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Vivement le CHUM
N° 238 - avril 2005
Pourquoi le Suroît serait-il la seule région à rouler PPP ?
Le péage rendra la 30 inaccessible à ses usagers
Marc Laviolette
La décision du gouvernement Charest de construire le tronçon Dorion-Châteauguay de l’autoroute 30 en Montérégie en mode partenariat privé public et de permettre l’installation de postes de péage sur ce tronçon d’autoroute, a soulevé la colère des citoyens de la région du Suroît. Ils ont donc décidé de s’organiser et lançaient le 3 mars dernier la coalition « La 30 sans péage ».

Christian Vincent et Alain Desjardins, les deux portes-parole de la coalition, ont été très clairs lors de l’annonce du plan d’action de la coalition dont l’unique but est d’empêcher le gouvernement du Québec d’imposer à la région du Suroît une taxe supplémentaire.

« Comme le gouvernement actuel laisse entendre qu’il veut imposer le péage, les gens de la région unissent leurs efforts pour s’assurer qu’ils ne seront pas victimes d’une autre injustice, seuls les citoyens du sud-ouest (tronçon Châteauguay - Vaudreuil) devront payer pour utiliser la 30 alors que nulle part au Québec, il y a des postes de péage sur les autoroutes. Ceci est un affront à une région frappée par le chômage et la fermeture de plusieurs usines parce qu’il n’existe pas d’axe routier important », ont-ils déclaré.

La question se pose en toute équité, pourquoi le Suroît serait la seule région du Québec à avoir une autoroute à péage ? Les derniers projets de construction d’infrastructures importantes du ministère des Transports du Québec seront financés par l’ensemble des Québécois. Qu’on pense à l’élargissement de la route 175 au lac St-Jean, au parachèvement de l’autoroute 50 et à la partie actuelle de l’autoroute 30. Aucun poste de péage sur ces routes.

Dans un récent reportage à Radio-Canada, on pouvait entendre le fonctionnaire responsable de la 30 justifier la décision de construire ce tronçon de la 30 en Partenariat Privé-Public (PPP) et d’y installer des postes de péage en affirmant que « ce n’était pas l’affaire de l’État de s’occuper de l’entretien des autoroutes au Québec ». En d’autres mots, les chemins publics, c’est pour les profits du secteur privé qu’il faut construire et entretenir ça !

Lors de la conférence de presse, le porte-parole Christian Vincent a mis en lumière deux exemples frappants qui prouvent une fois de plus que les PPP ne sont pas une solution économique pour les contribuables, soit l’expérience des postes de péage sur l’autoroute Moncton-Fredericton au Nouveau-Brunswick et la 407 dans la grande région de Toronto.

Au Nouveau-Brunswick, la construction de cette autoroute par un consortium « Suez-Lyonnaise des eaux » est un vrai scandale. Elle aura coûté 726 millions au lieu des 584 millions initialement prévus.

De plus la révolte de la population face aux frais de péage élevés imposés par le consortium a contraint le gouvernement à ouvrir le contrat privé pour abolir le péage. Avec comme résultat que la province a dû s’engager à payer 70,8 millions par année au consortium propriétaire pour les 26 années restantes au contrat de PPP, le tout totalisant la rondelette somme de 1,84 milliard de dollars. Le gouvernement a aussi dû payer une pénalité de 32 millions pour avoir ré-ouvert ledit contrat. Ces sommes déboursées par le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne couvrent pas les frais de conservation et d’entretien de l’autoroute qui font l’objet d’un contrat distinct et ne délient pas le gouvernement de son obligation de racheter l’autoroute à sa valeur marchande au terme du contrat.

Propriété et gérée dans le cadre d’un PPP, les péages sur cette autoroute ont augmenté de 200 % en cinq ans. L’indignation publique força en février 2004 le gouvernement ontarien à contester devant l’arbitre ces augmentations abusives. L’arbitre trancha en juillet 2004 : « L’exploitant privé de l’autoroute 407 en Ontario a le droit d’augmenter le tarif du péage quand il le veut et ce, sans l’approbation du gouvernement ».

L’entente de PPP, signée par l’ancien gouvernement conservateur, a une durée de 99 ans. La société qui exploite l’autoroute aura donc l’entière liberté d’empocher l’argent public tout au cours des 94 années qui restent au contrat.

Selon la coalition, le péage rendra inaccessible cette autoroute aux citoyens de la région du Suroît si on se réfère à l’exemple de l’autoroute 407. En appliquant le tarif actuel de la 407 sur cette autoroute, un aller-retour Châteauguay - Vaudreuil coûtera pour une voiture 23,35 $ plus taxes, soit près de 30 $. « Nous sommes très loin du péage à 25 ¢ » déclarait le porte-parole Christian Vincent.

La coalition tiendra donc des activités de sensibilisation tels : lancement de pétitions, lettre au ministre des Transports, demande d’appui aux élus municipaux, campagne publique… On peut joindre la coalition sur son site web : www.la30sanspeage.com

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