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La riposte américaine
N° 203 - octobre 2001

Le Jihad capitaliste
François Parenteau
Depuis les attentats de mardi à New York et Washington, les médias nous l'ont dit 0 rien ne sera plus pareil. Après l'ébahissement face aux effets spectaculaires de ces gestes sans précédent, après la fascination pour cette troublante beauté de l'horreur, après la consternation, la peine et la peur, on peut, enfin réfléchir. On peut mais... Quand on est le chef de ce qu'on entend de plus en plus appeler « the only remaining superpower », on peut bien faire ce quon veut. Et George Bush me fait peur.

La première image qui a installé en moi la peur parmi toutes ces images explosives et déchirantes, c'est cette dizaine de Palestiniens qui dansaient de joie dans leur camp poussiéreux. Au « peak » de la colère américaine, voilà cette bande de pauvres sans pays qui osent se réjouir de tant de morts américains, tout sourires. Au moins, s'ils avaient eu la présence d'esprit de chanter « Bonne fête Mustapha » pour faire semblant qu'il s'agissait d'autre chose... Mais non ! Ils avaient l'air d'une cape rouge face à un taureau piqué.

Puis, la peur a grimpé quand j'ai vu la « twist » que George Bush donnait à tout ça. C'est le Bien contre le Mal. Ce n'est donc pas une lutte entre la barbarie et la démocratie. Cest une lutte entre deux fois. Une lutte où chacun est le Mal de l'autre avec quelques preuves à l'appui.

Bush a dit 0 « We will lead the world... to victory. » Remarquez bien la pause... J'avais une étrange impression qu'il avait déjà fini sa phrase. Et puis, voir s'il est question de victoire, cow-boy... C'est justement parce que tu les gagnes toutes, partout, tout le temps, dans les nobles causes comme dans les sordides magouilles pour protéger tes intérêts à courte vue, et souvent les unes abriant les autres, que tant de haine se déchaîne. La victoire, c'est toujours contre quelqu'un. Cette fois, ce serait le Mal, et il ne s'agirait donc pas tant d'une guerre que d'une espèce d'exorcisme de la planète. Mais non... C'est la cohorte de tes vaincus qui a fermenté dans son fanatisme et qui t'explose au visage. Tu veux que justice soit faite. Comprends-tu que pour tout un pan de l'humanité, c'était justement ça, les avions...

Hier, j'ai vu un bout d'une messe où George Bush officiait. D'ailleurs, l'hallucinante bondieuserie dans laquelle on se retrouve prouve qu'on vit une guerre de religion... Tout le gratin politique américain était là les larmes aux yeux et, pendant un hallucinant «Glory Alleluia » aux accents vengeurs, se sont retournés, dans un faisceau de lumière, de fiers jeunes hommes, représentants de chacun des corps d'armée américains. J'en étais glacé d'effroi. Tout restait désespérément pareil. Juste pire.

Je ne sais pas trop ce qui va se passer dans les jours à venir. Pour tout vous dire, je suis tellement méfiant du rôle des médias dans tout ça que je me demande même ce qui s'est vraiment passé durant les jours précédents et je ne peux m'empêcher de trouver que cette histoire de manuel de pilotage en arabe trouvé dans une voiture sonne comme un indice tiré de Tintin. Mais ce que je sais, c'est qu'on me demande, qu'on me force à choisir mon camp.

Il ne me fait aucun doute que mon camp est du côté de la démocratie (même imparfaite), de la société de consommation, de la liberté d'expression, de l'alcool et des minijupes. Je le sais bien que si on ne me donne à choisir qu'entre George Bush et Oussama Ben Laden, je vais choisir George Bush. Mais je ne crois pas que nous sommes le Bien et qu'ils sont le Mal. Je refuse que mon allégeance soit prise en otage pour des actes stratégiques injustes, ni qu'on la prenne pour un appui inconditionnel à ce monde corporatiste et néolibéral. Je n'embarquerai pas dans un Jihad capitaliste.

Pendant que tout le monde applaudissait la touchante solidarité des citoyens américains et du monde entier envers les victimes, dans les Bourses du monde, là où les gens agissent avec leur argent, les actions de compagnies aériennes sont en baisse, tout comme celles des compagnies d'assurances et celles de compagnies d'immobilier avec des buildings près du World Trade Center.

Ce qui est en hausse ? Les compagnies pharmaceutiques et d'armement... Pourtant, les compagnies aériennes auraient besoin d'un peu de solidarité. Ils vont avoir besoin d'argent pour rendre leurs avions «terrorist-proof ». D'ailleurs, on aurait pu empêcher de spéculer sur ces industries touchées directement par les attentats. Mais non. Le gars qui, dès la réouverture de la Bourse, vend ses actions de Air Transat (on peut comprendre...) pour acheter des actions d'une compagnie qui fabrique des missiles, il fait de l'argent avec la détresse des gens. Ça prend quand même un vautour, non ? Et ça... c'est le système boursier du monde occidental 0 donner des tapes dans le dos des «winners» et des coups de pied sur le monde qui sont à terre.

Et ce serait ça, l'empire du bien ?

Texte lu à l’émission Samedi et rien d’autre, 1ère chaîne de Radio-Canada, le 15 septembre 2001.

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