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La petite fée des PPP
N° 235 - décembre 2004

Dutrizac par ci, Dutrizac par là
François Parenteau
Dimanche dernier, à l’émission « Tout le Monde en parle », le franc-tireur Benoît Dutrizac a décoché quelques flèches bien senties dont une sur l’absence de conscience sociale des humoristes qui se prêtent au jeu de la pub, en donnant comme exemple Martin Petit qui se montre dans des pubs de GM alors que la compagnie vient de terminer d’abandonner complètement le Québec.

Bien sûr, à ces mots, le fou du roi, qui porte de mieux en mieux son nom, non pas parce qu’il est de plus en plus fou, mais bien parce que Guy A. Lepage semble de plus en plus se prendre pour un roi, a bondi. Il a eu le réflexe corporatiste des humoristes: « Ben quoi, on n’est pas pire que les autres artistes, que n’importe qui, d’ailleurs. Les humoristes ne sont pas pour se transformer en militants revendicateurs », etc. etc. Pas de discussion, juste un ostinage borné entre les représentants de deux clans.

Le lendemain, j’ai entendu Martin Petit se défendre à la radio. D’abord, il trouvait l’accusation ridicule. « Ben oui, GM, ils m’ont appelé avant de mettre du monde à pied au Québec... » a-t-il ironisé. Puis, il a enchaîné en disant que, de toute façon, Dutrizac n’était qu’un pas bon, un frustré et un gars dont la carrière est basée sur le brassage de marde.

Wow ! Ça vole haut. D’abord, j’aimerais revenir sur l’accusation de Dutrizac. Moi aussi, ça m’écœure de voir toutes ces vedettes, humoristes et autres, faire des annonces, à plus forte raison quand c’est des annonces de char. Il y a l’aspect environnemental, bien sûr. Mais il y a aussi l’aspect économique.

Les industries qui fabriquent des choses déménagent leurs usines vers des pays du tiers-monde où ils peuvent exploiter à fond une main d’œuvre bon marché. Ça leur permet de maximiser leurs profits. Le seul coût de l’opération, le backchiche à donner, c’est de payer un sympathique porte-parole local qui fera passer la camelote aux indigènes.

Que des comédiens qui tirent le diable par la queue n’aient pas le choix de jouer dans une annonce de bière où ils vont se faire éclabousser une Dry sur le chandail temps en temps, j’en conviens. Mais les contrats de porte-parole vedettes sont d’une autre nature. Ils servent à dédouaner la mièvrerie des produits et des entreprises qui les fabriquent.

Air Canada paye Céline Dion des millions pendant qu’on déménage le centre d’appel pour les bagages perdus en Inde. Les humoristes ont raison sur un point : ils ne sont pas les seuls. Mais ils ne sont pas mieux...

C’est une mentalité de collabo. On est prêt à tout rationnaliser pour pouvoir continuer de faire partie des privilégiés. En tous cas, si des nazis modernes décidaient d’envahir le Québec, ils ne manqueraient pas d’humoristes pour les distraire.

Ce que ça me fait remarquer, c’est la totale absence de solidarité qui caractérise notre époque. Les humoristes défendent les humoristes. Parfois, ils ont raison. Même s’il est loin de faire partie de mes favoris, j’ai signé avec les Zapartistes la pétition contre le renvoi de Louis Morissette par TVA-Québécor. Mais la plupart du temps, on n’arrive pas à voir plus loin que sa petite gang, que son clan.

Prenez les joueurs de hockey lock-outés. Aucune solidarité avec les joueurs de ligues moins fortes qu’ils viennent tasser pour garder la forme. Et puis, je passe chez le boucher la semaine dernière. En pleine grève de la SAQ, le gars me conseille une succursale qui est ouverte. Je lui dis que, par solidarité, je m’en tiendrai à un vin de dépanneur ou alors à la bière. Il me répond que, quand il a vu le salaire que les employés de la SAQ faisaient en comparaison avec le sien, il l’avait loin la solidarité.

Dans ce genre d’atmosphère, la règle, c’est que le bonheur des uns fait le malheur des autres. Au bout du compte, ça nous fera juste du malheur partout. Peut-être qu’à ce moment, on redécouvrira les joies de la solidarité.

Texte lu à l’émission du 27 novembre de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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