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La petite fée des PPP
N° 235 - décembre 2004
Dans la jungle des magasins d’alimentation
Se laisser comparer, c’est se faire fourrer
Vincent Larouche
Dans la région de la capitale nationale, tous les employés de magasins d’alimentation ont les yeux rivés sur les épiceries Super C de Beauport, Neufchatel et Lévis, où un conflit oppose 280 employés membres de la section locale 503 des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) à Métro Richelieu, propriétaire de la chaîne.

La grève qui perdure depuis le 30 juillet pourrait avoir des conséquences importantes sur les travailleurs des autres grandes chaînes, notamment en ce qui a trait à la sous-traitance et aux baisses de salaires.

Au sein d’un marché extrêmement concentré où dominent les supermarchés géants, le moindre recul encaissé par les employés d’une succursale met de la pression sur les autres, à qui l’on demande de faire des concessions « pour rester compétitifs ». Faute de quoi, les employeurs menacent de fermer leurs gigantesques magasins, sous prétexte qu’ils ne seraient plus rentables face à la concurrence.

Dans le conflit qui oppose présentement les TUAC 503 à Métro, l’employeur prend pour exemple la convention collective de la chaîne concurrente Maxi, qui avait réussi à imposer des reculs à ses syndiqués en menaçant de fermer certaines succursales.

« Dans ce cas-ci, Métro demande beaucoup plus de concessions que ce que nous avons accordé à Maxi, explique André Dumas, secrétaire-trésorier du syndicat. Nos gens étaient prêts à accepter un gel de salaires, même si Métro fait beaucoup d’argent, mais ce n’était pas assez. »

Alors qu’il enregistre depuis treize ans des hausses constantes de ses bénéfices, et qu’il a réalisé un chiffre d’affaires record de 5567,3 millions $ en 2003, l’employeur exige une augmentation des heures de disponibilités (les employés donnent déjà de 50 à 70 heures), des baisses de salaires allant jusqu’à 19 %, et une plus grande ouverture à la sous-traitance.

Il y a déjà quelques années que la mode est à la sous-traitance et les chaînes d’alimentation confient un maximum de travail à des gens de l’extérieur. Les compagnies comme Coca-Cola, Pepsi ou Molson envoient dans les épiceries des gens qui placent toute la marchandise sur les étalages à la place des syndiqués. Le phénomène s’étend de plus en plus au pain, aux produits laitiers, croustilles ou boissons gazeuses. Souvent, ces travailleurs sont à l’emploi d’une agence de placement qui les paie à peine 10 $ l’heure. « Si on pouvait les syndiquer, on le ferait, mais ils sont organisés comme des travailleurs autonomes », explique André Dumas.

« Dans la boulangerie, ils ont déjà renvoyé presque tout le monde, explique Sylvie Tremblay, une gréviste du Super C de Beauport rencontrée sur les lignes de piquetage. Il y avait 15 employés avant, maintenant ils sont seulement deux. Si la sous-traitance entre dans la boucherie aussi, il y a probablement entre 20 et 25 personnes qui vont perdre leur job. »

Les syndiqués ne s’inquiètent pas sans raison. Dans un supermarché Maxi de la région, 40 postes ont été supprimés après que la boucherie ait été confiée à des sous-traitants. Des firmes comme SOS-Boucher ou Les pros du couteau, spécialisées dans la « gestion de personnel », offrent des services de boucherie aux employeurs et leur permettent de réduire le personnel syndiqué.

En ce qui a trait aux salaires, les syndiqués demandaient seulement le maintien du statu quo, sans la moindre augmentation. Mais l’employeur exigeait des baisses salariales, histoire de compenser les investissements qu’il prévoyait faire pour moderniser les magasins.

Pour réussir à faire avaler toutes ces concessions aux syndiqués de Super C, Métro Richelieu a décidé de casser la table de négociation commune, qui permettait depuis belle lurette aux employés des trois magasins de négocier leurs conditions de travail tous à la fois. Pour la première fois, l’employeur a refusé catégoriquement cette façon de faire. En novembre, il a même quitté une rencontre de négociation pour l’établissement de Lévis parce que des représentants des autres magasins étaient présents dans le même édifice, assis tranquillement dans une pièce voisine.

Pourvus d’un fond de grève quasi illimité auquel cotisent des membres de TUAC à travers l’ensemble du Canada et du Québec, les syndiqués se disent prêts à tenir aussi longtemps que nécessaire. Plusieurs ont commencé à se trouver des emplois ailleurs, bien que Métro Richelieu ait tout fait pour les en empêcher. « Employé dans une épicerie Métro, ils exigeaient que je démissionne du Super C pour m’engager », explique Renaud Ouellet, dont la femme est aussi en grève.

Même les concurrents refusent d’engager des grévistes, puisqu’ils savent qu’une victoire syndicale pourrait tirer à la hausse les conditions dans d’autres épiceries. Mario Barette, un autre syndiqué, a frappé à plusieurs portes avant de trouver un emploi pour la durée du conflit. « Chez IGA, quand ils sont su que je venais de Super C, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’engager. Même chose pour Provigo. Ils se tiennent vraiment. »

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