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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Livre : L’envers de la pilule. Les dessous de l’industrie pharmaceutique
C’est la pilule qui fait la maladie
Julie Tremblay
Le 30 septembre 2004, le géant américain de l’industrie pharmaceutique Merck annonçait le retrait du Vioxx, l’un de ses médicaments vedettes appartenant à la familles des anti-inflammatoires (AINS) vendu depuis 1999 dans plus de 80 pays. La raison de ce retrait ? Des tests cliniques ont prouvé que les patients qui utilisaient le produit couraient un risque de crise cardiaque plus élevé après dix-huit mois de traitement que ceux qui prenaient un placebo. Cela n’a pas empêché Merck d’enregistrer, en 2003 seulement, des ventes de 2,5 milliards de dollars à travers le monde pour ce médicament.

Pour le profane, ce retrait semble constituer une avancée dans le domaine de la protection de la santé publique. Toutefois, en parcourant le livre L’envers de la pilule de Jean-Claude St-Onge, publié aux éditions Écosociété en 2004, force est de constater qu’il n’en est rien. Au fil des pages de cet ouvrage très bien documenté se référant à des sources crédibles et variées, nous découvrons que cette pratique permettant à des fabricants de commercialiser un produit sans avoir à prouver son efficacité est largement répandue au sein de la lucrative industrie pharmaceutique. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Le constat de l’auteur sur les pratiques des acteurs impliqués dans l’industrie est alarmant. Que ce soit en nous informant sur l’augmentation de la part des médicaments dans le coût des dépenses en santé, la quantité d’ordonnances d’antidépresseurs chez les enfants de 6 à 12 ans, le prix de vente exorbitant de certains médicaments qui sont vendus des centaines de fois plus chers qu’ils ne coûtent à produire, (notamment ceux servant à traiter le cancer), les pressions, les procédés et le marketing frauduleux des fabricants de médicaments sur les gouvernements, le corps médical et le public, l’impact catastrophique des monopoles de ces compagnies dans les pays du tiers-monde, les chiffres gonflés des personnes souffrant de dépression pour vendre plus d’antidépresseurs ou sur l’invention de « nouvelles » maladies à des fins lucratives, ce livre éclaire et révolte. Il éclaire sur la puissance des lobbys et du commerce de l’industrie pharmaceutique (au détriment de la santé publique) et révolte par l’ampleur des abus, parfois appuyés par les plus hauts paliers des gouvernements, et l’ignorance dans laquelle est maintenue la population.

Au bout du compte, ce sont les contribuables qui assument la plus grande partie de ces coûts, tandis qu’une poignée d’individus œuvrant au sein de cette industrie en empochent les bénéfices.

Cette citation tirée de l’ouvrage de Jean-Claude St-Onge traduit bien la philosophie mercantile des fabricants de médicaments: « Les vrais bons médicaments sont ceux que vous prenez de façon chronique et pour longtemps ». La santé est trop importante pour la laisser entre les mains d’une industrie qui ne cessera jamais d’inventer de nouvelles pathologies afin de satisfaire sa gloutonnerie. Les citoyens sont les mieux placés pour agir et plusieurs solutions sont possibles, dont quelques-unes proposées par l’auteur en fin d’ouvrage.

La plus grande leçon à retenir de ce livre : « Faire preuve d’un sain scepticisme et se méfier des assurances que nous donnent les organismes de contrôle [tels que Santé Canada ou la Food and Drugs Administration], certains experts, les compagnies et les politiciens sur l’innocuité des nouveaux médicaments et des dispositifs médicaux. Les agences de réglementation doivent réglementer dans l’intérêt du public, et non dans l’intérêt des réglementés ».tJulie Tremblay

L’envers de la pilule. Les dessous de l’industrie pharmaceutique, Jean-Claude St-Onge, Montréal, Écosociété, 2004

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