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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Gigantesque pression à la baisse sur les conditions de travail
Wal-Mart remet en question l’existence du syndicalisme
François Cyr et Pierre Dostie*
Sur une échelle d’intensité servant à mesurer l’ampleur de la culture antisyndicale, Wal-Mart arriverait en tête probablement ex æquo avec Mc Donald. La menace de fermeture formulée contre les travailleuses de Jonquière ne trompe personne. Facilement prévisible, cette tactique d’intimidation reprend ce que les avocats patronaux enseignent à leurs clients : mesure dilatoires, faire semblant de négocier, invoquer des difficultés économiques, se débarrasser de l’accréditation et in fine, si nécessaire, pour l’exemple, on « ferme la shop ». Mc Donald l’a fait. Wal-Mart le fera peut-être. Pendant ce temps, une certaine presse aux ordres entonne l’air connu : c’est la faute aux syndicats si on perd nos emplois dans ce monde si compétitif...

Wal-Mart est le plus gros employeur privé du monde. Il vient même de dépasser Kroger aux États-Unis comme l’un des principaux détaillants en alimentation. D’ailleurs ce secteur a connu d’importantes luttes syndicales en 2003 en Californie du Sud et en Virginie occidentale où les United Food and Commercial Workers (équivalent américain de nos TUAC) ont bataillé ferme pour protéger des acquis (notamment l’assurance-santé), menacés par la cette gigantesque pression à la baisse sur les conditions de travail des syndiqués suscitée par la seule présence de Wal-Mart concurrençant les autres chaînes. À terme, l’enjeu, c’est l’existence même du syndicalisme dans le commerce de détail. D’où les efforts sérieux des TUAC au Québec pour enfin établir la preuve qu’on peut syndiquer un Wal-Mart et surtout négocier avec succès une première convention collective. Le Québec étant analysé comme l’un des maillons faibles de la chaîne d’exploitation du système Wal-Mart nord-américain. Le fort taux de syndicalisation et les lois du travail plus avancées: les reculs à ce chapitre (article 45) n’ayant pas encore eu le temps de montrer tous leurs effets. Cependant, on cherche vainement dans notre droit du travail, qu’on aimerait voir plus avancé, une quelconque obligation de l’employeur de prouver les difficultés économiques alléguées. Le droit de gérance, découlant du droit de propriété, est souverain. Tous les GM, Macdo et Wal-Mart de ce monde n’ont de comptes à rendre a personne. On ment sur la situation économique. On ferme. Merci, thank you, bye bye chers associés à 8.00 $ l’heure.

Voilà pourquoi les progressistes proposent l’introduction de lois strictes visant à faciliter l’accès rapide à la syndicalisation, à garantir le droit à la négociation et à la grève et à réglementer les licenciements et les fermetures d’entreprises, qui devraient être interdits lorsqu’elles sont rentables. On sait par exemple que les trop longs délais des processus d’accréditation sont souvent utilisés par les employeurs pour faire déraper les démarches des employés par diverses tactiques, notamment les mises à pied suivies d’embauche de nouveaux employés, la tenue de nouveaux votes ou même la fermeture de l’entreprise. Ces dernières années, le lock-out a été utilisé par des employeurs pour carrément affaiblir les syndicats et leur capacité de négocier des conventions collectives. L’absence de règles sur les fermetures d’usines accentue l’impuissance des travailleurs et des collectivités dont les intérêts sont ignorés par les choix des grandes entreprises. Afin de sauvegarder nos emplois, pourquoi ne pas mettre sur pied des plans sociaux obligeant l’employeur à créer au sein des entreprises un fonds de protection contre les licenciements collectifs et individuels financé par les entreprises et géré par les salariés.

Utopique ? Radical ? Peut-être. Mais qu’est-ce qu’on fait lorsque nous sommes collectivement confrontés à une véritable tentative d’extorsion ? Renoncez à vos droits, à vos lois ou nous partons. Étrange situation où, à l’échelle individuelle, une personne privée qui s’estime victime de tentative d’extorsion signale le délit à la police. Lorsqu’un groupe de salariés est victime du même crime, nous ne disposons d’aucun recours, sauf celui de crier notre indignation.

Alors une campagne de boycott de Wal-Mart ? C’est aux travailleurs et travailleuses directement et immédiatement concernés d’en décider. Et à personne d’autre. Aux forces sociales et politiques solidaires de ce combat d’emboîter le pas, le cas échéant. Quelque soit leurs choix, les progressistes seront à leurs côtés.

* Militants syndicaux, les auteurs sont membres de l’exécutif national de l’Union des Forces Progressistes

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