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N° 237 - mars 2005
Si c’est bon pour Paul Desmarais, c’est bon pour le Québec
Deux gentils experts le confirment
Léo-Paul Lauzon
Oui, notre premier ministre Jean Charest a été, avec son adorable petite famille, passer une petite journée amicale au domaine de Paul Desmarais, le propriétaire de Power Corp. dans Charlevoix. Mais, c’était surtout pour parler de la grève au hockey qui s’éternise. Oui, Paul Desmarais s’est impliqué personnellement dans le dossier du CHUM pour que le Canadien Pacifique vende des bouts de terrains à l’État pour presque rien afin que l’on puisse ériger le futur CHUM dans le décor enchanteur d’Outremont qui héberge les pittoresques chaumières de notre gratin économique et dont certains détiennent déjà à cet endroit bucolique quelques cliniques privées et autres commerces liés au domaine de la santé.

Il me semble que ce serait faire preuve de synergie que d’ériger le CHUM à Outremont où est déjà établi le privé. Et si on privatise un jour la santé encore plus, et peut-être même le CHUM, comme le souhaite Paul Desmarais avec ses nombreuses compagnies exerçant dans le domaine de la santé, eh bien, on aura rien à déménager. Ils seront tous déjà regroupés au même endroit. Merci monsieur Desmarais de vous impliquer personnellement dans ce dossier.

Ce n’est pas parce qu’une filiale de Power Corp. est intéressée à construire et à gérer le futur CHUM à Outremont qu’il faille y voir l’embryon d’un soupçon de conflit d’intérêts. Bien non. Moi je dis bravo à cette initiative surtout si cela est fait dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) puisque l’ineffable présidente du Conseil du trésor, Monique Jérome-Forget n’a cessé de nous répéter que ce modèle est fantastique et qu’il fera épargner à l’État des milliards de dollars. Si c’est bon pour Paul Desmarais et Power Corp., c’est aussi bon pour la population car il y a une symbiose d’intérêts naturels entre le privé et la collectivité, ce qui n’est pas le cas entre l’État et les maudits syndicats.

Et puis, comme l’a si bien dit le docteur André Lacroix, chef du département de médecine du CHUM, il faut craindre un exode des meilleurs médecins si le CHUM n’est pas érigé à Outremont. Même s’il n’avait pas la moindre preuve de ce qu’il avançait et qu’il ait été contredit par plusieurs médecins, moi je suis porté à le croire car c’est un « spécialiste » qui a parlé et qui nous prévient amicalement.

Et puis, deux autres gentils « experts », Guy Saint-Pierre et Armand Couture, qui n’en connaissent pas plus dans le domaine de la santé que vous et moi, ont été embauchés in extremis par Jean Charest, afin de faire le point sur le futur CHUM. Il faut savoir que s’ils proviennent du privé, surtout de SNC-Lavalin comme c’est le cas de Guy Saint Pierre, qui a aussi été ministre libéral, ils sont automatiquement des experts. J’espère que vous ne mettez pas en doute la profondeur de leur sincérité.

L’élite de la grosse gomme affairiste veut tellement construire le CHUM à Outremont qu’ils ont dit qu’ils ne participeraient pas à la collecte de fonds privés pour l’érection du CHUM si le site choisi était autre qu’Outremont. Il faut les comprendre, les dons du privé sont estimés à 200 millions $ avant impôts et à environ 130 millions $ après impôts, car tout le monde sait que les dons privés et la charité privée sont un excellent instrument d’évasion fiscale qui permet aux nantis et aux entreprises de financer, à même les fonds publics, leurs propres causes.

Même si l’article du 24 décembre 2004 de la journaliste Kathleen Lévesque du Devoir s’est intitulé : « L’élite des affaires menace de boycotter le CHUM », moi je trouve le terme « menace » tout à fait inapproprié. Voyons donc, prétendre que les gens d’affaires pourrait nous menacer sous une forme ou sous une autre est impensable, eux qui sont nos bienfaiteurs, qui nous font l’aumône de l’emploi, qui nous créent de la richesse, qui nous font vivre, quoi! Les menaces sont le lot exclusif des syndicats.

Il est vrai que le CHUM à Outremont coûtera à l’État au bas mot 2 milliards $, soit environ un milliard de plus qu’au centre-ville. Il est également vrai que les gens d’affaires et leurs économistes claironnent à tout bout de champ qu’il faut réduire les dépenses et la dette publiques. Mais ici, construire le CHUM à Outremont constituerait un investissement à long terme qui relève du bien commun et qui serait bénéfique aux générations futures, ce qui n’est pas le cas pour le CHUM au Centre-ville qui représenterait une autre dépense publique.

Selon un sondage Léger Marketing pour le Journal de Montréal (29 janvier 2005), seulement 18 % des gens ont appuyé le site d’Outremont contre 31 % pour le site Saint-Luc et 27 % pour le site Hôtel-Dieu, deux endroits situés au centre-ville de Montréal. Qu’à cela ne tienne, les gens d’affaires ont dit que les gens ne comprenaient pas et qu’il fallait redoubler d’ardeur afin de mieux les « informer ». Comme c’est un sujet complexe, un autre, il est normal que le monde ordinaire ne comprenne pas ou comprenne mal tous les tenants et aboutissants d’un problème aussi gigantesque, et le gratin nous propose aimablement de nous aider dans notre cheminement vers la compréhension et la connaissance.

« Charest veut imposer son choix », (lire le site d’Outremont), tel était le titre de l’article du 4 février 2005 du journaliste Denis Lessard de La Presse. Dans ce cas précis, que le premier ministre du Québec impose son choix, malgré l’avis contraire de plusieurs de ses ministres et députés, même de celui de Philippe Couillard, son ministre de la Santé qui préfère nettement le centre-ville, et malgré l’avis de la population, moi je trouve que c’est la démonstration d’une véritable démocratie. Il y a tout même une limite à essayer de faire comprendre le gros bon sens au monde ordinaire.

Le docteur André Lacroix l’a très bien dit au journaliste Denis Lessard de La Presse (31 janvier 2005) : « Un choix aussi déterminant pour l’avenir ne se fait pas à partir de l’opinion publique. » C’est clair, net, sec !

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