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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
50 % des investissements et 57 % des départs de médecins
Le surfinancement de McGill demeure un scandale éhonté
Frédéric Lacroix
Le gouvernement du Québec a autorisé la construction du McGill University Health Center (MUHC) et du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) au coût estimé de 800 millions de dollars chacun. De facto, le Québec accorde ainsi à McGill University la moitié des nouveaux investissements en santé à Montréal alors que les anglophones ne forment que 25 % de la population de Montréal (et 8 % de la population du Québec). Le Québec continue d’assigner 25 % des places en médecine à l’université McGill, soit trois fois le poids démographique des anglophones au Québec (notons que les francophones ont moins que leur poids démographique en places d’études en médecine, ce qui est un comble !).

On pourrait penser que le gouvernement fait les investissements nécessaires pour combler l’appétit du fauve nommé « Santé », mais tous les investissements ne se valent pas, et le retour sur certains semble pour le moins médiocre : une étude de l’Association des facultés de médecine canadiennes (AFMC) indique que les gradués de McGill représentent 57 % des départs de médecins du Québec. Environ 60 % des médecins formés à McGill quittent le Québec, cet exode affectant également les natifs du Québec. À l’inverse, les facultés de langue française ont un taux de rétention qui oscille autour de 88 %.

L’Université McGill reçoit le même montant que l’Université de Montréal pour les méga-hôpitaux bien qu’elle forme quatre fois moins de médecins pratiquant au Québec que l’U. de M., soit 10 % du total comparativement à 40 %. Mentionnons que les frais de formation d’un médecin sont de 125 000 à 150 000 dollars pour un généraliste pour commencer à saisir l’ampleur du désastre financier.

Cette tendance à l’exode des diplômés en médecine de McGill est aussi présente dans des domaines connexes; des programmes de formation en physique médicale ont récemment été crées au CHUQ (Hôtel-Dieu de Québec) et au CHUM (Université de Montréal). La raison invoquée ? Une pénurie actuelle et future de spécialistes diplômés en physique médicale capables d’œuvrer en milieu hospitalier. Les physiciens médicaux, pour la plupart, travaillent dans les centres de radio-oncologie à calculer les doses de radiation nécessaires pour traiter les tumeurs cancéreuses.

Un rapport du ministère de la Santé et des Services sociaux indiquait qu’en 2002, il y avait 18 postes de physiciens médicaux vacants au Québec. Et la demande pour de tels spécialistes ira croissant étant donné l’augmentation de l’incidence du cancer dans les sociétés occidentales. Le rapport du Ministère stipule également que, bien que McGill décerne annuellement 5 diplômes dans le domaine, seulement un ou deux gradués par année acceptent de pratiquer au Québec. Le taux de rétention de diplômés du programme de McGill ne dépasse pas 20 %. Le gouvernement du Québec a donc été forcé de créer au CHUQ et au CHUM des programmes en langue française pour fournir les hôpitaux en personnel qualifié.

Pour un investissement équivalent, le gouvernement du Québec obtient beaucoup plus de médecins de l’Université de Montréal que de McGill University. Ceci est également vrai dans le cas des physiciens médicaux. Pourtant, on ne constate nulle part le début d’une remise en cause de l’ampleur des sommes investies en santé à McGill, sommes qui dépassent de loin celles requises par le poids démographique des anglophones au Québec. Il faudrait assigner environ 10 % des places en médecine à McGill et 25 % des sommes à Montréal pour atteindre un niveau correspondant à l’équité entre les groupes linguistiques.

Curieuse gestion que celle qui consiste à faire des économies de bouts de chandelles sur le dos des assistés sociaux pendant que l’on continue à investir des centaines de millions de dollars pour des programmes de formation de médecins et de physiciens médicaux qui profitent… à l’Ontario et les États-Unis !

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