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Tonton coupe-coupe
N° 234 - novembre 2004
La reconnaissance des clubs politiques
L’ouverture du PQ interpelle la gauche
Monique Richard*
Donnant suite aux propositions du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec Libre (SPQ Libre), le Conseil exécutif national du Parti Québécois recommande que le Congrès de juin 2005 adopte d’importantes modifications aux statuts du parti, dont la reconnaissance des clubs politiques.

De tels changements ont le potentiel de régénérer la vie politique, chambouler le paysage politique et fournir aux souverainistes la forme tant recherchée de la grande coalition capable de mener le Québec à l’indépendance nationale.

Selon les nouveaux statuts, « un club politique est un groupe de militants pour la souveraineté qui veulent mettre en évidence et promouvoir l’expression politique d’une perspective spécifique qu’elles et ils jugent importante. » Les clubs « fonctionnent selon les règles qu’ils se donnent » et leur financement est « constitué des contributions de ses membres. »

Les clubs politiques « sont reconnus par la Conférence nationale, sur recommandation du Conseil exécutif national. » Pour être reconnu, un club politique doit remplir trois conditions : « a) adhérer à la déclaration de principe du Parti Québécois; b) produire une déclaration exposant sa mission; c) regrouper un minimum de deux cents membres en règle du Parti Québécois, dont au moins dix membres en règle dans quatre régions différentes. »

La proposition a l’avantage de combiner le respect de l’autonomie des clubs politiques et les conditions de leur participation à la vie du Parti Québécois. Les clubs adoptent leur propre Déclaration de principes, en fonction de la spécificité de leur mission, leurs propres statuts et règlements, mènent leur propre campagne de financement.

Il n’est pas obligatoire que tous les membres du club politique adhèrent au Parti Québécois. Il suffit que deux cents d’entre eux en soient membres pour satisfaire aux exigences de la reconnaissance du club par les instances du Parti Québécois. Bien entendu, comme le club veut faire adopter ses positions par le parti, il aura intérêt à ce que le maximum de ses membres y soient actifs.

La création de clubs politiques aura un effet bénéfique sur la vie démocratique du parti. Ceux et celles qui veulent défendre un point de vue particulier, une orientation, une conception du monde pourront et devront le faire visière levée. Il leur suffira de trouver un minimum de deux cents personnes partageant leurs vues.

On peut imaginer la création d’un club politique d’altermondialistes, d’un club politique féministe, d’un autre faisant la promotion d’une présence accrue des membres des communautés culturelles dans le parti et dans la société. De tels projets sont d’ailleurs en gestation.

Les clubs politiques pourront faire valoir leur point de vue aux différentes instances du parti : conférence nationale, conférence des présidents, commission politique, congrès national. Il est facile d’imaginer que ces clubs politiques nouent des alliances entre eux.

La reconnaissance des clubs politiques interpelle également la gauche indépendantiste à l’extérieur du Parti Québécois. Désormais, son choix est le suivant : se faire broyer par le mode de scrutin lors du prochain rendez-vous électoral ou joindre la coalition souverainiste avec la possibilité, par les clubs politiques, de conserver leur autonomie politique et organisationnelle.

Quand, au mois de mai 1997, dans la foulée du Sommet du Déficit zéro du gouvernement de Lucien Bouchard, Paul Cliche a lancé, dans les pages de l’aut’journal, son appel à la création du Rassemblement pour une alternative politique (RAP) – qui deviendra l’Union des forces progressistes (UFP) après avoir fusionné avec d’autres partis – il avait précisé qu’il était impératif d’obtenir une réforme du mode de scrutin, ce qu’il développa par la suite dans son livre Pour réduire le déficit démocratique. Le scrutin proportionnel. (Éditions de l’aut’journal, 1999).

Dans l’introduction de ce livre, Paul Cliche écrivait : « L’instauration de la représentation proportionnelle constitue une condition sine qua non pour que les forces progressistes indépendantistes puissent enfin occuper l’espace qui leur revient sur l’échiquier politique québécois en se voyant attribuer une juste part de la représentation parlementaire. »

Il faut saluer la perspicacité de Paul Cliche et le combat qu’il a mené par la suite pour mobiliser la société québécoise en vue d’une réforme du mode de scrutin. Nous devons lui donner le crédit d’avoir, par son dynamisme et sa ténacité, obtenu la mise sur pied d’États généraux sur la réforme des institutions démocratiques pour étudier la question. Malheureusement, le gouvernement du Parti Québécois n’a pas procédé aux réformes.

On ne peut réécrire l’Histoire et il est aujourd’hui admis que le prochain scrutin se déroulera selon les mêmes règles que les précédents. Les modestes succès de l’UFP lors des dernières partielles ne doivent pas faire illusion. Lors de l’élection générale, les tiers-partis seront réduits à la marginalité, surtout s’il y a polarisation sur la question nationale. Telle est la loi d’airain de notre mode de scrutin.

Mais, avec la reconnaissance des clubs politiques au sein du Parti Québécois, il existe désormais une alternative pour la gauche indépendantiste : investir le Parti Québécois, s’inscrire dans la grande coalition souverainiste, tout en conservant son autonomie politique et organisationnelle.

Bien entendu, cela signifie devoir faire des alliances pour faire triompher ses politiques, accepter que certaines de ses positions soient battues dans les instances, mais n’est-ce pas là l’essence même de la politique ? Nous invitons donc nos camarades de l’UFP et d’Option citoyenne à examiner attentivement la portée et l’ampleur de l’ouverture que représente la reconnaissance des clubs politiques au sein du Parti Québécois. Pourquoi pas un club politique UFP ? Pourquoi pas un club politique Option citoyenne ?

La reconnaissance des clubs politiques est l’assise sur laquelle peut s’édifier la grande coalition souverainiste nécessaire pour que le Québec accède à l’indépendance nationale. Cette coalition a connu plusieurs formes depuis la création du Parti Québécois en 1968. Au départ, s’y côtoyaient différentes tendances politiques, des créditistes de Gilles Grégoire aux progressistes et syndicalistes comme Robert Burns, Guy Bisaillon, Denis Lazure, Gilbert Paquette, Lise Payette, Louise Harel.

Puis, suite à l’échec référendaire de 1980 et, surtout, aux négociations du Front commun qui ont suivi, la coalition s’est effritée. Les syndicalistes et nombre de progressistes ont alors quitté le parti.

Lors du référendum de 1995, la coalition s’est reformée, cette fois à l’extérieur du parti, dans Partenaires pour la souveraineté qui comprenait, outre le Parti Québécois, le Bloc Québécois, les grandes centrales syndicales et différentes organisations communautaires. Partenaires pour la souveraineté était en quelque sorte le prolongement de la coalition souverainiste qui a vu le jour au sein de la Commission Bélanger-Campeau, au lendemain de l’échec de l’accord du Lac Meech.

Aujourd’hui, rien de tel n’existe et la renaissance d’une coalition sous cette forme est fort improbable. Il n’y a aucune dynamique similaire à ce que fut la Commission Bélanger-Campeau. Au contraire, les grandes centrales syndicales, pour ne prendre que cet exemple, n’ont plus le mandat de participer à de telles coalitions. Leurs membres n’ont pas encore digéré les compressions budgétaires du Déficit zéro et certaines politiques des deux mandats péquistes.

La voie à privilégier pour reconstituer la coalition des forces souverainistes est le Parti Québécois. Premièrement, parce que la prochaine bataille électorale sera titanesque. Les forces fédéralistes, sachant maintenant qu’elles peuvent perdre un référendum sur la souveraineté, mettront tout en œuvre pour empêcher l’élection d’un gouvernement à la recherche d’un tel mandat. Les souverainistes auront donc besoin d’un parti politique aguerri, militant et enraciné dans tous les milieux pour espérer triompher.

Deuxièmement, il est important, essentiel et primordial de restaurer le rôle des partis politiques dans notre vie démocratique en accordant aux différents courants politiques la possibilité de défendre leurs idées à visage découvert et à visière levée. Les vrais débats, les véritables arbitrages doivent avoir lieu au sein des partis politiques.

Pour y arriver, il faut, d’une part, mettre fin, au sein du Parti Québécois, à la « culture du consensus » qui a sclérosé sa vie interne. Les courants minoritaires doivent y être reconnus et respectés. C’est d’ailleurs ce que le préambule des nouveaux statuts affirme en présentant les clubs politiques comme « l’expression politique d’une perspective spécifique jugée importante par un groupe, constituant parfois une opposition ou une contestation, à l’intérieur même du cadre statutaire, sans pour autant rompre le lien partisan. »

D’autre part, les tenants de la gauche doivent accepter que certaines de leurs positions puissent être défaites sans se sentir obligé de déchirer leurs cartes de membre sur la place publique.

Notre société a beaucoup évolué au cours des quarante dernières années et il est aujourd’hui impensable pour certains souverainistes de rallier le Parti Québécois en mettant de côté leurs sensibilités politiques et les causes sociales pour lesquelles elles et ils militent. Côté social, ces souverainistes peuvent se trouver plus d’affinités avec l’UFP ou Option citoyenne, mais feront face à un cul-de-sac électoral.

La reconnaissance des clubs politiques au sein du Parti Québécois permet de concilier les facettes sociale et nationale de notre combat. À défaut de la proportionnelle, c’est la meilleure perspective que nous puissions imaginer.

*Pour le conseil d’administration du SPQ Libre

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