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N° 237 - mars 2005
Le Canada est membre en règle de la guerre des étoiles
Un non ferme qui a tout d’une pilule du lendemain
Michel Chossudovsky
Paul Martin dit non à la « guerre des étoiles ». Le Canada ne participera pas au projet controversé du bouclier anti-missile américain. Le « non ferme » du premier ministre a été communiqué aux médias lors de la réunion de l’OTAN à Bruxelles, le 22 février.

Pendant ce temps, son ambassadeur désigné pour les États-Unis, Frank McKenna, dans une déclaration contradictoire, affirme que la participation du Canada au bouclier est un « fait accompli », puisqu’elle faisait partie d’un processus de négociation initié il y a deux ans.

« Nous en faisons partie maintenant, et la question qui demeure est: qu’avons-nous besoin de plus ? », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant qu’il n’y a « aucun doute, rétrospectivement, que l’amendement à NORAD (le commandement nord-américain de la défense aérospatiale) a favorisé notre implication dans les systèmes d’armes défensives ».

Ce que l’ambassadeur McKenna suggère, sans révéler la substance des négociations canado-américaines à huis clos, c’est que NORAD est une organisation militaire révolue. NORAD a littéralement été mis au rancart. S’il existe toujours en nom, en pratique, il a été intégré au Commandement Nord américain (NORTHCOM). Le Canada en est devenu un membre de facto sous les auspices d’un illusoire organisme militaire de transition appelé Groupe de planification binational (Binational Planning Group, BPG). Ce dernier est un appendice de NORTHCOM, situé à la base aérienne de Peterson, au Colorado.

Ce à quoi nous assistons est un « mariage militaire » caractérisé par l’intégration des structures de commandement des deux pays. La défense anti-missile fait partie des « vœux » de ce « mariage militaire », quelque chose dont personne au Canada ne veut parler. Le mariage comporte des obligations et des devoirs sous-jacents. Si le Canada accepte de joindre NORTHCOM et s’intègre à la structure de commandement américaine, il ne promet pas seulement de « chérir » la « guerre des étoiles », il devient aussi un membre en règle de l’axe militaire anglo-américain, auquel s’est joint Israël (non-officiellement) et l’Australie.

Le Canada deviendrait ainsi un partenaire proactif dans l’aventure militaire américaine, qui inclut l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, l’Iran, la Corée du Nord et ainsi de suite, sans oublier l’usage « préventif » d’armes nucléaires dans les théatres de guerre conventionnelle contre des « États voyous et des terroristes ».

Peu avant la rencontre Bush-Martin à Ottawa en novembre 2004, il fut décidé d’étendre l’accord du BPG jusqu’à mai 2006. En d’autres mots, le véritable enjeu est le processus menant à l’annonce officielle de l’entrée du Canada dans NORTHCOM, avant la date butoir de mai 2006.

Pendant ce temps, sous l’égide du BPG, qui définit les « fiancailles » du Canada avant son mariage avec les États-Unis, les vœux ont déjà été consommés. En pratique, le Canada est un membre de facto de NORTHCOM.

Dans un rapport préparé peu de temps avant les rencontres Bush-Martin de novembre, le BPG présentait ses recommandations sur la façon dont les deux pays « peuvent travailler ensemble de façon plus efficace pour contrer ces menaces [terroristes]. Dans plusieurs cas, les recommandations impliqueront la formalisation d’une coopération qui existe déjà de manière informelle. »

En d’autres mots, le Canada n’aurait même pas le choix de dire oui ou non au bouclier anti-missile, qui fait partie du mandat de NORTHCOM.

Dans un article publié dans l’édition de décembre-janvier de l’aut’journal, intitulé « NORTHCOM viole la souveraineté territoriale du Canada », nous avions revu en détail la substance de cette intégration militaire bi-nationale, ainsi que ses implications pour le Canada. La création de NORTHCOM, annoncée en avril 2002, constitue une violation de la souveraineté territoriale du Canada et du Mexique. Le secrétaire à la Défense américain Donald Rumsfeld avait annoncé unilatéralement que le Commandement Nord américain aurait juridiction sur l’ensemble de l’Amérique du nord. Le Canada et le Mexique ont été mis devant un fait accompli. Le mandat officiel de NORTHCOM est de fournir « une convergence nécessaire pour les défenses aérospatiales, terrestres et maritimes [du continent], et un support crucial pour les autorités civiles en temps de besoin national. »

L’ambassadeur McKenna confirme l’existence d’un fait accompli quant à la participation du Canada au projet de bouclier anti-missile. Sa déclaration suggère aussi que le gouvernement du Canada a délibérément trompé les Canadiens au sujet de sa participation à ce programme.

En ce qui a trait aux négociations militaires, McKenna est au courant de ce qui se passe en coulisse. Il siégait au conseil d’administration du Carlyle Group, aux côtés de Bush senior et de Frank Carlucci (la famille Ben Laden était aussi actionnaire de Carlyle jusqu’au 11 septembre 2001). Carlyle est le principal investisseur privé dans l’industrie de l`aérospatiale et de la défense au Canada et aux États-Unis. L’entreprise joue un rôle clé dans la formulation de la politique américaine étrangère et de la défense. Elle a intérêt à ce que le Canada intègre NORTHCOM.

Le débat sur le bouclier a été utilisé par le premier ministre Paul Martin pour détourner l’attention de l’opinion publique de l’enjeu fondamental, l’intégration militaire entre le Canada et les États-Unis. Cette dernière implique non seulement l’acceptation de la « guerre des étoiles », mais de l’ensemble des visées militaires américaines, ce qui aura également pour conséquence une augmentation significative des dépenses militaires canadiennes. Ces dernières doivent alimenter le complexe militaro-industriel. Les entreprises canadiennes de défense soutiennent d’ailleurs ce processus.

Dans le budget fédéral de février 2005, déposé le lendemain du « non » de Paul Martin au bouclier anti-missile, 12,8 milliards de dollars furent rajoutés au budget de la défense nationale. L’objectif annoncé par le gouvernement est de renforcer la crédibilité du pays comme gardien de la paix dans le monde. Le Canada s’engage aussi à fournir plus de troupes pour les guerres menées par les États-Unis. Les Canadiens sont portés à croire que l’augmentation du budget de la défense est destinée à renouveler l’équipement militaire conventionnel de l’armée.

Un examen plus attentif, toutefois, révèle qu’une fois le Canada membre de NORTHCOM, une large part de ces dépenses sera utilisée pour financer des contrats avec les fabricants d’armes canadiens, dont plusieurs sont affiliés aux conglomérats de la défense américains. Parmi les principaux joueurs de l’industrie canadienne de l’armement, figurent General Dynamics (Canada), Bell Helicopter Textron (Canada), General Motors Defense, CAE Inc, Bombardier, le groupe SNC-Lavalin, etc.

Inutile de préciser que cette transition vers une économie de guerre contribuera à l’augmentation de la pauvreté et du chômage. L’injection de milliards en fonds publics dans les dépenses militaires contribuera au déclin de l’économie civile. Les mesures d’austérité qui en résulteront feront diminuer les paiements de transferts vers les provinces, ce qui aura pour conséquence d’exacerber la crise dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures publiques.

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