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N° 237 - mars 2005
Les étudiantes, les plus touchées par les compressions libérales
Plusieurs campus déjà en grève générale illimitée
Vincent Larouche
Au moment d’écrire ces lignes, plus de 45 000 étudiants sont en grève générale illimitée partout au Québec, et de nouveaux cégeps et universités rejoignent le camp des grévistes chaque jour. Des milliers d’autres étudiants ont aussi déclenché des grèves à durée prédéterminée pour appuyer le mouvement.

La plupart des associations étudiantes en grève font partie de la Coalition de l’ASSÉ élargie (CASSÉE), une coalition regroupant des associations indépendantes et les membres de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). Elles réclament l’abolition de la réforme de l’Aide financière aux études, qui a engendré des compressions de 103 millions $ dans les prêts et bourses et une hausse du plafond de prêts. La CASSÉE exige aussi que le gouvernement Charest renonce à tout projet de décentralisation du réseau collégial et à son arrimage au marché, le tout dans une perspective de gratuité scolaire.

Les autres regroupements nationaux d’étudiants, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et son pendant collégial (FECQ), travaillent aussi à récolter un maximum de mandats de grève chez leurs membres, sur des bases que le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, décrit comme presque identiques à celles de la CASSÉE. « Nous sommes solidaires des étudiants qui sont déjà en grève », affirme-t-il. Selon les leaders étudiants, malgré un changement de ton depuis le remplacement du ministre de l’Éducation Pierre Reid par Jean-Marc Fournier, rien ne laisse présager un véritable changement d’orientation du gouvernement. Si la mobilisation fonctionne bien sur les campus des fédérations étudiantes, c’est la majorité des établissements d’études post-secondaires qui pourrait se retrouver en grève d’ici la fin de la session.

Plusieurs assemblées générales sont prévues pour le 8 mars, Journée internationale des femmes. Cette date revêt une valeur symbolique importante, puisque les femmes sont les plus durement touchées par la réforme de l’Aide financière, qui pénalise les étudiants les plus défavorisés : ceux qui ont besoin des prêts et bourses pour aller à l’école.

« Les femmes sont plus touchées par l’endettement étudiant, comme elles le sont par le déséquilibre salarial, comme elles sont plus pauvres en général dans notre société. Nous préparons d’ailleurs une action pour le 8 mars, afin de faire le lien entre éducation et condition des femmes. Nous avons un comité femme qui travaille spécifiquement sur cette question », explique Xavier Lafrance, porte-parole de la CASSÉE.

« L’endettement étudiant, c’est le meilleur exemple de discrimination systémique, ajoute Pier-André Bouchard, de la FEUQ. Les mères monoparentales, parce qu’elles ont un enfant, n’ont pas le temps d’avoir une job en même temps que leurs études. Dans les faits, les étudiants avec enfant à charge, dans neuf cas sur dix, ce sont des femmes. Les plus affectées par la réforme de l’Aide financière aux études, ce sont elles. »

Le problème de l’endettement des étudiantes est aggravé par les inégalités dans le monde du travail. Une fois leurs études terminées, elles touchent en moyenne des salaires moins importants que les hommes, ce qui rend le fardeau de leur dette plus lourd.

Même au sein du caucus libéral, tous ne sont pas aveugles à cette réalité. « Nous sommes allés en commission parlementaire présenter à la ministre Courchesne l’impact des compressions dans les prêts et bourses sur les mères monoparentales aux études, explique Pier-André Bouchard, et elle ne nous a pas vraiment dit qu’on avait tort. C’était plutôt on ne règlera pas ça ce soir. Ça démontre qu’il y a des gens qui demeurent solidaires des décisions gouvernementales, mais qui ne les défendent pas beaucoup. »

La réforme instaurée par les libéraux change aussi le mode de fonctionnement de l’Aide financière. « Cette année, j’ai droit à 4000 $ en bourses, soit le maximum possible, explique Anne Migner-Laurin, étudiante à l’UQAM. Mais je ne reçois plus un chèque au début de l’année, comme auparavant. C’est une bourse virtuelle, qu’ils vont déduire de mon endettement général à la fin de l’année. Je n’ai rien reçu jusqu’ici, je dois d’abord m’endetter, puis ils vont retrancher 4000 $ de ma dette.. »

D’autres, comme Julie Désalliés, étudiante à l’Université de Montréal, ne voient même pas l’utilité d’avoir recours aux prêts, s’ils ne sont pas accompagnés de bourses. « J’ai refusé les 1200 $ de prêts auxquels j’avais droit cette année, puisque de toute façon, j’étais obligée de travailler beaucoup en dehors de l’école. Donc, j’ai préféré ne pas m’endetter. C’est vrai qu’il n’y a pas d’intérêts à payer sur un prêt pendant qu’on est aux études. Sauf que je prévois prendre une année de pause dans mes études, et si on arrête un an, les intérêts commencent à s’accumuler ! »

La jeune étudiante en anthropologie, qui fait partie de la première association à être sortie en grève cette année, s’implique aujourd’hui dans le comité de mobilisation de son université. « J’ai quand même espoir qu’on puisse changer les choses par ce moyen. »

« Si on regarde 40 ans de mouvement étudiant au Québec, les 25 ans où le syndicalisme étudiant de combat a été dominant, c’est l’époque où des gains ont été faits. C’est là où les attaques du gouvernement ont été contrées », souligne Xavier Lafrance, pour illustrer l’importance d’une riposte contre le gouvernement Charest.

Le porte-parole ajoute que les grévistes ne comptent pas se laisser amadouer par la dernière trouvaille du ministère de l’Éducation, un programme de remboursement des dettes proportionnel au revenu (RPR), qui ne s’appliquerait qu’à 15 % des bénéficiaires de prêts étudiants. « C’est un cadeau empoisonné, le RPR. Dans pratiquement tous les pays où ça a été instauré, les frais de scolarité ont explosé. Le comité consultatif sur l’accessibilité aux études post-secondaires a écrit un document en 2001 sur le sujet. Ils posaient clairement la question, à savoir s’il faut donner un avantage, le RPR, en échange d’une hausse des frais de scolarité. Donc ils reconnaissent clairement que ça peut s’en venir. De toute façon, si on veut vraiment appliquer le principe de remboursement proportionnel au revenu, instaurons donc un système d’imposition sur le revenu réellement progressif, la question sera réglée.»

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