L'aut'journal
Le dimanche 21 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Dans un État pas comme les autres
La culture n’est pas un produit comme les autres
Danic Parenteau
Réunissant plus d’une cinquantaine de participants, le colloque du Comité des relations internationales du Parti Québécois qui s’est tenu le samedi 2 octobre au Lion d’Or a été un véritable lieu d’échanges et de discussions au sujet du principe de la diversité culturelle. Ce principe, comme l’a rappelé Marie Malavoy, actuelle vice-présidente du Parti Québécois, est un combat qui est particulièrement cher au Québec, car « il est celui du Québec, pensé par le Québec et porté par lui » depuis les tout débuts.

Le 15 juillet dernier, l’Unesco, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture dont le siège est à Paris, a rendu public l’Avant-projet de convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expression artistiques. Pour Louise Beaudoin, ancienne ministre péquiste de la culture et actuelle envoyée spéciale du Secrétaire général de la Francophonie en matière de diversité culturelle, cette convention pourrait contribuer, si elle est ratifiée, à une « meilleure cohabitation culturelle à l’échelle de la planète ».

Le principe de la diversité culturelle appelle concrètement au respect et à la préservation – à la manière du principe de la biodiversité duquel il s’inspire – de la diversité des cultures à l’échelle de la planète que menace l’actuel accroissement des échanges lié à la mondialisation. Mais précisément, c’est la domination actuelle de la globalisation néolibérale sur la mondialisation qui constitue la menace la plus sérieuse pour la diversité des cultures. Promoteur d’une vision marchande du monde, le dogme néolibéral et la globalisation qu’il sous-tend s’articulent comme un effort en vue de soumettre la culture, à l’instar de toutes les sphères de l’activité humaine, que ce soit par exemple l’éducation, la santé, voire certains mécanismes politiques, au fonctionnement du marché et de l’échange économique : la culture ne devant plus être qu’une « marchandise comme les autres ». C’est bien pour résister à la « marchandisation du monde » que se déploie le principe de la diversité culturelle.

L’actuelle professeure associée au Département d’histoire de l’Uqàm, Louise Beaudoin, a rappelé « l’importance du travail accompli par le Québec pour la reconnaissance de ce principe par la communauté internationale » et les efforts importants qui durent être déployés pour rallier le Canada, mais aussi la France – pays qui est maintenant l’un des meneurs dans ce combat – à l’idée de protéger les cultures de leur « confiscation marchande ».

Ce travail n’a pas été facile, tant plusieurs pays n’étaient initialement pas acquis au bien-fondé de ce principe. Comme l’a rappelé Marie Malavoy, « il est parfois plus facile de travailler à la sauvegarde d’une quelconque espèce de grenouille que de sauvegarder une langue dans ce coin de l’Amérique du Nord. » Même si « un chemin de géant a été accompli depuis les tout débuts », il reste encore beaucoup à faire avant que cette convention ne puisse être ratifiée par les membres de l’Unesco.

Pour le président de la Coalition pour la diversité culturelle et président de l’Union des artistes, Pierre Curzi, bien que la convention rendue public cet été puisse lui paraître « non satisfaisante dans l’état », il considère pour autant qu’il est « absolument nécessaire de la signer telle quelle ». Car selon lui, cette convention « vise à combler un vide juridique au niveau international, celui de l’absence d’une quelconque reconnaissance de l’importance de la culture par rapport à l’économique ».

Gilbert Gagné, professeur de commerce à l’Université Bishop’s de Lennoxville a clairement exposé tout le dilemme auquel sont confrontés ceux qui souhaitent cette convention : « Bien que l’on souhaite une convention qui soit plus contraignante, il nous faut reconnaître que plus elle le sera, moins elle a de chance d’être ratifiée et que plus elle est “ molle ” plus elle a des chances de passer ». Pour lui, « une convention, même affaiblie, est mieux que rien », puisque la ratification de cette convention doit simplement être perçue comme une première étape, laquelle « va ouvrir la voie dans le futur à la reconnaissance de ce principe au sein d’autres organisations internationales, au premier plan, l’Organisation mondiale du commerce ».

C’est pourquoi, pour Marie Malavoy, il importe maintenant « de convaincre une part plus large de la population en visant les acteurs de la société civile et ses représentants de l’importance de ce principe ».

Les présents pourparlers sont cruciaux, puisque le temps presse. Comme l’a souligné le professeur Gagné, les États-Unis se sont lancés depuis quelques mois dans une course visant à ratifier des ententes bilatérales avec le plus grand nombre possible d’États, ententes dans lesquelles ces derniers s’engagent à ne mettre en place aucune mesure d’exception et de protection qui puisse limiter la libéralisation future de leurs échanges. Par ces démarches, les États-Unis cherchent donc à rendre caduque la convention sur la diversité culturelle avant même qu’elle ne soit ratifiée par les membres de l’Unesco.

Pour Bernard Landry, actuel chef de l’opposition à l’Assemblée nationale du Québec, qui est venu offrir le discours de clôture de cette journée de discussions et de débats, « la culture ne saurait être subordonnée à l’économique ». Le principe de la diversité culturelle constitue « un combat au service de l’humanité ». C’est pourquoi il en appelle à une « position ferme », puisque le temps n’est pas encore venu de devoir signer cette convention; il s’agit maintenant de la faire accepter par le plus grand nombre possible de pays.

Les prochains mois s’avéreront cruciaux pour ce dossier, car l’avant-projet de convention doit être ratifié avant septembre 2005 par au moins les 2/3 des membres de l’Unesco et approuvé par au moins 30 pays avant qu’elle ne puisse entrer en vigueur; cela donc, quelque trois mois seulement avant la fin du cycle de négociations de Doha à l’O.M.C., qui doit libéraliser le domaine des services.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.