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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
La tendance à choisir le cégep anglais ne s’est pas renversée
L’école anglaise n’a pas cessé d’être assimilatrice
Mario Beaulieu
Le système d’éducation joue un rôle fondamental dans la transmission d’une langue et d’une culture. C’est un facteur essentiel à l’intégration des nouveaux arrivants. Dans à peu près tous les pays, l’éducation publique se fait exclusivement dans la langue de la majorité. Dans les cas où plusieurs langues nationales coexistent, les institutions publiques fonctionnent exclusivement dans une langue sur un territoire donné. Par exemple, en Belgique, la scolarité de tout étudiant se déroule obligatoirement en français ou en néerlandais, selon qu’il réside en Wallonie ou dans les Flandres. Ces politiques linguistiques territoriales sont par ailleurs tout à fait compatibles avec l’enseignement des langues secondes.

Avec l’adoption de la Loi 101 en 1977, les nouveaux arrivants furent tenus de fréquenter l’école française. Le Livre blanc de la Loi 101 proclamait que « l’école anglaise, qui constitue un système d’exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d’être assimilatrice. » Soulignons que la Loi 101 porte sur l’accès aux écoles publiques et non pas aux écoles privées non-subventionnées (comme c’est le cas dans des pays comme la Belgique ou la Suisse). Ce faisant, elle n’interdit pas le libre choix scolaire à proprement parler. Elle balise le financement public des écoles anglaises afin qu’il ne serve pas à angliciser les nouveaux arrivants.

Cependant, l’accès au réseau collégial public français n’est pas balisé par la Charte de la langue française. Le Québec est à peu près le seul État au monde où l’on finance des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite et sans aucune restriction. C’est important lorsqu’on sait qu’en 1996, 93% de la population immigrée avait plus de 15 ans à son arrivée et était donc en âge de fréquenter les cégeps ou les universités.

On a observé une augmentation élevée de la propension des étudiants allophones à choisir le cégep anglais. Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989. En 1990, 27,1 % des étudiants allophones qui sont passés par l’école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep anglais. Par la suite, le choix de fréquenter un cégep anglais est en forte hausse, atteignant 41,3 % en 1996, et semble se stabiliser par la suite (L’Action nationale, septembre 2004).

Par contre, les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais ne semblent pas ressentir avec autant d’empressement la nécessité d’apprendre le français avant d’entrer sur le marché du travail. En fait, ces allophones choisissent de façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais. Cette proportion s’établit à 97,3 % en 1990 et à 99,5 % en 2003.

En se référant aux données de l’an 2000, le mémoire du Parti Québécois à la Commission Larose proposait que le gouvernement du Québec porte, au cours des trois années suivantes, une attention particulière à la répartition des nouveaux inscrits allophones à l’enseignement collégial et demandait qu’à terme, si les tendances observées n’étaient pas renversées, le gouvernement prenne les mesures appropriées pour corriger la situation, y compris par l’extension au secteur collégial des dispositions actuelles de la Charte de la langue française relatives à la langue de l’enseignement. On mentionne qu’une telle mesure pourrait être de nature à favoriser et consolider les transferts linguistiques vers le français.

Tel que le démontre le graphique, la tendance à choisir le cégep anglais ne s’est pas renversée. Mais on ne trouve pas de mesures pour corriger la situation dans le projet de programme récemment proposé par l’exécutif national du Parti Québécois en vue du Congrès 2005.

Tous les chercheurs s’entendent pour dire que, parmi toutes les dispositions de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand impact sur la force d’attraction du français, notamment sur les transferts linguistiques, c’est-à-dire l’adoption par un individu comme langue d’usage à la maison d’une langue autre que sa langue maternelle.

Dans le mémoire du Parti Québécois à la commission Larose, en 2001, on constatait que : « Ce qui doit être une préoccupation majeure de la politique linguistique du Québec, c’est la prédominance toujours marquée des transferts en faveur de la langue anglaise. Selon qu’ils sont majoritairement favorables au français ou à l’anglais, les transferts linguistiques ont une incidence directe sur l’objectif d’intégration à la majorité francophone, objectif inhérent à la Charte de la langue française. En vertu de cet objectif, la proportion de transferts linguistiques vers le français devrait idéalement dépasser les 90 %, ce qui respecterait la représentativité réelle des anglophones québécois. » Nous sommes loin du compte. Selon Statistique Canada, cette proportion était de 46 % en 2001.

Les principaux progrès de la force d’attraction de la langue française se retrouvent chez les jeunes immigrants allophones, qui vont à l’école française à plus de 80 %. Cependant, la proportion desdits « enfants de la Loi 101 » qui effectuent des transferts linguistiques demeure restreinte. En 2001, seulement 9 % des allophones arrivés entre l’âge de 1 an et 14 ans ont effectué des transferts vers le français.

Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l’élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l’école française s’épuise presque totalement à partir de l’âge du collégial.

Les cégeps jouent un rôle beaucoup plus large que la simple transmission d’une langue. Il joue un rôle important dans l’intégration aux valeurs et à la culture publique commune au Québec. Les programmes d’études pré-universitaires y côtoient les programmes d’études techniques. En outre, l’enseignement collégial est une voie majeure d’intégration à l’emploi.

L’application de la loi 101 au cégep pourrait renforcer l’usage du français comme langue de travail. Selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones (45 %) travaillent le plus souvent en français (40 %) travaillent le plus souvent en anglais). En analysant ces données, le professeur Charles Castonguay de l’Université d’Ottawa en conclut que : « Le rayonnement de l’anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français. »

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