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La croix du CHUM
N° 236 - février 2005
L’endettement dépasse la moyenne canadienne
Les étudiants n’ont plus les moyens de financer l’avenir
Frédéric Lacroix
Suite aux travaux de la Commission parlementaire sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités, le ministre Reid avait annoncé une compression massive de 103 millions de dollars dans l’enveloppe destinée aux bourses du régime gouvernemental de l’Aide financière aux étudiants. Compression qui aura pour effet d’augmenter dramatiquement l’endettement des étudiants qui dépendent des prêts et bourses pour financer leurs études universitaires, soit environ la moitié des étudiants au baccalauréat au Québec.

Grâce à cette seule mesure, l’endettement moyen d’un étudiant québécois ayant gradué avec un baccalauréat passera de 13 000 à 21 500 $. Le gouvernement Charest parvient ainsi à rejoindre et même dépasser « la moyenne canadienne » (soit un endettement moyen de 19 500 $ par étudiant). Rappelons que l’endettement des diplômés universitaires est en augmentation rapide, ayant augmenté de 30 % depuis 1995 et de 76 % depuis 1990 au Canada. La courbe de l’endettement étudiant suit d’ailleurs très bien celle de l’augmentation des frais de scolarité.

De plus, l’endettement augmente rapidement avec le cumul de diplômes universitaires; 53 % des diplômés de maîtrise sont endettés comparativement à 83 % des diplômés de doctorat. L’endettement moyen après des études de maîtrise et de doctorat, actuellement de 14 500 $ après une maîtrise et de 18 500 $ après un doctorat, devrait passer à environ 23 500 $ et 30 000 $, respectivement. Le potentiel d’endettement d’un étudiant qui profite des prêts durant toute sa scolarité, du cégep au doctorat, est maintenant de 62 000 $ ! Un sundae avec ça ?

À ce rythme, certains étudiants feront bientôt face à la question de la rentabilité financière de la poursuite d’études supérieures, s’ils proviennent d’une famille incapable de prendre en charge le coût de leurs études. Il est à prévoir que les revenus potentiels provenant de certains types d’emplois accessibles avec des diplômes universitaires seront insuffisants pour permettre de rembourser les dettes encourues durant la formation menant à cet emploi.

On associe généralement les études en sciences humaines ou en art à ce type de formation menant à des emplois peu valorisés financièrement, mais il est intéressant de noter que les carrières en sciences, dont on nous assure « qu’elles sont l’avenir » sont également souvent faiblement rémunérées, surtout dans le domaine public.

Le cas des sciences liées à la santé (biochimie, chimie, biologie) est particulièrement intéressant étant donné le développement important du secteur pharmaceutique au Québec et l’accent qui est mis dans les médias à promouvoir le secteur.

Or, ce secteur sous-traite une bonne partie de sa recherche aux universités, où le travail est effectué par des étudiants, assistants, associés de recherche et post-docs souvent précaires, titulaires de contrats attribués année après année et trop souvent mal payés.

Un assistant de recherche titulaire d’une maîtrise gagnera par exemple un salaire variant entre 26 et 32 000 $ par année à Montréal. Un post-doc gagnera entre 28 et 35 000 $ par année. Comment rembourser une dette d’étude de 23 500 $ après une maîtrise (5 ans d’études !) avec des revenus de 26 à 32 000 $ par année ? Comment rembourser une dette de 30 000 $ après un doctorat (8 ans d’études minimum !) avec des revenus de 28 à 35 000 $ ?

Selon les données du ministère de l’Éducation, le remboursement d’une dette d’études gruge entre 15 % et 50 % du revenu annuel (avant la compression des bourses !) des diplômés pendant des années. Le remboursement de la dette grugera encore plus d’argent à l’avenir. Quinze pour cent des étudiants éprouvent déjà de sérieuses difficultés financières à cause de l’importance de leur dette d’études. Qu’en sera-t-il maintenant?

Après avoir amputé les bourses, le gouvernement doublera-t-il maintenant les frais de scolarité, comme on l’a laissé entendre à la Commission parlementaire ? Sommes-nous à la veille de revivre cette époque pas si lointaine où, pour être chercheur et se consacrer à la science, il valait mieux être « indépendant de fortune » et héritier d’une riche famille ? Une telle évolution handicaperait fatalement le développement futur du Québec en restreignant l’accès aux professions scientifiques aux seuls rejetons de familles riches. Doit-on penser que c’est ce que souhaite le gouvernement Charest ?

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