L'aut'journal
Le samedi 25 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Pour les enseignantes, l’inéquité salariale date du XIXe siècle
La brève histoire d’une longue lutte
Ginette Leroux
Saviez-vous que « maîtresse d’école » est un calque de l’anglais « schoolmistress » ? Que durant la première partie du 19e siècle, les institutrices laïques dépassaient en nombre celui des religieuses enseignantes ? Que jusqu’aux années 1960, les institutrices étaient tenues de rester célibataires et que se marier voulait dire être forcées de démissionner ?

Jusqu’à maintenant, aucun ouvrage n’avait été entièrement consacré à l’histoire des femmes, laïques ou religieuses, canadiennes, françaises ou anglaises, ayant dispensé l’enseignement aux enfants du primaire. Vient de paraître aux éditions du Boréal la Brève histoire des institutrices au Québec de la Nouvelle-France à nos jours qui comble cette lacune. Pourquoi se limiter aux institutrices ? Parce que ces femmes sont les seules à avoir enseigné à l’ensemble de la population.

Faire l’école a été le premier « ghetto » d’emplois féminins significatif dans la société moderne. D’ailleurs, laïques comme religieuses, les femmes ont pris place dans les premiers systèmes scolaires québécois. Si la vie religieuse représentait une véritable profession pour les femmes où elles pouvaient accéder à de plus larges responsabilités. Pour une femme laïque, devenir « maîtresse d’école » donnait un statut enviable dans la communauté ainsi qu’une certaine indépendance financière. Bien sûr, elles n’ont jamais obtenu l’équité salariale avec leurs confrères, pourtant toujours restés minoritaires dans ce secteur d’enseignement.

Déjà en 1901, l’iniquité du régime de retraite avait entraîné l’émergence de l’Association des institutrices catholiques de la province de Québec, car en plus de recevoir une pension dérisoire votée par une commission administrative où seuls les associations d’instituteurs avaient le droit de siéger, les institutrices catholiques se voyaient aussi damer le pion par leurs collègues protestantes. Si les succès sont minces, elles auront en revanche appris à s’organiser.

Cette véritable « vocation » aura poussé ces femmes à se regrouper autour de Laure Gaudreault qui, en 1942, fonde la Fédération des institutrices rurales. Courageuse et intrépide, Laure défend le principe de la négociation collective pour contrer l’isolement des institutrices de campagne. On se souvient d’Émilie Bordeleau, encore célibataire, et de ses élèves, petits et grands, gravitant autour du poêle à bois dans sa petite école de rang, dont le deuxième étage lui servait de logis. Cette figure emblématique de l’institutrice du 19e siècle a su frapper l’imaginaire littéraire et s’incruster dans notre mémoire collective.

Rendre compte de 360 ans d’histoire, sans nous perdre dans le dédale des dates, rendre hommage à celles qui ont instruit et développer l’imaginaire des générations passées, et qui sont en grande partie responsables du meilleur de ce que nous sommes comme peuple, avec toute la rigueur scientifique nécessaire, n’était pas une mince tâche. Les auteures ont admirablement réussi, dans un style simple, alerte, efficace, qui a le mérite de conserver notre attention tout au long de l’ouvrage.

Nous saluons avec grand plaisir le travail des auteures, deux historiennes aguerries. Andrée Dufour, enseignante au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, a signé en 1997 l’Histoire de l’éducation au Québec et Micheline Dumont, enseignante à la retraite de l’Université de Sherbrooke, pionnière des recherches en histoire des femmes au Québec. La Pensée féministe au Québec, une anthologie qui couvre presque tout le 20e siècle, sa plus récente publication, est parue en 2003.

Bréve histoire des institutrices au Québec, de la Nouvelle-France à nos jours, Andrée Dufour et Micheline Dumont, Boréal, Montréal, 2004

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.