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La croix du CHUM
N° 236 - février 2005
De Leclerc à Borduas en passant par Ducharme et Desjardins
Un magistral appel à la redécouverte de nos poètes
Gabriel Sainte-Marie
Il y a quelques mois, Nathalie Lessard lançait Pièces d’identité où la jeune chanteuse nous fait redécouvrir une brillante sélection du répertoire de nos poètes québécois. Elle chante des monologues, passages de romans, poèmes et chansons, allant de Félix Leclerc à Paul-Émile Borduas.

Ce que propose l’artiste sort de l’ordinaire et surprend agréablement. Elle est loin de chanter sobrement ces écrits. L’accent est d’abord mis sur le rythme et la manière de livrer les textes. Cette audacieuse façon de faire nous permet de redécouvrir quelques personnages incontournables de notre culture sous un angle nouveau. C’est la qualité principale de l’album.

Par exemple, lorsque Nathalie Lessard chante les premières pages de L’avalée des avalés de Réjean Ducharme, les mots et les images du roman chamboulent par leur gravité. La musique et les sons technos étourdissent. En y ajoutant la répétition du « tout va mal » en deuxième plan, nous nous sentons instantanément envahis par l’âme du personnage. En quelques minutes, la chanteuse rappelle pourquoi Ducharme est un incontournable de notre culture.

Les écrits sont choisis et mis en musique par Nathalie Lessard et François Thibeault. Ils livrent d’ailleurs en duo M’as mett’un homme là-d’ssus de Richard Desjardins. Les sons, le rythme et la mélodie n’ont rien à voir avec la version originale du poète abitibien. Les deux interprètes se répondent sans hésitation, conférant une vitesse endiablée à la chanson. Le jeu des répétitions de phrases couplé à la prédominance des percussions renforce le caractère fort entraînant du texte.

Enfin, l’artiste transmet naturellement son amour pour la poésie. Sa manière de réciter les extraits de À l’ombre de ma vie, de Roland Giguère, berce nos oreilles et renforce notre attachement aux artistes québécois.

On pourrait faire un rapprochement entre ce que fait Nathalie Lessard avec les disques de Chloé Sainte-Marie. Toutes deux chantent nos poètes. Par contre, leur style diffère grandement. Lessard accorde davantage de poids à la sonorité et à la cadence des textes. La musique et les sons sont surchargés. Certaines chansons sont cependant très mélodieuses. Un travailleur, de Leonard Cohen traduit par Michel Garneau, présente, malgré ses propos extrêmement graves, un air fort touchant.

Si le contenu du disque est intéressant, il en va autrement pour le contenant. Les textes ne se retrouvent pas dans le livret accompagnateur, alors que l’écoute de l’album donne envie de lire les paroles. Si on veut être certain d’un mot mal compris, il faut aller le trouver dans la publication originale du texte. Le verso du boîtier présente les portraits des poètes retenus, qui en passant sont tous des hommes, sans qu’ils soient identifiés. S’il est aisé de reconnaître Émile Nelligan ou Raymond Lévesque, il en va autrement pour les Aquin, Perreault et Lapointe.

La signature artistique de Nathalie Lessard est très présente dans tout l’album. Un peu trop peut-être. On compte 13 photos d’elle sur le boîtier, dans le livret et sur le disque. Cette insistance n’était pas nécessaire. Qu’à cela ne tienne, l’album est très bon et nous permet d’écouter nos poètes sous un angle nouveau et audacieux. Ce disque nous fait la preuve que les auteurs québécois retenus sont de véritables classiques.

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