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Vivement le CHUM
N° 238 - avril 2005

Malgré le gel, plus les frais augmentent; c’est quoi la logique ?
Gabriel Sainte-Marie
Les compressions du gouvernement Charest dans le régime de bourses sont odieuses et injustes. Cependant, certains individus, comme l’ancien ministre Joseph Facal, dénoncent ces compressions tout en demandant le dégel des frais de scolarité. Cette suggestion a séduit de nombreux éditorialistes et commentateurs. Même l’éditorialiste Josée Boileau écrivait dans Le Devoir du 17 mars, que pour régler le problème du financement des universités : « La seule solution réaliste, c’est de dégeler les droits de scolarité. »

Malgré leur gel en 1996, les frais de scolarité ne cessent d’augmenter au Québec. Selon Statistique Canada, l’étudiant moyen au bac a payé 904 $ de frais de scolarité pour l’année scolaire 1990-1991. Ces frais ont plus que doublé et s’élèvent cette année à 1890 $. Les frais de scolarité représentent une part de plus en plus importante du budget des cégeps et universités. Cette portion est passée de 6,6 % en 1990 à 8,9 % en 2004.

En même temps, l’État se retire du financement de la formation post-secondaire. Toujours selon Statistique Canada, les différents paliers gouvernementaux assuraient 78,1 % du financement des cégeps et universités du Québec en 1990. Aujourd’hui, cette part a reculé de 10 % et s’établit à 68,2 %. Le gouvernement se désengage de l’éducation et des autres services collectifs.

Le débat entourant les frais de scolarité dépeint nos valeurs sociales. Ces frais représentent une barrière économique aux études supérieures pour la classe moyenne et pour les plus pauvres. Il est normal qu’ils soient plus bas au Québec qu’ailleurs au Canada : nos impôts plus élevés remplacent une partie des frais de scolarité et garantissent un peu plus d’équité.

Plusieurs sociétés comme l’Italie et la France ont opté pour des frais de scolarité symboliques. Ces pays ont choisi de subventionner l’éducation supérieure à l’aide d’impôts plus élevés. La moitié des pays de l’Union européenne, comme l’Irlande, vont encore plus loin en n’exigeant aucuns frais de scolarité. Le Québec est encore loin de politiques aussi progressistes.

Plutôt que partager la richesse, les partis politiques dominants préfèrent annoncer des baisses d’impôts aux plus fortunés. Même la firme ultra-capitaliste Standard and Poor’s, qui donne des cotes de crédit aux entreprises et administrations publiques, suggérait en 2001 au gouvernement du Québec de réinvestir en santé et en éducation. Selon l’agence, les compressions budgétaires ont été trop importantes au cours des années 1990. Elle préfèrerait voir l’État dépenser davantage dans les services publics plutôt que de réduire encore les impôts. C’est le monde à l’envers : Standard and Poor’s dit au gouvernement de redistribuer davantage la richesse !

Au Québec, les écarts de richesse se creusent et la classe moyenne perd du terrain. Pendant ce temps, les grandes corporations ont des taux d’imposition quasiment nuls, même si les entreprises enregistrent des bénéfices records depuis plus de dix ans. La Presse du 26 février dernier titrait : « Les meilleurs profits en quatre ans », en parlant des bénéfices d’exploitation des entreprises canadiennes. De plus, ces grandes entreprises détournent de plus en plus d’argent dans les paradis fiscaux. La Presse du 15 mars dernier annonçait qu’en 2003, il y a eu 88 milliards détournés dans les centres financiers offshore.

Les gouvernements fédéral et provincial devraient faire preuve de courage en augmentant les impôts des grandes sociétés. Ces revenus pourraient servir à redistribuer la richesse en subventionnant davantage les services publics. Plutôt que de demander une hausse des frais de scolarité, nos journalistes devraient suggérer la gratuité scolaire comme c’est le cas dans la moitié des pays de l’Union européenne.

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