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La croix du CHUM
N° 236 - février 2005

Dis-moi comment tu recules
Pierre Légaré
Avez vous vu la pincette ? Elle était au premier plan de la une de La Presse d’avant-hier, sous le titre CHAREST RECULE. À côté du ministre Pierre Reid se mordant ostensiblement la langue qui, de ce fait, avait l’air d’une saucisse-cocktail avalée de travers, le premier ministre avait le pouce et l’index de la main droite en pincette.

Vous savez, la pincette. Celle de Ricardo quand il rappelle qu’on ne doit ajouter qu’un soupçon de sel, celle des Anglaises tenant leur tasse de fine porcelaine du Five o’clock tea. La pincette qui veut dire : « Doucement », comme quand on recule à l’aveuglette, parce qu’on n’ose pas tourner le dos à ceux qui sont devant.

Tous les politiciens ne font pas la pincette. Guy Chevrette, c’était plutôt le poing sur la table; Jean Chrétien, les deux mains sur la gorge. Stéphane Dion lui, fait la pincette en double, comme s’il mettait des couches sur une corde à linge.

La pincette « Charest qui recule » n’est pas la même qu’avait Pauline Marois annonçant que, grâce à ses efforts, notre ministère de la Santé avait désormais plus d’administrateurs que de médecins. Non plus que la pincette de Bernard Landry en campagne électorale, tentant de nous vendre en trois paragraphes une idée qui n’avait que 5 mots dans sa tête et zéro dans son programme : la semaine de quatre jours. La pincette péquiste est pédagogique. C’est la pincette de l’érudit, faisant un énorme effort de condescendance pour dire aux Québécois-Québécoises simples, ordinaires et profonds-profondes, l’expression bien courante : « Audi alteram partem. »

La pincette « Charest qui recule » est différente. C’est une consigne, qu’il s’adresse à lui-même : « Back up slowly, mon Johnny, on veut rien accrocher. »

Il ne l’avait pas quand il a affirmé qu’il n’y avait aucune trace, nulle part, d’un lien entre les 750 000 $ reçus par le Parti Libéral et les 10 millions dont nous faisions tous cadeau. En l’écoutant, je me disais : « Quick, Johnny ! La pincette ! T’es à la veille de dire que tu les as toi-même effacées pour être sûr qu’on en trouve pas. »

Jean Charest va recourir de plus en plus à sa pincette « Back up, mon Johnny » parce qu’il gouverne comme un apprenti-conducteur qui pratique son stationnement en parallèle : à l’oreille. Chez Jean Charest, la vision et les valeurs fondamentales ne sont pas le fruit d’une réflexion mûrie, mais plutôt du simple calcul suivant : Sondage CROP + Tribune des lecteurs - manifs. « Si le total, c’est plus que 39 %, on a juste grafigné l’pare-choc, c’pas grave. »

Ce gouvernement procède par essais et erreurs. Plutôt que la bibliothèque de l’école, si c’est la résidence du grand chef de la communauté qui avait été incendiée, il aurait su quoi faire, il l’a fait jusqu’à maintenant : rien.

Si ça s’était passé dans un Cégep, il aurait fait ce qu’il a fait jusqu’à maintenant : semblant; et, si ça s’était passé au CHUM, ce qu’il a aussi fait jusqu’à maintenant : quelque chose ressemblant à rien. C’est ainsi que se développe sa pensée, et ce développement est durable.

Malgré tout, Jean Charest avance. Il progresse dans la réalisation de son seul calcul -pardon : son seul objectif- qu’il nous servira juste avant les élections : la réduction des impôts des Québécois-Québécoises. Déjà, rien que cette année, 3800 Québécois-Québécoises – ceux de la SAQ – vont en payer 20 % de moins. Ça va les aider : ils doivent 4 millions à la CSN.

Texte lu à l’émission du 22 janvier de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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