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N° 237 - mars 2005
L’électricité dans la mire de la désinformation
De gaspilleurs de ressources à abuseurs de tarifs
Gabriel Sainte-Marie
À part le reportage du journaliste qui a filmé à Manic-5 sans se faire arrêter, la hausse des tarifs d’électricité est le principal sujet d’intérêt concernant l’avenir énergétique du Québec. Malgré une augmentation de 4,45 % l’an dernier et une autre de 1,2 % en avril prochain, on nous accuse d’abuser des bas tarifs qui ne reflètent pas les coûts. On nous traite comme des voleurs opportunistes qui gaspillent la ressource.

Par exemple, le 2 février dernier, Le Soleil titrait : « La fin de l’électricité à rabais ». La manchette de l’édition du 11 décembre du journal Les Affaires était : « Favoriser l’économie d’électricité par des tarifs plus réalistes. » Enfin, dans La Presse du 10 décembre on pouvait lire : « Hausse des tarifs d’Hydro-Québec au prix du marché ».

Le p-dg d’Hydro, André Caillé, désire augmenter les tarifs à 9 ¢ le kilowattheure, alors que le client résidentiel paie en moyenne 6,3 ¢/kWh avant taxes. Les profits supplémentaires de la société d’État serviraient, nous invite-t-on à croire, à désengorger nos hôpitaux. Selon André Caillé et les médias, le monde idéal passe par une électricité plus chère.

En fait, le prix de notre électricité est comparable à celui des provinces et États américains qui possèdent, comme nous, d’importants barrages hydroélectriques. Ce n’est pas le cas pour les États du nord-est, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario, qui importent notre électricité. Quand Hydro-Québec en exporte peu, nos voisins paient notre électricité plus cher. C’est ce qui s’est produit en 2003 où le prix moyen s’est établi à 8,8 ¢/kWh. Ce fut un prix record et une des premières fois où il fut supérieur à notre tarif résidentiel. Il faut être de mauvaise foi pour réclamer des augmentations de tarifs à partir de ce prix exceptionnel. C’est pourtant ce qu’on nous répète tous les jours.

Hydro-Québec est un monopole d’État. C’est la meilleure forme d’entreprise pour nous fournir de l’électricité au Québec, à cause des grandes économies d’échelle et parce que les profits reviennent à la collectivité. Pour évaluer si elle nous facture un montant réaliste, il faut s’assurer que le prix couvre les dépenses et un taux de profit acceptable, ce qui est évalué par la Régie de l’énergie. Selon cette méthode de calcul, tous les clients et surtout les clients résidentiels paient des tarifs déjà très élevés.

À chaque année, Hydro-Québec produit son électricité à un coût moindre, à cause des amortissements et de remboursements d’emprunts. Il n’y a pas de raison pour que les prix augmentent. Hydro-Québec a commis une erreur au cours des dernières années, soit de ne pas suffisamment investir dans de nouveaux barrages. C’est pourquoi la croissance de la demande, principalement attribuable au secteur industriel, nous place dans une situation où André Caillé et le Parti libéral ont essayé de nous passer un Suroît et maintenant des éoliennes qui sont détenues et gérées par des entreprises privées.

Hydro-Québec et le développement des grands barrages hydroélectriques proviennent d’investissements collectifs passés. Cela permet de bénéficier aujourd’hui d’une électricité moins cher. Il est grossier et honteux de réclamer aujourd’hui des hausses de tarifs basées sur le prix moyen de l’électricité exportée en 2003.

Un autre argument systématiquement avancé pour réclamer les hausses de tarifs est notre prétendue surconsommation d’électricité. En se référant au raisonnement économique de l’offre et la demande, on nous répète qu’une augmentation des tarifs réduira notre consommation d’électricité. Plus dispendieuse, nous en ferions un meilleur usage. Même les experts qui avancent cette déduction ne peuvent trouver d’études ou de chiffres qui appuient leur raisonnement. S’il n’est pas faux en général, il ne s’applique pas au secteur résidentiel de l’électricité au Québec.

La meilleure étude sur le sujet nous vient d’Option consommateur. On y apprend que 87 % de notre consommation en électricité est incompressible. Le reste sert pour le lave-vaisselle, la piscine chauffée, le cinéma maison, l’air climatisé ou pour d’autres gâteries. On comprend que ce genre de dépenses est rare chez les plus démunis. Comment réagiront ces derniers aux augmentations de l’électricité ? En s’éclairant à la bougie ? En mangeant moins pour être capable de payer le chauffage en hiver ? Avant que les tarifs élevés changent le comportement des plus aisés, les moins chanceux seront dans le froid et dans le noir depuis longtemps. Il faut être polisson pour avancer une pareille idée sans tomber dans l’humour noir.

Les études démontrent que la meilleure façon de réduire notre consommation d’énergie demeure la sensibilisation. Une foule de solution sont possibles, passant de l’installation de lumières de Noël de type DEL plus économes à un compteur intelligent qui affiche dans le logement la consommation présente d’électricité, ce qui peut nous indiquer que la lumière de l’adolescent est restée allumée ou qu’une plinthe électrique fonctionne inutilement. Les programmes d’efficacité énergétique offrent aux moins fortunés une possibilité d’améliorer l’isolation de leur demeure à peu de frais.

Il y a malheureusement un problème majeur de sensibilisation. Elle est difficile à intégrer aux modèles mathématiques des économistes qui préfèrent alors s’en tenir aux relations plus générales entre prix et quantité, même si ce n’est pas efficace et que ça frappe surtout les plus pauvres.

Hydro n’a aucune raison d’augmenter ses tarifs résidentiels. Elle fait déjà assez d’argent. Si André Caillé désire améliorer nos soins de santé, qu’il réclame des hausses d’impôts qui frapperaient les plus riches et surtout les entreprises. Comme disait le professeur Léo-Paul Lauzon : « Il n’y a pas de formule d’imposition plus régressive que de taxer et de tarifier les services publics comme l’électricité, l’éducation et le transport en commun ». Ce sont les moins fortunés qui paient le plus.

Notre société n’a jamais été aussi riche. Nous produisons 30 % de biens et services de plus qu’il y a dix ans. Une pareille croissance est exceptionnelle. Au cours de cette période, le profit des entreprises a triplé. En même temps, le pouvoir d’achat des travailleurs n’a pas augmenté. Celui des syndiqués a diminué de 1% et celui des jeunes, encore plus. Il y a davantage production, mais les profits ne sont pas bien répartis. L’État doit assurer la redistribution de la richesse et cela ne passe pas par l’augmentation de nos tarifs d’électricité.

Nos tarifs sont semblables à ceux des provinces et États américains qui produisent leur électricité à partir des grands barrages hydroélectriques. Notre entreprise publique contribue déjà suffisamment aux revenus de l’État. Les profits, taxes et impôts qu’Hydro-Québec verse au gouvernement du Québec sont plus importants que les taxes et impôts des 300 000 entreprises privées québécoises. Hydro-Québec doit continuer à nous livrer l’électricité à de bas tarifs plutôt que se transformer totalement en vache à lait du gouvernement.

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