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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Disque : Récidive
Monsieur Lambert et le world beat québécois
Gabriel Sainte-Marie
Après 26 ans de Bottine souriante, l’emblème de notre musique traditionnelle récidive avec un deuxième album. Monsieur Lambert joue des airs à notre image. Demeurant fidèle à l’esprit du folklore, il lui ajoute des textes de nos poètes Gaston Miron et Raymond Lévesque : « J’ai voulu garder le côté festif de cette musique tout en lui donnant une profondeur dans les textes », nous déclare-t-il lors du lancement.

« J’ai aussi retenu des textes d’auteurs plus contemporains », ajoute-t-il. La culture populaire, avec des paroles de Francine Labrie en est un bon exemple. Cette joyeuse chanson dédiée à son ami Gilles Cantin, cofondateur de La Bottine et décédé cet été, parle de culture illicite du pot : « Soyons bons apôtres ! – Mon voisin a le sien – Moi j’ai le mien, – Avez-vous le vôtre ? – Soyons bons apôtres! – Ça coûte presque rien – Ça pousse bien – Faut en planter d’autres ».

L’album comprend plusieurs reels enjoués qui font taper des pieds, comme ceux de sa Suite pour l’indépendance, où l’accordéoniste barbu a deux souhaits : « L’indépendance politique et, en ce qui me concerne, l’indépendance financière. » Les chansons simplement traditionnelles sont aussi au rendez-vous. Yves Lambert s’est entouré du « pétulant » Jean-Paul Guimond de 71 ans, qui nous transmet l’entraînante Aura frifri.

Monsieur Lambert incarne l’ouverture de notre culture. Son rapprochement avec les sonorités arabes est un succès. Ses musiciens du Moyen-Orient s’intègrent élégamment à son accordéon. Sa chanson À l’abri des bombes est une nouvelle version de la populaire chanson Le fils du roi s’en va chassant. Le musicien s’explique : « Je suis tanné de voir George le Boucher manger de l’Arabe. » Ici, c’est « Le président s’en va chassant ». Le canard blanc perd « Par son bec, l’or noir et l’argent », et les plumes ramassées, « C’est pour en faire des lits de camp – Pour y coucher les combattants. »

L’album n’est pas un cocktail de musique folklorique festive, de poésie, d’une sonorité arabe et d’une vision progressiste. C’est un disque traditionnel. Depuis le début de notre histoire, ce genre musical a toujours été en évolution et il vient encore de faire un nouveau pas.

D’un autre côté, Yves Lambert profite du lancement de récidive pour dénoncer l’attitude hautaine des médias et des maisons de disque envers la musique traditionnelle : « Notre aristocratie est en pâmoison devant le world beat, mais snobe totalement le world beat qu’on fait ici. Le trad tourne jamais à la radio et est très mal distribué chez les disquaires. » Face à ce boycott, les artisans de ce genre musical restent méconnus et peuvent difficilement vivre de leur métier.

Le remplacement de la chaîne culturelle de Radio-Canada par une chaîne de musique continue fait disparaître la seule émission à grande diffusion qui portait sur notre musique folklorique. L’accordéoniste poursuit : « Avant, je m’en foutais que la radio boude notre genre de musique. Mais là, ils dépassent toutes les limites ! Radio-Canada met pas ses culottes, pis la radio privée est encore pire ! »

Paradoxalement, les événements et festivals de musique traditionnelle, comme le Festival Mémoire et Racines dans Lanaudière, sont en plein essor.

Récidive, Monsieur Lambert & compagnie, La pruche libre, 2004

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