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Vivement le CHUM
N° 238 - avril 2005
De plus en plus de Québécois prêts à dire : nous sommes des étudiants !
103 millions et la tête de Charest
Vincent Larouche
Après plus de quatre semaines de grèves, et malgré les menaces d’annulation de leur session, les étudiants gardent un moral d’acier sur les différents campus en grève. Alors qu’en temps normal, la plupart des associations étudiantes ont de la difficulté à obtenir le quorum lors des assemblées, elles sont aujourd’hui confrontées à des pénuries de salles assez grandes pour accueillir tous les grévistes qui veulent participer.

« Nous avons plus ou moins décuplé le nombre de personnes à nos assemblées générales, affirme Eric Martin, responsable à l’externe de l’Association facultaire des étudiants en lettres, langues et communications de l’UQAM. Avant, nous n’étions jamais plus de 50 ou 60, maintenant on voit plus de 600 personnes chaque semaine voter la reconduction de la grève. La dernière fois, une dizaine de personnes seulement se sont opposées à la poursuite du mouvement, c’est minoritaire et marginal. »

Celui qui a agi comme porte-parole de la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale élargie (CASSÉÉ) pendant une partie de la campagne a été surpris par l’ampleur de la mobilisation. « Nous étions déjà étonnés que nos membres veulent aller en grève, notre faculté n’a pas une grosse tradition de mobilisation. »

Ailleurs au Québec, d’autres facultés peu habituées aux débrayages ont rejoint le mouvement. Les étudiants en médecine des universités Laval et de Montréal sont en grève générale illimitée. En plus de déclencher une grève d’une journée, les étudiants des Hautes Études commerciales ont tenu une journée d’étude pour travailler sur des solutions à proposer au gouvernement.

Le ministre Jean-Marc Fournier a accusé les étudiants de ne pas avoir de réelle proposition pour régler le conflit. Il souhaite que ces derniers fassent une offre inférieure à 103 millions de dollars. Pourtant, s’ils refusent de diminuer leurs demandes, les universitaires et les cégépiens ne sont pas à court de propositions pour autant.

Dans les assemblées, ils se lèvent et citent de mémoire les actifs des entreprises canadiennes placés dans des paradis fiscaux : 88 milliards. Ils évoquent les études de Léo-Paul Lauzon ou d’autres chercheurs qui démontrent que l’argent est là, et qu’il suffit d’aller le chercher par la fiscalité.

Ils font aussi mentir ceux qui les accusent de mener une lutte corporatiste sans se soucier du reste de la population. Une grande partie des associations ajoutent des conditions à leurs revendications, qui stipulent que le réinvestissement ne doit pas se faire au prix de compressions dans d’autres services sociaux ou d’une baisse des salaires des employés de l’État.

Les finissants, qui ne bénéficieront pas d’un réinvestissement pour l’année prochaine, s’engagent comme leurs cadets et réclament une éducation accessible pour les générations à venir. À Polytechnique, où les étudiants travaillent l’été comme ingénieurs stagiaires à des salaires plutôt élevés, peu d’étudiants ont besoin des prêts et bourses. Ils ont tout de même débrayé une journée, au nom de l’accessibilité à l’éducation pour tout le monde.

Fait rarissime, la presse universitaire québécoise a presque unanimement donné son appui aux grévistes. Sur la plupart des campus, les journaux étudiants « officiels », loin d’être des organes militants, constituent plutôt des écoles qui servent de tremplins aux journalistes qui veulent trouver un emploi à La Presse, au Soleil ou au Journal de Montréal.

Historiquement, ils se prononçaient rarement en faveur des grèves étudiantes, ou alors le faisaient du bout des lèvres, en adoptant une position mitigée. Cette année, ils sont tous unis par leur position éditoriale fermement anti-Charest, d’un bout à l’autre du Québec.

À l’UQAM, le rédacteur en chef de Montréal Campus, qui tire à 18 000 exemplaires, demande carrément la démission du ministre Fournier. La rédactrice en chef du Quartier Libre de l’Université de Montréal, Fannie Olivier, appelle même les étudiants, dans son éditorial, à « renvoyer l’ascenseur » aux syndicats et groupes sociaux qui les ont appuyés. « La cause commune : le refus des baisses d’impôt, qui paralyseraient la lutte contre la pauvreté, le mouvement écologiste, les salaires des employés de la fonction publique et, bien sûr, le retour des 103 millions », écrit-elle.

Les syndicats et autres groupes sociaux ont en effet répondu massivement à l’appel des étudiants, en exprimant publiquement leur solidarité. Même le chef de l’opposition Bernard Landry et ses députés arborent à la poitrine, comme des milliers de Québécois, le carré rouge, symbole des étudiants qui sont « carrément dans le rouge » depuis la réforme de l’Aide financière aux études.

Ces appuis sont certes appréciés, mais certains leaders étudiants aimeraient que l’alliance aille encore plus loin. « C’est merveilleux, affirme Eric Martin. Il y a un nombre incroyable d’organismes et de syndicats qui ont envoyé des messages d’appui, même si certains ont été plus remarqués par les médias, comme Michel Chartrand et Amir Khadir. Cependant, porter le carré rouge c’est bien, mais on aimerait passer à un autre stade, voire à une réelle mobilisation qui dépasse les paroles. Par exemple, les syndicats avaient des mandats de grève sociale qui n’ont pas été utilisés », avance-t-il.

De toute évidence, la fin éventuelle de la grève ne mettra pas fin à la mobilisation des étudiants contre le gouvernement Charest, puisque le discours des associations étudiantes s’est élargi pour dépasser le chiffre mythique des 103 millions qui ont été retirés du régime des prêts et bourses. L’obsession du gouvernement pour les baisses d’impôts et le désengagement de l’État sont aussi pointés du doigt.

À ce sujet, la Fédération étudiante universitaire du Québec a dû mettre sur la glace, le temps de la grève, une campagne qu’elle avait préparé contre le sous-financement du réseau universitaire. Elle promet que les libéraux ne sont pas au bout de leur peines.

La CASSÉÉ, de son côté, prépare des actions de solidarité avec les assistés sociaux menacés de compressions de 150 millions $. Les associations membres de la Coalition sont mêmes appelées à adopter des mandats demandant la démission du premier ministre Jean Charest, puisqu’il est incapable de résoudre la crise.

« Les étudiants réalisent très bien le désastre que le gouvernement Charest nous prépare comme société, et je suis sûr qu’ils vont continuer à résister, même si ça ne veut pas dire rester en grève pour toujours », conclut Éric Martin.

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