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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004

La famine n’a surpris ni le FMI, ni les multinationales
André Maltais
Trois nouvelles études de cas portant sur l’Éthiopie, l’Albanie et la Corée du Sud, figurent aussi dans Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial.

En Éthiopie, montre Chossudovsky, le PAS a déstabilisé l’économie paysanne et détruit la sécurité alimentaire. Le pays africain a dû exporter ses excédents de céréales (pour rembourser ses créances) au lieu de réapprovisionner ses réserves d’urgences, de sorte que la famine de 1998-2000 n’a surpris ni FMI, ni les multinationales agroalimentaires américaines.

Celles-ci se sont empressées « d’exploiter le désastre en accordant une aide alimentaire sous forme de semences génétiquement modifiées ». Les semences traditionnelles du pays (orge, teff, sorgho, pois chiches, etc.) ont été manipulées génétiquement et brevetées.

« Au lieu de compensation et de respect, ce sont des factures que les Éthiopiens reçoivent aujourd’hui de la part des compagnies étrangères qui ont breveté les semences indigènes et exigent d’être payées pour leur utilisation ».

En Albanie, le « programme de faillites » appliqué aux pays d’Europe de l’Est, a d’abord organisé avec soin la destruction de l’industrie et du système bancaire.

Les pyramides financières qui, en 1997, ont ruiné les épargnants, « faisaient partie des réformes économiques imposées par les bailleurs de fonds occidentaux ».

« Les créanciers internationaux, soucieux de recueillir les paiements d’intérêts sur la dette extérieure de Tirana, avaient les yeux rivés sur le flux de l’argent sale en dollars et en marks allemands » qui était blanchi dans ces pyramides. C’est pourquoi ils les ont laissées en place le plus longtemps possible.

L’argent sale provenait, entre autres sources, du commerce de kalachnikovs destinées aux « frères albanais du Kosovo », ce qui servait les intérêts géopolitiques de l’Allemagne et des États-Unis.

En 1997-1998, pour la première fois, un pays développé (la Corée du Sud) était soumis aux « thérapies de choc » du FMI suite à la crise des monnaies asiatiques, fruit de la spéculation des mêmes institutions qui deviendront ensuite les créanciers du pays.

Chossudovsky raconte que, suite au remplacement du ministre des Finances coréen par un ancien haut-fonctionnaire du FMI et de la Banque mondiale, il n’y a même pas eu de négociation avec le gouvernement coréen.

Le projet d’entente de 57 milliards de dollars avait été rédigé à Washington, au siège social du FMI. Michel Camdessus (son directeur), s’est même permis de refuser de signer l’arnaque financière « tant que les trois candidats aux élections présidentielles du 18 décembre (on était le 3 décembre) n’avaient pas accepté les conditions de l’accord ».

Le nouveau président coréen de centre-gauche, Kim Dae-jung (prix Nobel de la paix), a ensuite tout accepté : suppression du contrôle des changes encourageant de nouveaux assauts spéculatifs contre le won, projet de loi pour congédier des travailleurs, indépendance de la Banque centrale face au gouvernement, etc.

« En un tournemain, dit Chossudovsky, le système étatique, qui soutenait depuis 40 ans le crédit grâce auquel la Corée avait connu un développement industriel des plus dynamiques, fut aboli ».

« Les intentions cachées étaient de détruire le capitalisme coréen » en brisant les reins des conglomérats ou chaebols, ce qui a permis aux sociétés occidentales d’acquérir à des prix ridicules les actifs industriels du pays.

La re-colonisation de la Corée du Sud était d’autant plus importante, ajoute Chossudovsky, que le gouvernement de Séoul s’était engagé à réaliser des investissements en Corée du Nord.

« Autrement dit, les nouveaux propriétaires américains des chaebols sont maintenant en mesure de contrôler la coopération économique inter-coréenne. Avec la puissance militaire américaine en toile de fond, la promesse d’une réunification – à laquelle tous les Coréens aspirent – permettrait d’imposer des réformes de “ libre marché ” à la Corée du Nord communiste, processus qui déboucherait sur la re-colonisation et l’appauvrissement de la péninsule coréenne soumise aux diktats du capitalisme américain. »

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