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N° 237 - mars 2005
On peut le prédire sans risque de se tromper
La prochaine élection ne sera pas normale
Monique Richard
Le gouvernement Charest est au pouvoir depuis moins deux ans et les historiens se demandent déjà s’il ne s’agirait pas du pire gouvernement de l’histoire récente du Québec.

Nos concitoyens et nos concitoyennes se rendent compte que le Parti libéral de Jean Charest place les intérêts de ses bailleurs de fonds avant l’intérêt public, comme nous l’avons vu dans le cas des écoles juives.

Ils sont outrés de voir un gouvernement délaisser le bien public au profit de Partenariats public-privé avec ses amis du privé, comme c’est le cas avec la famille Desmarais dans le dossier du CHUM à Montréal.

Tous réalisent la menace à notre si fragile sécurité linguistique que constituent les compressions dans les services de francisation des immigrants et l’enseignement de l’anglais dès la première année de l’école primaire.

Dans n’importe quelles circonstances normales, nous pourrions prédire sans risquer de nous tromper que ce gouvernement mordra la poussière dès les prochaines élections. Dans n’importe quel pays normal, la règle de l’alternance prévaudrait dès le prochain scrutin. Mais nous ne sommes pas dans des circonstances normales, parce que nous ne sommes pas un pays normal.

Nous voulons plus qu’un changement de gouvernement, parce que nous connaissons les limites d’un « bon gouvernement » provincial.

Nous sommes porteurs d’un projet de pays. Nous voulons que nos concitoyennes et concitoyens se prononcent le plus tôt possible, pour une troisième fois, sur notre avenir collectif par voie de référendum.

On peut prédire sans crainte de se tromper que la prochaine élection ne sera pas une élection « normale ». Nous demanderons à la population non seulement de renvoyer le gouvernement libéral sur les banquettes de l’opposition, mais également de nous donner le mandat d’enclencher le processus devant nous mener au référendum.

À cause de cela, toute la machine de guerre fédéraliste sera de la partie car, depuis 1995, les fédéralistes savent qu’ils peuvent perdre un référendum.

Aussi, font-ils le calcul que la meilleure façon de ne pas perdre le prochain est d’empêcher qu’il se tienne. La meilleure façon d’y arriver est d’empêcher le Parti Québécois d’accéder au pouvoir.

S’ils jugent qu’ils ne peuvent pas gagner les prochaines élections avec Jean Charest, ils s’en débarrasseront comme d’un vieux chausson usé, comme ils se sont débarrassés jadis de Daniel Johnson. S’il leur faut un nouveau « sauveur du Canada », ils en sortiront un nouveau de leur chapeau.

S’ils pensent que, pour gagner l’élection, ils doivent acheter tous les panneaux publicitaires du Québec, ils les achèteront.

S’ils considèrent rentable de naturaliser en vitesse les immigrants nouvellement arrivés pour les faire voter, ils feront venir en renfort des juges des autres provinces.

S’ils calculent avoir besoin des votes des étudiants anglophones originaires des autres provinces, ils les inscriront illégalement sur les listes électorales. Tout cela, ils l’ont fait lors du dernier référendum… un référendum qu’ils nous ont volé !

Bien sûr, comme l’a souligné avec justesse M. Parizeau, il nous est plus facile de remporter une élection qu’un référendum, étant donné la concentration des votes anglophones dans un certain nombre de comtés.

Mais gardons-nous de sous-estimer les moyens qui seront déployés, lors de la prochaine élection, par ceux qui pourront puiser dans les ressources de l’État québécois, bénéficier des commandites de l’État fédéral, sans compter les dollars des milieux d’affaires et la complicité de la plupart des grands médias.

Encore une fois David devra affronter Goliath. Que pouvons-nous opposer à cet arsenal ? Que pouvons-nous mettre dans la fronde de David ?

Nous avons d’abord la justesse de notre cause. L’indépendance nationale est la revendication démocratique la plus profonde du peuple québécois. Elle rassemble dans un même projet libérateur nos rêves d’égalité et nos aspirations à la justice sociale.

Contre les puissances de l’argent, nous avons la force du nombre. Mais cette force n’est que virtuelle si elle n’est pas organisée. J’ajouterais : si elle n’est pas organisée dans un parti politique.

Par le passé, les militants souverainistes ont démontré qu’ils pouvaient accomplir des miracles. Dans un environnement médiatique hostile, ils ont fait progresser une idée, partagée par à peine une poignée de personnes au début des années 1960, jusqu’au seuil de la victoire au référendum de 1995.

Tout cela, avec des réunions de cuisine, des assemblées publiques et des milliers d’heures passées au téléphone à convaincre un ami, un parent, à solliciter une adhésion, une contribution financière. Car s’il est un moyen de communication, dont nous pouvons nous vanter d’avoir contrôlé l’utilisation, c’est bien le téléphone.

Mais pour être efficace, il faut que cela se fasse de façon organisée, dans le cadre d’une structure, dans le cadre d’un parti politique. Aujourd’hui, cette structure a besoin d’être renipée, d’être revampée. En fait, c’est le concept même de parti politique qui a un urgent besoin d’être revalorisé.

Au cours des dernières années, on a décrié les partis politiques et on a valorisé les organisations de la « société civile ». Ces organisations sont importantes, mais elles ne peuvent, au mieux, qu’être des groupes de pression.

C’est au sein des partis politiques que les véritables décisions doivent se prendre, que les grands arbitrages de société doivent se faire. Le véritable pouvoir citoyen, c’est au sein des partis politiques qu’il s’exerce.

Mais les partis politiques doivent être réinventés, s’adapter à la nouvelle conjoncture politique. C’est particulièrement vrai pour le Parti Québécois. Il ne pourra rassembler en son sein la grande coalition des forces souverainistes qu’en reflétant les grands courants sociaux, qu’en leur permettant de s’organiser selon leurs affinités.

C’est dans cette perspective que SPQ Libre a été créé en tant que club politique et que nous avons proposé que la relance du Parti Québécois prenne, entre autres, appui sur la reconnaissance des clubs politiques.

Et j’étais ravie de voir que la proposition de refonte des statuts proposée par l’Exécutif national accorde aux clubs politiques l’importance qu’ils méritent.

Les clubs politiques vont favoriser la participation des citoyennes et des citoyens et revivifier le débat. C’est d’autant plus important dans le cas du Parti Québécois que, plus qu’un programme de gouvernement, on y discute le projet d’un pays nouveau à construire.

Il y a peu de peuples, aujourd’hui dans le monde, auxquels s’offre la possibilité de définir collectivement les bases d’une nouvelle société en fonction de leurs besoins et de leurs aspirations les plus profondes.

Nos concitoyennes et nos concitoyens doivent, dès maintenant, se sentir interpellés par cette perspective emballante. Je pense particulièrement aux femmes, aux jeunes et aux membres des communautés culturelles qui, souvent avec raison, ont l’impression de vivre dans un monde inégalitaire.

La chance s’offre aujourd’hui de participer à l’élaboration d’un projet de société enfin édifié sur des bases égalitaires. Il ne faudrait pas rater ce rendez-vous historique.

Pour que ce débat s’enclenche réellement, pour que le plus grand nombre de nos concitoyennes et concitoyens y prennent part, il faut bien sûr des structures démocratiques. Mais il faut également que des gens consacrent temps et énergie à l’animation et au fonctionnement de ces structures.

C’est pour ces raisons que j’ai annoncé mon intention de me porter candidate à la présidence du Parti Québécois, telle que définie dans le projet de statuts actuellement en débat.

Je pense que mon expérience de dix-neuf années à l’Exécutif de la CSQ, dont quatre années à la présidence, me qualifie pour assumer de telles responsabilités.

Aujourd’hui, une large majorité de l’électorat rejette le gouvernement Charest et presque la moitié de la population se déclare favorable à l’indépendance du Québec. Deux défis majeurs qui requièrent un parti politique démocratique, renouvelé, ouvert à la participation citoyenne.

Je me donne comme objectif, en posant ma candidature à la présidence, de faire que le Parti Québécois soit ce parti !

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