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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Pour stopper l’entreprise de démolition des libéraux
La guérilla politique est la seule réponse
Marc Laviolette
En octobre, deux événements ont marqué l’actualité. La tenue du Forum populaire alternatif du Réseau Vigilance les 6 et 7 octobre dernier, où près de 800 militantes et militants ont examiné de près le discours et les pratiques néo-libérales du gouvernement Charest et ont fait appel à la résistance contre les politiques visant à pénaliser les pauvres (loi 57), sans oublier la déduction des services public en créant l’agence des partenariats privé-public (loi 51), l’imposition d’une contre-réforme dans les cégeps visant à faire éclater le caractère national de la diplômation, la réduction de l’accès à l’éducation supérieure pour les jeunes en adoptant des mesures de prêts-bourses ayant pour effet d’augmenter l’endettement étudiant.

Il y a également eu le boycott de la participation populaire et syndicale (sauf pour la FTQ et la CSD) au Forum des générations du gouvernement Charest, alors que plus de 1000 personnes ont manifesté le 12 octobre dernier, dénonçant l’opération de relations publiques visant à rehausser l’image « d’écoute de la population » de ce gouvernement. Image démasquée par les nombreuses actions de résistance populaire organisées depuis un an par le Réseau Vigilance et le mouvement syndical.

Ces deux événements ont coloré la rentrée sociale et politique au Québec et en disent long sur le contrat de mobilisation et d’éducation populaire qu’a devant lui le mouvement de résistance au gouvernement Charest.

Quelques mois après les élections de mars 2003, le premier ministre Charest, dans une lettre ouverte aux Québécois parue dans différents médias nationaux, avait clairement indiqué qu’il entendait passer outre les « corporatismes » et se démarquer des pratiques de concertations antérieures.

Les Québécois connurent alors les modifications au Code du Travail (article 45) sur les sous-contrats, les fusions syndicales et d’établissements dans le réseau de la santé, l’expulsion de la société civile du développement régional par la création des conseils régionaux d’élus (CRE) où seuls les élus contrôleraient le développement, l’annonce de la centrale au gaz du Suroît. S’ensuivit une résistance populaire et syndicale sans précédent qui culmina par la présence de plus de 100 000 personnes dans les rues le 1er mai et un vote syndical massif pour la tenue d’une grève sociale de 24 heures pour le retrait des lois anti-ouvrières et anti-sociales du gouvernement Charest. Les sondages indiquaient que 70 % de la population du Québec était insatisfaite du gouvernement.

En mars 2004, « volte-face » dans l’approche libérale. Le gouvernement annonce la création de forums de consultation. Son deuxième budget crée des espoirs au sujet de la politique familiale et de la lutte contre la pauvreté. Le projet de loi 57 et les modifications aux règlements d’aide sociale détruiront cette mince lueur d’espoir.

La ré-ingénierie deviendra la « modernisation de l’État ». On promet une commission parlementaire sur la politique énergétique du Québec avant de se prononcer sur la centrale au gaz du Suroît, on consulte sur l’avenir des cégeps. À l’Assemblée nationale, on laisse porter les effets des lois adoptées à la session d’automne 2003, et la session d’hiver 2004 adopte très peu de nouveaux projets de loi. Le ministre des Finances Yves Séguin et le premier ministre font diversion sur le déséquilibre fiscal et adoptent une approche provincialiste avec le Conseil de la fédération où les provinces font l’unité sur le front de la santé et se désunissent sur la péréquation. Charest se présente comme le Capitaine Québec.

La « volte-face » semble fonctionner, les sondages de la rentrée placent les libéraux et le Parti Québécois presque à égalité (43 % - 45 %) dans les intentions de vote, mais toujours avec une majorité de Québécois insatisfaits du gouvernement Charest.

L’hiver dernier, le ministre Chagnon, questionné sur la possibilité d’une grève sociale au Québec, s’était dit peu inquiété par la chose, parce qu’avec la loi 31 sur les fusions syndicales dans la santé « les syndicats seraient trop occupés à se marauder » plutôt qu’à faire la grève. L’histoire lui a malheureusement donné raison.

En juin, la FTQ annonçait qu’elle exercerait la grève sociale seulement si le gouvernement Charest produisait de nouvelles attaques frontales au mouvement ouvrier, la CSQ annonçait qu’elle n’exercerait pas son mandat à l’automne et la CSN, en septembre dernier, annonçait qu’en l’absence de conditions intersyndicales d’exercice du mandat, elle ne pouvait elle non plus l’exercer, mais qu’elle s’engageait dans la mobilisation de ses troupes dans une guérilla politique visant à forcer le gouvernement Charest à retirer les lois anti-syndicales et anti-populaires adoptées jusqu’ici.

Négociations du secteur public qui s’annoncent ardues, équité salariale non réglée, conflits sur la sous-traitance dans le secteur privé, le Fonds de solidarité et la FTQ placés sur la défensive par l’enquête publique sur le chantier Gaspésia, climat de division intersyndicale dans le secteur de la santé, politique énergétique et politique de l’eau à surveiller de près, attaques aux plus démunis de la société et un gouvernent qui a adopté, du moins en apparence, une stratégie des petits pas pour imposer ses changements néo-libéraux : la conjoncture n’est pas rose pour le mouvement de résistance au Québec.

Le Réseau Vigilance et le mouvement syndical ont le devoir de poursuivre leur guérilla politique par tous les moyens dont ils disposent. Tabler sur nos convergences, c’est la seule façon de stopper la démolition entreprise par le gouvernement Charest. Nous devons le faire sentir par notre présence dans la rue, entre autres en participant massivement à la manifestation organisée par le Réseau Vigilance, du 19 au 21 novembre à Montréal, au Congrès du Parti Libéral du Québec.

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