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N° 238 - avril 2005
Sur chaque tonne produite au Québec, un profit de 67,5 %
Alcan ne respecte plus le pacte social qui l’enrichit
Gabriel Sainte-Marie
Dans le cadre de la Commission parlementaire sur l’avenir énergétique du Québec, le syndicat représentant les travailleurs de l’aluminium du Saguenay Lac-St-Jean a dénoncé la façon d’agir d’Alcan. Alain Proulx, le représentant régional des TCA que nous avons rencontré à Jonquière, explique que : « la multinationale ne respecte pas le pacte social qui lui assure l’électricité à rabais. ». Lors de la nationalisation de l’électricité en 1962, l’entreprise a conservé ses barrages à la condition qu’elle contribue au développement économique de la région.

Alain Proulx explique qu’en 1980, les activités d’Alcan créaient 32 285 emplois directs et indirects. En 2004, il n’en reste plus que 16 000 : « Cela représente un manque à gagner de 464 millions $ par année en salaires et avantages sociaux au Québec. »

La multinationale continue de plus belle : « L’an dernier, 700 emplois ont été perdus avec la fermeture des Sodërberg à Arvida et du déménagement aux États-Unis de l’usine d’emballage de Baie d’Urfé. Cette année, Alcan a annoncé une autre réduction d’activités au Québec de 50 millions $. »

Les politiciens voudraient que la transformation de l’aluminium se développe au Québec, or Alcan fait le contraire. Entre 1993 et 2004, l’entreprise a fermé 8 de ses 13 usines de transformation au Québec, réduisant les emplois liés à la transformation de 30 %.

Le représentant des TCA s’indigne : « Ce qu’Alcan fait au Québec est inacceptable. » Par exemple, dans La Presse du 19 novembre dernier, un représentant de l’entreprise affirmait : « Alcan ne grandira plus au Québec ». En plus, la multinationale est revenue sur son engagement public qui promettait la construction d’une aluminerie de remplacement à Jonquière. Proulx poursuit : « Cela ne l’a pas empêchée de fermer les salles de cuves Söderberg dix ans plus tôt que prévu et ce, même si elles étaient rentables ! » Pour le syndicaliste, la multinationale prend ses activités au Québec comme acquises.

Pourtant, Alain Proulx rappelle que le Québec offre un avantage concurrentiel de taille à Alcan : « Seulement 6 % des 203 alumineries dans le monde paient leur électricité moins chère qu’Alcan au Saguenay-Lac-St-Jean. » Dans cette région, un mégawatt-heure coûte 8,10 $US à l’entreprise, alors qu’il coûte 28,10 $US aux industries québécoises qui n’ont pas de subvention spéciale. En Chine, un mégawatt-heure coûte plus de 36 $US.

« Nous arrivons au même résultat que les calculs réalisés à l’Université du Québec à Chicoutimi et ceux du journal Les Affaires : Cet avantage représente 490 millions $ d’économie par année pour la multinationale. » Cela équivaut à une subvention de 9,8 milliards $ pour les 20 dernières années. Durant cette période, la compagnie n’a investi que 8,5 milliards $ au Québec. Alcan n’investit même pas chez nous ce qu’on lui donne en subvention.

Proulx poursuit : « Alcan aura bénéficié d’une autre subvention de 26,4 milliards $ en électricité lorsque le bail de la Péribonka viendra à échéance, en 2059. » Les concurrents d’Alcan rêvent de bénéficier de ces tarifs spéciaux pour produire de l’aluminium. Avec ces subventions, une tonne d’aluminium produite au Québec coûte en moyenne 1089 $US à l’entreprise. Ce coût est de 1502 $US en Chine alors que le prix moyen à l’achat est de 1824 $US.

À chaque fois qu’Alcan vent une tonne produite au Québec, elle se fait un juteux profit de 67,5%. Ça ne surprendra plus personne que le PDG de la multinationale, Travis Engen, ait reçu 3,9 millions $ en salaire, bonus et avantages en 2004.

Le représentant des TCA dénonce la malhonnêteté d’Alcan : « L’entreprise est subventionnée en électricité pour produire et transformer de l’aluminium dans la région. Or, elle préfère réduire ses activités et vendre ses surplus d’électricité à Hydro-Québec. Avec les prix actuels de l’énergie, c’est encore plus payant pour elle. »

Or, si Alcan a pu conserver ses propres barrages et bénéficier de contrats préférentiels avec Hydro-Québec, c’était pour assurer le développement économique de la région du Saguenay-Lac-St-Jean. Présentement, Alcan ne respecte pas ses engagements. Proulx poursuit : « Alcan vend ses surplus d’électricité à Hydro-Québec qui les exporte. Les subventions accordées à Alcan financent le développement économique du nord-est des États-Unis et de l’Ontario. Cela fait l’affaire d’Hydro-Québec qui se prend une cote dans la transaction. Il reste que l’avenir économique de la région est de moins en moins certain. »

Les surplus d’électricité d’Alcan sont difficiles à évaluer puisqu’il s’agit de données confidentielles. Néanmoins, le syndicat évalue le surplus de 2004 à 327 MWh. Il triplera à 929 MWh le jour où les alumineries rentables, mais moins performantes, de Shawinigan, de Beauharnois et de Jonquière cesseront leurs activités. Ce surplus énergétique pourrait facilement alimenter deux nouvelles alumineries d’envergure.

Alcan fait des affaires d’or en produisant et en transformant de l’aluminium au Québec. Puisque ses activités se situent en région, le gouvernement a choisi de subventionner grassement la multinationale via l’électricité. Alcan vient de rompre ce pacte et présuppose qu’elle bénéficiera encore de sa subvention.

Face à cette situation surréaliste, les TCA exigent que cette énergie à rabais ne soit pas exportée. Elle doit encore servir le développement régional. Alain Proulx explique : « Alcan doit s’engager à maintenir un ratio d’emplois minimum dans notre région par mégawatt d’électricité consommé. Les surplus d’électricité que l’entreprise dégage doivent demeurer dans notre région, afin d’assurer un développement économique durable. »

Si le gouvernement subventionne les entreprises multinationales, il doit au moins exiger des garanties sur les emplois et les retombées économiques locales. C’est ce qui se fait en Europe et qui se fera ici le jour où nos dirigeants feront preuve de courage politique.

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