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La riposte américaine
N° 203 - octobre 2001

Ben Laden - Kissinger 0 même intégrisme dans la terreur
Gaétan Breton
Les États-Unis ont subi, sans nul doute, un dur coup, une attaque barbare. Nous sommes encore atterrés devant ces événements. Cependant, notre désarroi, soigneusement entretenu par une rediffusion continue de l’événement, ne doit pas nous fermer les yeux. La croisade « sainte » que les États-Unis, aidés du reste du monde, ont entrepris contre le terrorisme peut-elle être prise au sérieux.

Les États-Unis sont-ils ennemis du terrorisme en soi, comme ils le prétendent, ou sont-ils ennemis du terrorisme qui s’attaque à eux ? Il y a, au moins, deux formes de terrorisme dans le monde. D’un côté, on a le terrorisme pratiqué par ceux qui n’ont pas les moyens de faire la guerre, le terrorisme des pauvres.

Les quelques hypothétiques centaines de millions (on parle de 300) de Ben Laden, dont une partie proviendrait du gouvernement américain lui-même, ne sont rien comparés au pouvoir monétaire des grandes puissances. Pensons aux 40 milliards débloqués par les élus américains. Une guerre demande infiniment plus de moyens et de temps pour s’organiser.

Les guerres propres lavent moins sale

Donc, quand on fustige le terrorisme de celui qui n’a pas d’autres moyens de défense, aussi épouvantable soit-il, on déclare que seules les guerres de riches sont acceptables et que les pauvres n’ont qu’à prendre leur mal en patience et à attendre d’être riches. Bref, on dit qu’il y a des guerres propres et des guerres sales. Ce qui est une conception très anglo-saxonne de la guerre qui se fait aux heures ouvrables, sans abîmer ni tacher le mobilier.

Quand on considère, de plus, qui vend les armes à ces relativement pauvres pour s’attaquer aux grandes puissances, on comprend que ces guérillas ont peu de chance d’échapper au contrôle des grandes puissances et ne sauraient difficilement les prendre par surprise. Pour une fois, à New York, le terrorisme n’a pas utilisé d’armes, semant ainsi la confusion. C’est peut-être ce qui fait le plus peur aux marchands d’armes.

Dear Henry ou Fear Henry ?

De l’autre côté, il y a le terrorisme pratiqué par les grandes puissances, notamment les Américains, et dont les principales actions nous sont transformées en actes de bravoure par les médias dont nous avons vu l’action de conditionnement intensif des masses qui a duré plus d’une semaine après l’événement.

Dans ce style, Henry Kissinger est le plus grand terroriste du siècle dernier. Est-ce que les Américains ont l’intention de le faire juger pour crime de guerre ? Pourtant, de plus en plus, on dispose d’informations à l’effet qu’il aurait joué un rôle crucial dans l’achoppement des pourparlers de paix à Paris en 1968 pour promouvoir l’élection de Nixon. Il aurait ainsi prolongé la guerre d’une bon cinq ans, coûtant ainsi des centaines de milliers de vies, américaines et vietnamiennes. Mais son bilan ne s’arrête pas là, puisqu’il aurait commandé les frappes américaines au Cambodge et au Laos, tuant encore quelques millions de personnes, très majoritairement des civils.

Dans la même foulée, pourrait-on dire, il a magouillé au Chili, par exemple, et il est l’un des principaux responsables de l’arrivée au pouvoir du gouvernement Pinochet. Ce gouvernement, avec l’aide des Américains, s’est imposé comme l’un des plus sanguinaires d’Amérique du Sud, et pourtant la concurrence était forte. Sur cette question, on peut se référer à l’article de Saël Lacroix, dans notre dernier numéro.

Kissinger a été impliqué dans toute une série d’autres actions internationales qui ont soutenu des dictateurs, méprisé la démocratie et le droit, et coûté la vie à des millions de personnes. Tout cela sous le regard complice d’une Amérique qui apprécie encore ses propres cowboys, même s’ils agissent contre les lois et la constitution. Souvenons-nous du support populaire qu’a connu Oliver North. Bref, les bons ont toujours raison et les méchants ont tort.

Les profits aux marchands de canons, comme en quatorze

Enfin, quand on lit un roman policier, on sait que la première question à se poser est 0 à qui le crime profite-t-il ? Pour l’instant, sans doute à cause de l’ignorance hystérique dans laquelle nous ont cantonnés les médias, on ne distingue que quelques gagnants. Le premier est sans doute le président Bush. Cette tête de turc des humoristes américains dont le père fut obligé de garantir publiquement la santé mentale et dont les supporteurs marchaient la tête basse, va devenir le plus grand héros national. Sa cote va redevenir au beau fixe, à moins qu’une catastrophe n’arrive.

Les deuxièmes gagnants sont les alliés naturels d’un président de droite, c’est-à-dire les vendeurs d’armes. Avec la psychose que les médias ont créée, le Sénat a pu voter les fonds qui vont réjouir les fabricants d’armes.

Alors, quand j’entends le président des Etats-Unis parler de la liberté, je comprends bien que celle des Asiatiques ou des Américains du Sud ne compte pas. Quand je l’entends parler des idéologies intégristes qui sont des fascismes déguisés, je comprends qu’il n’inclut pas les Duvalier ou Pinochet que son pays a mis au pouvoir et soutenus en dépit de toute liberté et de toute démocratie. Je comprends qu’il y a deux poids, deux mesures, et je me dis que l’horreur n’a pas de race ni de couleur et que les barbares ne sont pas tous du même côté.

Ce que propose le président Bush, c’est la primauté de l’intégrisme américain sur les autres formes d’intégrisme. Pour ma part, je dis non à tous les intégrismes, religieux ou politiques.

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