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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Le ministre Béchard met fin au principe de l’égalité
La loi 57 annonce le retour du duplessisme
Stéphanie Beaupied
Viviane Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, dénonce la « tromperie du projet de Loi 57 », dernier rejeton des Libéraux qui remplacera l’actuelle loi sur l’Assistance sociale. « C’est une loi inattendue qui surprend tout le monde ! Elle empire le régime d’aide actuel ».

Plus qu’une prime au travail ou encore une pénalité de 100 $ aux assistés sociaux résidants chez leurs parents, le gouvernement Charest modifie complètement la philosophie de l’aide sociale au Québec. Viviane décortique les dessous de la loi 57 et les principes néo-libéraux qui la sous-tendent dans une entrevue accordée à l’aut’journal.

Le ministre Béchard met fin au principe d’égalité du système d’aide actuel. En 1969, le Québec adoptait un programme d’aide sociale égalitaire avec le but d’éliminer la discrimination des régimes particuliers. Selon Viviane Labrie, « la loi 57 est un retour en arrière de 40 ans, à la pension aux mères nécessiteuses, à la pension pour les aveugles ». La nouvelle loi sur l’Assistance sociale, ajoute la représentante du Collectif, « utilise des préjugés qui divisent les groupes entre les aptes et les inaptes au travail. »

De plus, l’implantation de ces régimes particuliers est laissée à la discrétion du ministre. « Pas de définition dans la loi, pas de normes, pas de règles, car les programmes seront attribués selon le jugement du ministre », ajoute Mme Labrie. « Quand le ministre dit qu’il met plus de souplesse dans la loi, il augmente en fait les inégalités. L’aide financière doit être égale pour tout le monde. »

Une autre innovation du ministre Béchard très critiquée par les groupes sociaux est l’ouverture aux partenariats avec le privé dans l’assistance sociale. « Des besoins spéciaux comme les lunettes ou les soins dentaires pourraient être couverts par un partenaire. C’est très inquiétant ! », confie Viviane Labrie. Le libellé de la loi stipule que les besoins spéciaux peuvent être couverts par un partenaire (une personne, une association), ce qui dispense le gouvernement de verser les montants habituels.

« Est-ce qu’un partenaire privé pourrait défrayer les soins dentaires à sa place ou encore les lunettes ? Est-ce qu’une compagnie pourrait fournir du lait maternisé et le gouvernement n’aurait pas à payer le montant aux mères ? Ouvre-t-on la porte aux commandites à l’aide sociale ? » , se questionne Mme Labrie.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté s’inquiète aussi que le ministre s’accorde une série de pouvoirs discrétionnaires. La loi est remplie de trous qui seront comblés selon le bon vouloir du ministre. Le Bureau des plaintes et des renseignements, par exemple, ne figure plus dans la nouvelle loi sur l’assistance sociale. « Le Bureau des renseignements et plaintes était indépendant, souligne la militante, les gens pouvaient se renseigner sans craindre une enquête des agents ».

Viviane Labrie souligne « l’insensibilité du ministre aux injustices sociales ». Pour cause, la loi 57 réintroduit la saisie des chèques pour non-paiement de loyer, mesure favorisant les propriétaires. Du même coup et en pleine crise du logement, les assistés sociaux ne pourront plus obtenir immédiatement l’allocation logement qui leur était versée.

On retire aussi les prestations d’aide aux nouveaux arrivants pour une durée de trois mois sans pour autant spécifier s’ils seront aidés d’une autre façon. Les groupes sociaux ont dénoncé cette mesure anti-humanitaire laissant les immigrants dans une situation de dénuement total.

De plus, la loi 57 prévoit que les actifs des prestataires doivent être nuls. « On limite l’accès à l’aide sociale à ceux qui ont liquidé leur épargne », précise Viviane Labrie.

La loi 57 remet la responsabilité aux individus de se sortir de leur exclusion. « On ne se soucie guère des personnes et des impacts sociaux d’une telle loi ! Mais un document du ministre précise que la loi n’aurait pas de conséquences sur les milieux financiers et les PME », ironise Mme Labrie. « Le gouvernement Charest reprend exactement les avis publiés par L’Institut économique de Montréal, pour qui la meilleure façon d’inciter le retour au travail est de diminuer les prestations d’aide sociale. Ils obligent à prendre les emplois précaires qu’offre le marché. Jamais on ne parle de responsabiliser les employeurs à fournir de bonnes conditions ou encore d’établir un salaire minimum capable de sortir les gens de la pauvreté. »

Ajoutons aussi que le projet de loi implante une prime au travail, mais n’instaure aucune mesure d’aide à l’emploi. Emploi-Québec a maigri de 57 millions de dollars depuis l’élection des Libéraux.

La plupart des groupes sociaux rejettent en bloc la loi rétrograde de Béchard, qui est loin de ce qu’ils espéraient : pas de retour à la gratuité des médicaments, pas d’indexation au coût de la vie, continuité des pénalités pour allocation familiale. Pour le Collectif pour un Québec sans pauvreté, « Cette loi est un retour en arrière de 40 ans, ce n’est pas une base sur laquelle on peut discuter. Elle escamote complètement la loi 112 contre l’exclusion et la pauvreté que l’Assemblée a votée à l’unanimité en 2002 ».

Au mois de novembre, le Collectif pour un Québec sans pauvreté fera campagne contre la loi 57. Une loi qui détruit les solidarités sociales du Québec.

Visitez le site du Collectif : www.pauvrete.qc.ca

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