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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
Depuis 25 ans, le néolibéralisme a appliqué la même médecine à 150 pays
La dette des victimes passe de 65 à 2000 milliards $
André Maltais
L’appauvrissement globa-*-*- tel est le souvenir que laissera la fin du 20e siècle ouverte par la crise de la dette des années 1980 et l’écroulement des prix des matières premières. »

Cet appauvrissement global, Michel Chossudovsky l’explique en long et en large dans la nouvelle édition de son best-seller intitulée Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial.

Depuis 25 ans, écrit l’auteur, le FMI et la Banque mondiale ont appliqué la même médecine à plus de 150 pays avec, comme conséquence, que l’économie mondiale est « poussée dans l’abîme ».

Cela a d’abord commencé dans les pays « en développement » avec l’imposition des premiers PAS (programmes d’ajustement structurel) du FMI. Avec la chute du régime soviétique, les pays de l’Est et la Russie sont ensuite passés dans le collimateur, suivis, lors de la crise de 1997-1998, par les « tigres asiatiques » (Indonésie, Thaïlande, Malaisie et Corée du Sud).

Les PAS détruisent sciemment l’économie intérieure et le pouvoir d’achat des populations locales pour mieux perpétuer un endettement et une dépendance économique qui rapportent infiniment aux grandes banques et multinationales occidentales.

De 1970 à 1997, nous apprend Michel Chossudovsky, la dette extérieure de l’ensemble des victimes du FMI est passée de 65 à 2000 milliards de dollars!

La « solution » à la crise de l’endettement est en réalité la cause de cette même crise : les pays endettés exportent pour rembourser leurs dettes, mais doivent baisser le prix de leurs produits parce qu’ils sont en concurrence avec tous les autres pays endettés. Cette baisse sans fin augmente leur endettement.

Selon l’auteur, même le « marché libre » n’existe plus. Il n’est plus désormais qu’une idéologie « qui soutient une forme nouvelle et brutale de l’interventionnisme d’ État qui repose sur la manipulation délibérée des forces du marché. »

L’appauvrissement massif des trois quarts de l’humanité pèse ensuite sur l’économie de l’Occident en contractant la demande globale à l’importation, provoquant délocalisations, fusions et fermetures d’entreprises qui, à leur tour, appauvrissent les populations des pays riches et diminuent leur pouvoir d’achat.

On assiste alors à l’échelle mondiale, nous dit Chossudovsky, à une hausse de l’offre (surproduction) en même temps qu’à une baisse de la demande (sous-consommation), ce qui entraîne toujours plus de concentrations d’entreprises, perte d’emplois, pauvreté … et guerres !

Le lien entre le FMI et la guerre est très étroit. Cette dernière, comme en ex-Yougoslavie, « détruit ce qui n’a pas été démantelé par la déréglementation, la privatisation et la libéralisation du commerce ».

Chossudovsky explique que « depuis le début des années 1990, les grandes réformes entreprises dans les pays membres de l’OCDE renferment nombre d’ingrédients des PAS appliqués dans le tiers-monde et en Europe orientale » à cause du phénomène de conversion en dette publique des pertes des grandes sociétés et banques occidentales.

Il montre que les destinataires des subsides gouvernementaux ne sont nul autres que les créanciers des gouvernements de telle sorte que l’État finance son propre endettement et aide les institutions financières privées à l’influencer sur le contrôle des ressources publiques.

Chossudovsky consacre un nouveau chapitre de son livre à la manipulation des chiffres qui amène la Banque mondiale (et tous les instituts de recherche et milieux universitaires qui utilisent ses données les yeux fermés) à affirmer qu’une minorité de la population mondiale est pauvre.

La Banque mesure la pauvreté à partir d’un revenu inférieur à un dollar par jour. Chossudovsky réfute ce critère basé sur le seul revenu alors que, suite aux réformes du FMI, les prix des denrées de première nécessité montent en flèche sur les marchés intérieurs pour rejoindre ceux des grandes villes occidentales.

Pendant ce temps, les pays occidentaux calculent leur pauvreté selon les besoins d’un ménage pour combler ses besoins essentiels. Ainsi, les États-Unis déclarent 16,9 % de pauvres alors que, soumis aux calculs de la Banque mondiale, le Mexique n’en compterait que 10,1 % et toute l’Amérique Latine 19 % !

L’indice de pauvreté humaine du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) véhicule lui aussi des taux de pauvreté aussi absurdes que 10 % et 11 % pour le Mexique, la Colombie et la Thaïlande.

Selon Chossudovsky, avec plus de 60 % de la population latino-américaine en proie à une alimentation déficitaire en calories et protéines, nous avons un indicateur autrement plus sérieux!

L’auteur dénonce également le « visage humain » de la Banque mondiale et du FMI qui proclament que l’aide sera désormais octroyée aux seuls gouvernements qui s’engagent à « lutter contre la pauvreté. »

En réalité, nous dit Chossudovsky, la lutte anti-pauvreté du FMI consiste à remplacer les programmes réguliers des ministères touchant l’ensemble de la population par des programmes destinés aux « vrais pauvres ».

Ces nouveaux programmes, ciblés sur une région, un groupe ethnique ou un métier, sont confiés à des ONG internationales, dépouillant davantage les États de leurs fonctions sociales et augmentant la dépendance des pays envers l’aide internationale.

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