses environnementales que le vendeur lui aura remises », note l’offre.

L’Université aura le droit de refaire des analyses. Si les coûts de décontamination sont de 25 millions, elle devra les payer entièrement. Si c’est moins, elle devra partager les « économies » à parts égales avec le CP (par exemple, si les coûts sont de 23 millions, elle devra donner un million au CP).

Si c’est plus, le CP devra partager les coûts supplémentaires à parts égales avec l’Université (par exemple, si les coûts sont de 31 millions, le CP devra en payer trois).

Au-delà de 40 millions, l’Université est la seule à payer. Enfin, elle peut retirer son offre d’achat si les analyses démontrent que la décontamination coûtera plus de 30 millions.

Voilà ce que nous apprennent les journalistes André Noël et Pascale Breton.

L’éditorialiste André Pratte et la chroniqueure Lysiane Gagnon du journal La Presse nous ont invités à plusieurs reprises à nous incliner devant l’altruisme, la générosité et la philanthropie de leur patron Paul Desmarais qui aurait, gracieusement, accepté de négocier avec le Canadian Pacific pour le plus grand bénéfice de l’Université de Montréal.

Mais peut-être avons-nous tout compris de travers ! Et si, plutôt que de négocier pour l’Université de Montréal, Paul Desmarais aidait le CP à se débarrasser d’un terrain hautement contaminé, d’une « plaie », en en refilant l’inévitable facture de décontamination à l’Université de Montréal et à la Ville de Montréal. Au bout du compte, aux contribuables montréalais et québécois !

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