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N° 237 - mars 2005
Dans plusieurs écoles montréalaises
Le français n’est plus la langue commune au primaire
Mario Beaulieu
Le 9 février dernier, l’ex-ministre de l’Éducation, Pierre Reid, faisait inscrire dans la Gazette officielle un projet de Régime pédagogique qui prévoit l’enseignement de l’anglais, langue seconde, dès le tout début du cours primaire. Le temps d’enseignement au primaire serait augmenté d’une heure et demie par semaine. Cela permettra notamment d’offrir l’enseignement de l’anglais, langue seconde, et d’augmenter le temps consacré à d’autres disciplines telles que l’éducation physique. Cette disposition sera inscrite au Régime pédagogique, à l’issue de la consultation, dans un délai de 45 jours de sa publication, si le projet actuel n’est pas amendé.

Bien qu’on ait rapporté que l’enseignement précoce de l’anglais recevait un appui populaire important, l’annonce de cette mesure suscite de réactions de plus en plus négatives dans les milieux scolaires.

Le Comité central des parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a fait parvenir une lettre au ministre de l’Éducation pour lui demander de surseoir à cette décision. En outre, le Comité fait remarquer qu’« à peine plus de 50 % des élèves de la CSDM ont le français comme langue maternelle, ce qui fait que dans certaines de nos cours d’école l’anglais est la langue commune à tous. En effet, pour l’année scolaire 2002-2003, le taux de réussite de l’ensemble des élèves du primaire, à la CSDM, en anglais était de 95,5 %. »

Les parents s’interrogent d’autant plus sur la pertinence d’implanter cette mesure en regard des résultats des élèves de la CSDM en français. Pour l’année scolaire 2002-2003, les taux de réussite en français (cote A ou B) des élèves de la CSDM en écriture étaient de 66,8 % au premier cycle et de 59,1 % au deuxième et troisième cycle du primaire. Les parents de la CSDM considèrent que l’apprentissage de l’anglais ne peut et ne doit pas se faire au détriment de l’apprentissage du français.

La Commission scolaire de Montréal s’oppose fermement à l’enseignement de l’anglais dès la première année du primaire, tel que prévu pour la rentrée 2006. Selon Diane De Courcy, présidente de la CSDM, « Le Ministère entend consacrer trop peu de minutes à l’apprentissage de l’anglais pour espérer qu’en résulte une quelconque maîtrise de la langue. »

Appuyant la démarche entreprise par le Comité central des parents de la CSDM, les enseignantes et les enseignants des trois commissions scolaires de l’île de Montréal ont adressé la même requête, au nouveau ministre de l’Éducation, M. Jean-Marc Fournier. Dans une lettre conjointe, les présidences des trois syndicats montréalais affiliés à la Fédération des syndicats de l’enseignement (CSQ) considèrent que cette intention gouvernementale constitue un danger tant du point de vue de la majorité francophone vivant à Montréal que du point de vue de la pédagogie.

D’une part, cela aurait un impact majeur sur les conditions d’intégration des élèves allophones issus de l’immigration et, d’autre part, on compromettrait ainsi la qualité d’apprentissage de la langue nationale aussi bien que des langues secondes : « Pour l’heure, c’est bien sûr à Montréal que se vit le phénomène de l’immigration puisque c’est encore ici que se concentrent plus de 80 % des immigrants et que leurs enfants représentent désormais près de la moitié des élèves dans la seule Commission scolaire de Montréal. Cette réalité commence toutefois à déborder le territoire de l’île de Montréal et atteint même certaines régions plus éloignées de la métropole. »

De plus, des études ont démontré que la maîtrise de la langue maternelle favorise un meilleur apprentissage d’une langue seconde. Pour les enfants allophones de nos classes, c’est le français, langue d’accueil, qui est leur langue seconde, d’où l’initiative concluante d’instaurer, il y a quelques années, un Programme d’enseignement des langues d’origine (PELO). Si les élèves allophones sont exposés précocement à l’enseignement de l’anglais en sus des efforts qu’ils doivent consacrer à l’apprentissage du français, on risque fort, de l’avis de plusieurs experts, de compromettre leur maîtrise de la langue française et leur capacité d’apprendre toute autre langue seconde.

Les représentants des trois syndicats montréalais précisent qu’ils partagent l’objectif de permettre à tous les enfants québécois de maîtriser la langue anglaise, mais qu’ils sont persuadés que d’autres approches seraient plus efficaces, dont celle de l’enseignement intensif à un âge plus avancé.

La Fédération des commissions scolaires du Québec a également émis des réserves sur l’introduction de l’enseignement de l’anglais en première année. Même le SPEAQ (Société pour la promotion de l’enseignement de l’anglais au Québec) critique l’efficacité de la méthode du saupoudrage des cours d’anglais.

En fait, la théorie voulant que « les enfants soient des éponges » est un mythe populaire. Les seules études longitudinales effectuées indiquent que ce n’est pas la précocité de l’apprentissage, mais son caractère intensif et sa qualité qui rendent l’enseignement d’une langue seconde ou tierce plus efficace.

Ce qui pose question est cette frénésie palpable pour l’enseignement précoce de l’anglais, pour reprendre les termes utilisés l’Institut de recherche sur le Québec. Le rapport Larose, si jovialiste à maints égards, en traçait un portrait alarmant : « Cette nouvelle dynamique engendre le sentiment qu’apprendre l’anglais est une clé indispensable de la réussite sociale. Ce sentiment est en train de s’imposer aux mentalités comme une nouvelle religion. La population nourrit des attentes tous azimuts au regard d’un bilinguisme sans nuance. »

Les auteurs du rapport invoquent « la pression de plus en plus forte qu’exerce l’anglais dans l’économie mondiale » pour expliquer ce phénomène. Mais bien que l’anglicisation des marchés internationaux soit un facteur aggravant, elle ne justifie pas l’invasion du bilinguisme anglais/français dans les milieux de travail à l’intérieur du territoire québécois. Le problème ne réside pas dans le fait que des emplois nécessitent l’usage de l’anglais ou d’autres langues dans les communications à l’international, mais que des entreprises exigent la connaissance de l’anglais pour négocier avec des collègues, des clients ou des fournisseurs à l’intérieur du Québec. En fait, le recul du français au travail explique sans doute l’engouement de l’apprentissage de l’anglais, et la qualité stagnante du français.

Il y a un autre facteur que plusieurs tentent soigneusement d’éviter. Ce sont les centaines d’amendements apportés à loi 101. Ces amendements ont favorisé la bilinguisation des institutions publiques dans tous les champs d’activité et ont élargi l’accessibilité des services en anglais autant pour les personnes morales que pour l’ensemble de la population.

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