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N° 237 - mars 2005
Le remaniement ministériel du 18 février dernier a mis une fin abrupte aux consultations publiques de la Commission des affaires sociales sur l’égalité entre les femmes et les hommes.
Un nouveau ministère fourre-tout pour les femmes
Julie Tremblay
Cette décision suscite des remous au sein des différents groupes qui ont déposé leurs mémoires et recommandations sur l’Avis du Conseil du statut de la femme (CSF) « Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes ».

À quelques jours de la Journée internationale de la femme, le gouvernement du Québec envoie un message ambigu quant à sa volonté de soutenir les luttes des femmes pour l’égalité et la justice sociale. D’autant plus que de nouvelles approches sur l’égalité entre les femmes et les hommes, adaptées aux nouvelles réalités de nos sociétés, sont étudiées un peu partout à travers le monde. Notamment dans les pays scandinaves et en France où le gouvernement a adopté une nouvelle Charte de l’égalité, le 8 mars 2004.

« Il ne restait que deux ou trois jours de consultations, afin que tous les groupes déposent leurs mémoires et recommandations », déplore Christine Fréchette du Conseil du statut de la femme, qui a participé à l’élaboration et la réflexion de la première partie de l’avis déposé le 25 janvier dernier.

« Une volonté claire a été exprimée en rétablissant un ministère à la Condition féminine, la suite reste à voir... J’espère une approche éclairée et que ce nouveau ministère prenne connaissance des recommandations qui ont été faites et s’applique à les renforcer et les compléter », ajoute-t-elle à l’attention de Carole Théberge, ministre déléguée au nouveau ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine. « Ils vont se rendre compte qu’ils ont oublié les handicapés », ajoute-t-elle à la blague, en faisant référence au danger de réduire dans ce ministère fourre-tout le rôle des femmes à celui « d’aidantes naturelles ».

Le mandat de réaliser l’Avis avait été confié au Conseil du statut de la femme au printemps 2004 par la ministre Michelle Courchesne, alors chargée de l’application de la Loi sur le Conseil du Statut de la femme et responsable du Secrétariat à la condition féminine. La politique en matière de condition féminine Un avenir à partager, mise de l’avant en 1993 et arrivée à terme en 2003, approchait enfin du dénouement de cette large consultation, qui s’est prolongée en 2004.

L’avis du CSF devait porter sur deux volets : d’abord, « définir le concept d’égalité le plus large possible, applicable dans le contexte québécois et proposer, en s’inspirant de ce concept, les orientations et les axes d’intervention d’une politique gouvernementale, qui incorporerait des alliances plus soutenues avec l’ensemble des acteurs de la société québécoise ».

Les groupes proféministes et les mouvements de femmes qui ont exprimé leur point de vue sur l’avis du CSF étaient d’accord sur le principe d’égalité entre les femmes et les hommes tel que défini dans le document. Les critiques à l’égard du document sont venues entre autres de jeunes féministes du groupe Salvya, de l’Université Laval et du Centre des Femmes d’aujourd’hui, qui n’approuvent pas l’approche sociétale consistant à « accentuer le travail visant à faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un enjeu socialement partagé en intégrant davantage les hommes comme sujets et acteurs et en interpellant et mobilisant en ce sens les diverses composantes de la société ».

Isabelle Boily, porte-parole du groupe Salvya, y voit « une ingérence masculiniste dans les organisations essentiellement féminines comme le Conseil du statut de la femme et le Secrétariat à la condition féminine. Les femmes doivent pouvoir s’exprimer en toute liberté sur les discriminations qui les touchent et prendre conscience de leur situation commune », déclare-t-elle. Ces groupes prônent une approche spécifique aux femmes et déplorent « le détachement du CSF et de son " nouveau contrat social " pour l’égalité de la démarche féministe qui a contribué à sa mise en place, il y a 30 ans ».

Le Collectif proféministe et le Collectif masculin contre le sexisme (CMCS) appuient ces positions et dénoncent la naissance d’un masculinisme d’État. « Nous demandons l’égalité et le respect des droits et du statut de la femme », dit Martin Dufresne, du CMCS. Il ajoute : « Nous recommandons également au gouvernement de ne pas prendre les revendications des lobbys masculinistes comme représentatifs de la moitié de la population. Ces groupes exploitent les problématiques des hommes pour nier que ces derniers ont des privilèges. Ils présentent les hommes comme discriminés et souffrant de la condition féminine, alors qu’on ne peut symétriser leurs problématiques et celles des femmes. Elles ne touchent pas des questions d’égalité et de justice sociale, mais plutôt des phénomènes comme le suicide et le décrochage scolaire. »

Martin Dufresne nous renvoie au rapport du Comité de travail en matière de prévention et d’aide remis au ministère de la Santé et des Services sociaux Les hommes, s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins. « Nous souhaitons confronter le gouvernement bien plus que le Conseil du statut de la femme sur ces orientations », conclut-il.

Christine Fréchette nuance les approches mises de l’avant dans l’avis du Conseil du statut de la femme. « Nous disons seulement que les hommes peuvent compléter les actions des femmes et ainsi contribuer au renouvellement des rapports qu’entretiennent ces deux groupes dans les milieux qui sont les leurs : le travail, la famille, les institutions, le social et le culturel. » La conciliation travail-famille, brandie par tous les groupes, est un exemple de sphère où pourrait être appliqué ce nouveau volet d’action.

« Je constate, enchaîne-t-elle, que ce qui motive souvent les groupes de femmes face au statu quo, c’est la peur de se faire enlever des ressources qui seront réattribuées à des groupes masculinistes. Il n’est pas question de cela et ce lien de cause à effet crée une dynamique improductive. »

Diane Lavallée, présidente du Conseil du statut de la femme, dénotait un même état de fait en répondant à des critiques dont a fait l’objet le document de consultation du CSF sur le site de Sisyphe. « Nous comprenons, précise-t-elle, que tout ce débat soulève des craintes dans le contexte actuel, marqué notamment par une montée de groupes antiféministes et par un resserrement des finances publiques. Toutefois, ces craintes ne justifient pas, selon nous, un arrêt de toute réflexion et de toute tentative d’innovation. »

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