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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004

Charbonneau et le chef
François Parenteau
Ça brasse au Parti Québécois. Et ce n’est pas étonnant vu la composition du parti. D’une part, il y a les « crinqués », comme dans un jouet à ressort qu’on a trop remonté et qui, dès qu’on déclenche le mécanisme, se met à convulser furieusement. Ceux-là (François Legault, Parizeau) sont tellement imbibés de leur cause qu’ils ne peuvent pas s’imaginer qu’il reste des gens à rejoindre, à rassurer, à convaincre. Pour eux, la dernière défaite référendaire n’a été le fait que de quelques milliers de nouveaux citoyens votants reçus à la sauvette. Si ça a pu être le cas dans le temps, ça ne l’est clairement plus.

Pourtant, ils feraient un référendum demain matin. Ou plutôt, il ne s’empêtreraient même pas dans ces mièvres procédures démocratiques. Une élection suffirait. Un fois qu’ils ont lancé cette idée et qu’ils se rendent compte à quel point elle fait freaker tout le monde en dehors d’eux, ils rajustent le tir en disant qu’il faudrait un référendum plus tard sur la constitution du Québec. Mais ils n’en pensent pas moins. Ceux qui ne sont pas indépendantistes sont des traîtres ou des cons, et ils ne leur vient même pas à l’esprit de considérer que ce sont justement ces traîtres et ces cons qu’il faut convaincre pour gagner.

D’autre part, il y a ces grands mandarins, plus habités par le goût du pouvoir que par la promotion de l’indépendance. Contrairement à beaucoup de leurs critiques, je ne doute pas qu’ils soient souverainistes. Eux souhaitent sûrement que le Québec devienne un pays, ne serait-ce que pour les possibilités d’emploi que ça leur ouvrirait. Mais ils n’ont pas confiance que le peuple puisse être assez éclairé pour en venir à la même conclusion.

Ils confirment par leur action la thèse voulant que les Canadiens-français n’aient pas d’opinions politiques, rien que des sentiments, et ils espèrent un cataclysme politique qui fasse s’enflammer le sentiment québécois. Bouchard a espéré que la loi sur la clarté référendaire fasse la job. Ça n’a pas marché et il est parti. Mais cette tendance ne manque pas de supporters dans le parti. Pauline Marois me semble en être la figure de proue. Tout effort pédagogique serait à leurs yeux un gaspillage d’énergie, alors ils font semblant de rien en attendant que le vent tourne.

Tous espèrent un jour traverser la rue. Mais une bande demande de sauter en plein milieu de la rue pour forcer le destin, alors que l’autre soutient qu’une intervention divine viendra arrêter le trafic pour leur permettre de traverser. Bernard Landry, chef presque par défaut de cette étrange coalition de crinqués et de peureux, en est réduit à gérer le bouillonnement entre les deux clans et les répercussions de ces bouillonnements sur l’électorat.

Mais les deux camps semblent bien s’entendre sur une chose. La démocratie leur fait peur. À part quelques trublions comme Jean-Pierre Charbonneau, qui a fait sérieusement pomper Landry cette semaine dans une version péquiste de « Charbonneau et le chef », personne au PQ ne parle d’une réforme du mode de scrutin pour amener la proportionnelle.

C’est pourtant clair, si le système actuel permet au PQ de gagner des élections, il les condamne à perdre des référendums. Parce qu’il fausse le portrait. Dès que le PQ arrive au pouvoir, le système fédéral se met en alerte et, une fois que le jour du vote arrive, la machine à faire peur fonctionne à plein régime.

Dans un système proportionnel, peut-être que le PQ ne reprendrait pas le pouvoir bientôt. Mais il aurait fort probablement la balance du pouvoir et pourrait servir de garde-fou face aux Libéraux. Si c’était le PQ qui était à la tête d’un gouvernement minoritaire, il pourrait gouverner en s’alliant avec l’UFP et l’ADQ, mettons, et ne saurait être pointé du doigt pour ne pas faire l’indépendance. Il n’en aurait pas eu le mandat. Mais dans un système proportionnel, un PQ majoritaire, seul ou avec d’autres partis pour l’indépendance, aurait le mandat pour faire l’indépendance.

Ça règlerait deux problèmes à la fois: les chefs du PQ ne pourraient plus jamais être accusés à l’interne de ne pas être assez souvernainistes, ce serait la population générale qui déciderait. Mais surtout, il n’y aurait plus jamais de référendum. Ça il me semble que c’est une promesse qui pourrait pogner...

Texte lu à l’émission du 23 octobre de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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