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La riposte américaine
N° 203 - octobre 2001

Boire l’eau de ses toilettes
André Bouthillier

L’avenir est dans l’urine



Perdu dans le désert et après plusieurs jours de marche, sans eau, il faudrait probablement se résoudre à boire son urine pour survivre ! Mais y a-t-il d’autres circonstances qui exigeraient que l’on en fasse autant ? Il semble que nous ayons tellement pollué l’eau que nous en serions rendus là. C’est-à-dire, réutiliser l’eau que nous avons déjà salie. À peine croyable pour ceux et celles qui ne savent pas encore qu’il ne se crée ni ne se perd d’eau sur la terre. Devant ce fait scientifique, il faut bien reconnaître que l’utilisation de l’eau à toutes fins ne peut que la polluer et en réduire de plus en plus l’accès.

Si plus des deux tiers de la surface de la terre sont couverts d’eau, 94 % de cette eau se trouve dans les océans, presque 6 % dans le sous-sol et les glaciers, tandis que les rivières, les lacs et l’humidité retenue dans le sol et la vapeur présente dans l’atmosphère ne représentent que 0,0221 % du volume total !

La disponibilité de l’eau

Malgré que la consommation d’eau en Amérique du Nord se soit stabilisée, c’est bien peu d’eau facilement disponible face à une demande mondiale en croissance exponentielle, une diminution des réserves d’eau potable rendue inutilisable par la pollution chimique, une diminution des réserves phréatiques et les sécheresses qui augmentent en nombre et en durée. Devant un tel tableau, il apparaît donc normal que l’on doive non seulement diminuer la consommation, mais réutiliser les eaux usées.

Réutilisation municipale

Les eaux usées peuvent être traitées de telle façon qu’elles peuvent servir dans une variété de situations. À Windhoek, en Namibie, les eaux usées servent à augmenter les réserves d’eau potable de la ville depuis 1968. Durant les périodes de sécheresse, jusqu’à 30 % de l’eau potable est constitué d’eaux usées recyclées. Soixante-dix pour cent des eaux usées municipales en Israël sont traitées et utilisées principalement pour l’irrigation en agriculture. La Jordanie fait aussi des efforts en ce sens.

Depuis 1995, les résidents de Californie se servent de 160 milliards de gallons d’eau réutilisée annuellement pour les gazons et les terrains de golf. À Los Angeles, l’administration municipale veut transformer l’eau des cabinets d’aisance en eau potable réacheminée vers le robinet. Le processus d’épuration mettra cinq ans avant que la première goutte d’eau puisse être insérée dans l’eau potable courante et, par la suite, ces eaux usées nettoyées constitueront 10 % de l’eau potable fournie par la ville.

Une solution qui lève le cœur !

Maintenant que la technologie le permet, ce genre de solution devient envisageable, même si bien des personnes émettent des craintes à boire cette eau recyclée. Pour rendre de l’eau usée potable, il faut premièrement laisser se déposer les plus gros solides pendant que les bio-filtres enlèvent les plus petites particules. Une deuxième étape permet d’enlever l’ammoniaque et le carbone, pendant que des filtres de sable assurent qu’il n’y a plus de trace des matériaux organiques dissous. La dernière étape consiste à purifier l’eau en ajoutant du chlore et de la chaux. Pour s’assurer que l’eau est propre à la consommation, l’eau réutilisée est testée continuellement afin de s’assurer qu’il n’y a pas de bactéries, virus ou métaux lourds.

Quant à l’eau usée provenant de rivières, ruisseaux ou autres cours d’eau qui auraient pu être pollués par des produits chimiques toxiques, ces eaux sont acheminées vers une usine de traitement spécialisé. Les spécialistes états-uniens affirment que cette eau sera favorablement comparable à l’eau présentement filtrée et dont se servent les résidants. Les expériences de réutilisation se multiplient, et déjà au Québec, un important producteur de porc produit de l’eau potable à partir du lisier de porc.

C’est donc avec ces eaux recyclées que nous pourrons arroser les parcs, les gazons, fournir l’eau aux bornes-fontaines et pour tout usage qu’en font habituellement les municipalités. De plus, nous pourrions recharger les nappes phréatiques en voie de se vider, fournir les complexes industriels, irriguer des cultures et augmenter les réserves d’eau potable. Voilà un beau programme pour les politiciens à la recherche de solutions alternatives.

Réutilisation à la maison

À plus petite échelle, la réutilisation des eaux ménagères qui sortent des cuves domestiques, des éviers et des bains peut servir à l’arrosage du jardin ou être acheminée vers les toilettes. Déjà, le marché du recyclage québécois offre des appareils domestiques pouvant rediriger ces eaux usées.

« L’eau que l’on boit présentement date de millions d’années et a déjà été utilisée et filtrée à travers je ne sais trop quoi; des dinosaures, les ours noirs, les panthères... » dit David Czamanske du Sierra Club. Il faudra bien, un jour, accepter de boire l’eau de ses toilettes puisqu’elle sera de meilleure qualité que l’eau brute des lacs et rivières du Québec qu’on ne cesse de polluer.

Parions que, dès lors, nous ferons plus attention à l’eau !

Afin de faciliter la lecture, chacune des références précises n’apparaît pas dans le texte. Elles proviennent de l’université de l’Oregon, de l’ONU, du Bureau de recherches géologiques et minières de France, du ministère de l’Environnement canadien et du site de référence d’Eau Secours! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau 0 «http0//www.eausecours.org».

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