L'aut'journal
Le mercredi 17 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La croix du CHUM
N° 236 - février 2005
Livre : La cinquième femme
Comme une vieille chaussette
Henning Mankell
Dans mon enfance, la Suède était un pays où les gens reprisaient encore leurs chaussettes. J’ai même appris à le faire, à l’école. Puis soudain, un jour, c’était fini. On a commencé à jeter les chaussettes trouées. Personne ne prenait plus la peine de les raccommoder. Toute la société s’est transformée. Le fait de jeter les affaires usées, c’est devenu la seule règle qui concernait vraiment tout le monde. Bon, il devait bien y en avoir qui continuaient à repriser leurs affaires. Mais on ne les voyait plus.

Aussi longtemps que ça ne concernait que les chaussettes, ça n’était peut-être pas si grave. Mais le phénomène s’est étendu. À la fin, c’est devenu comme une sorte de morale, invisible mais omniprésente. Je crois que ça a transformé notre vision du bien et du mal : ce qu’on a le droit de faire aux autres, et ce qu’on ne peut pas leur faire. Tout est devenu tellement plus dur.

De plus en plus de gens, surtout des jeunes, se sentent superflus ou carrément rejetés dans leur propre pays. Comment réagissent-ils ? Par l’agression et le mépris. Le plus effrayant, c’est qu’à mon avis on est au début d’un processus qui va empirer. La nouvelle génération, ceux qui sont encore plus jeunes vont réagir avec une violence accrue. Et ils n’ont aucun souvenir qu’il ait pu exister une époque où nous reprisions nos chaussettes. Où nous ne jetions rien, ni les chaussettes, ni les gens.

La cinquième femme, roman policier, Henning Mankell, Points, 2001

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.