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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Livre : Le Québec et la laïcité
Cléricalisme ou laïcité ?
Guy Durand
Lors d'une table ronde sur La religion face aux obscurantismes, animée par Frank Olivier Giesbert sur TV5 en décembre 2003, le philosophe André Comte-Sponville, athée selon ses propres dires, affirmait que notre civilisation faisait face à deux dangers : celui du cléricalisme anti-religieux du XIXe siècle, celui de la tendance actuelle au technicisme et au nihilisme. Moi qui n'ai aucune foi, déclarait-il, j'essaie d'être un athée fidèle. Ce que j'appelle la fidélité, ce n'est pas une croyance à une quelconque transcendance, mais un sentiment d'appartenance, de filiation avec les siècles passés qui ont fait de notre civilisation ce qu'elle est.

La vraie question qui se pose à nous, poursuit-il, c'est que reste-t-il de l'Occident chrétien quand il a cessé d'être chrétien ? et là, de deux choses l'une. Si vous répondez qu'il ne reste rien, vous ne pouvez plus opposer quoi que ce soit ni au fanatisme de l'extérieur ni au nihilisme de l'intérieur ; et croyez-moi ce dernier danger est bien plus important que le premier. Si vous répondez qu'il en reste quelque chose; ce ne peut être une foi commune puisque celle-ci n'existe plus ; ce ne peut qu'être une fidélité commune, c'est-à-dire un attachement partagé à ces valeurs fort anciennes que nous avons reçues et que donc nous avons la charge de transmettre. La seule façon d'être fidèle est de les transmettre.

Et le philosophe allemand Peter Sloterdijk d'ajouter lors de la même discussion : se libérer de l'obsession anti-religieuse est un signe de santé mentale, même si le laïcisme acharné est compréhensible compte tenu du fait que le christianisme a été longtemps instrumentalisé. Aujourd'hui, ajoute pour sa part Alain Finkelkraut, le débat n'est plus entre cléricalisme et laïcité, mais entre deux formes de laïcité.

Dans ce contexte, je ne comprends pas que le projet de Convention pour l'Union européenne refuse d'identifier l'héritage chrétien parmi ses constituants. Il se contente d'évoquer de vagues et anonymes héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe. Le Québec n'est pas seul à souffrir de la maladie du déni de son histoire.

Le Québec et la laïcité, Guy Durand, Éditions Varia, 2003

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