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La croix du CHUM
N° 236 - février 2005
63 millions $ plus tard
Le CHUM se cherche toujours un lit : queen ou king ?
Marc Laviolette
Saint-Luc ou Outremont ? 700 lits sur un site unique ou 550 lits à Outremont et 450 lits à l’hôpital Notre-Dame ? Un centre hospitalier universitaire qui dispense des soins de la première ligne aux soins ultra spécialisés tout en faisant de la recherche et de l’enseignement ou une technopole de la sa nté et du savoir ? Après 10 ans d’existence, le CHUM (Hôtel-Dieu, Hôpital St-Luc, Hôpital Notre-Dame) se cherche toujours une adresse.

Déjà 63 millions $ ont été consentis en études et frais de consultants afin de trouver une adresse au vaisseau amiral du réseau francophone de la santé. Plus de 10 000 personnes y travaillent à dispenser des soins à 500 000 usagers par année. Pendant ce temps, le ministre Couillard et le gouvernement Charest sont incapables de trancher. Travaux du comité CHUM 2010, Commission Mulroney-Johnson, Commission Johnson-Villeneuve, Comité interministériel, Comité St-Pierre-Couture et toujours pas de décision… Jusqu’ici, les seuls qui en ont eu pour leur argent sont les firmes de consultants. La population, les médecins, les chercheurs, les étudiants en médecine attendent toujours…

La firme d’urbanistes conseils Gauthier, Bancamano, Bolduc, dans son rapport (novembre 2004) à la Ville de Montréal, sur les deux projets les résume ainsi : « Pour faire court, disons que le CHUM promeut un projet centré sur les missions d’une institution de soins de santé hyper spécialisés alors que l’Université de Montréal poursuit d’abord des objectifs institutionnels associés à un besoin d’expansion de son campus. »

En juin 2004, suite au Rapport Mulroney-Johnson, le ministre de la santé Couillard annonçait que la nouvelle adresse du CHUM serait le 1000 St-Denis (Hôpital St-Luc). Cette décision fut cependant mise sur la glace par le projet de l’Université de Montréal du recteur Lacroix appuyé par le puissant Paul Desmarais et la kyrielle d’hommes d’affaires dont les lettres ouvertes ont été largement publiées par le Journal La Presse, propriété de Power Corporation.

C’est d’ailleurs dans les pages de ce même journal que nous avons appris le pourquoi de l’appui du privé au site Outremont au delà du « think Big » Rappelons-nous que le recteur Lacroix est le fondateur du groupe CIRANO. Ce groupe de recherche est un ardent défenseur des partenariats public-privé (P.P.P.). La Presse nous apprenait donc qu’un gigantesque centre médical et paramédical privé était en construction le long de la gare d’Outremont. Le groupe français Accueil en est le promoteur. En France, ce groupe fabrique et distribue les plats cuisinés dans les hôpitaux.

La firme algorithme Pharma qui fournit des services de recherche pour l’industrie pharmaceutique prévoit s’installer dans le centre du groupe Accueil. Des laboratoires et des compagnies d’assurances spécialisées dans le secteur de la santé prévoient s’installer près du site Outremont. La deuxième pharmacie Jean Coutu en importance du Québec a été construite l’an dernier au nord de la rue Beaumont. La clinique médicale MD-Plus a été ouverte l’automne dernier par les docteurs Bessette, Christian Hobden et Alain Charmoun. La clinique fonctionne sur un mode entièrement privé : pas de carte d’assurance-maladie, elle demande 100 $ pour un examen général. On projette la construction d’un centre médical et paramédical sur la rue Beaumont… Autrement dit, pour les supporteurs du site Outremont, c’est l’argent qui parle. Peu importe le coût pour les citoyens. Et devant ce lobby, le gouvernement Charest se laisse tirer l’oreille.

Devant un projet qui risque de nous coûter plus cher que le Stade Olympique, l’ensemble des études commandés par le ministre de la Santé sont claires : St-Luc est favorisé. Nous en retrouvons la synthèse dans un document émanant du bureau du premier ministre Charest dont l’aut’journal a obtenu copie. En voici des extraits : « Le projet Outremont. Investissement de plus de 2 milliards de dollars. Pour ce qui est du projet Outremont, le nombre de lits demeurant au centre-ville devrait être possiblement supérieur ».

Sur le rapport de l’Agence (ex-Régie Régionale) : « L’offre de services prévue dans le projet Outremont serait possiblement insuffisante pour le centre-ville. » Il manque, apprend-on, 125 lits au centre-ville.

À propos du Groupe de travail interministériel. « Pour ce qui est de la localisation… identifiant cependant des inconvénients pour ce qui est des accès, de la sécurité et de l’accessibilité de la clientèle à desservir – ce qui conduirait à réduire le nombre de lits aménagés à 550. – Les coûts pourraient excéder le montant de 2 milliards de dollars. »

Sur l’Avis complémentaire de M. Johnson du 8 décembre 2004. Ce dernier a conclu que le projet Outremont signifiait un dépassement budgétaire par rapport aux balises définies initialement. « On reconnaît que le projet Outremont pourrait ne pas respecter l’échéancier 2010. » « Le centre-ville de Montréal subirait un déficit de lits ». Par contre pour M. Johnson, le projet St-Luc « peut être réalisé selon l’échéancier prévu, dans le cadre budgétaire fixé », qui est de 1,1 milliard.

Comme on peut le constater, le gouvernement Charest a tout en main pour prendre une décision. Il a cependant décidé de nommer un nouveau comité (St-Pierre-Couture) qui déposera son rapport au plus tard le 2 février 2005. Pendant ce temps, le lobby patronal se poursuit. Qui l’emportera ? C’est à suivre. Si le gouvernement « est prêt » bien entendu…

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