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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004

Santé !
François Parenteau
Quelle boîte à surprises que cette conférence sur la santé. D’abord, Martin avait promis que ce serait une conférence télévisée. On a bien pu en voir des bouts à la télévision, mais ça n’a pas été le match de hockey politique prévu. Il fallait voir Martin expliquer que ce n’est pas parce que les provinciaux et lui-même ne voulaient pas que certaines rencontres soient filmées, c’était juste que « Ça ne s’y prêtait pas... »

Ça aurait pris une vingtaine de caméras, selon lui. Me semble que ça aurait pu se trouver... Alors quoi, ils manquaient de fils, de batteries, de cassettes ? Ou ne serait-ce pas plutôt que, finalement, pour que la conférence réussisse, il fallait du bon vieux chantage politique de coulisses qui ne se filme pas ? Je suis sans doute trop cynique.

Et puis, cette conférence semblait vouloir tranquillement tomber dans la voie la plus fréquentée dans les relations fédérales-provinciales de ces dernières années, c’est à dire l’impasse. À côté du fédéral, les provinces ont toujours l’air de sept nains. Le seul moment où ils font front commun, c’est le temps de la photo de groupe. Dès que ça commence à brasser, la chicane pogne.

Mais pas cette fois. À la dernière minute et contre toute attente, une entente a été signée. Et il paraît que notre Jean Charest a été le grand artisan de cette réussite. Pour une fois, il « était prêt... ». Il a l’air tellement fier. On le sent dire en son for intérieur: « Non, mais m’avez-vous vu aller ? Confiant, déterminé, la poignée de main franche, les yeux par en bas de même... Ça vous en bouche un coin, les petits nationaleux qui disent que je suis une lavette ! J’ai été magique ! Zippedi-paw ! » Prouvant que cet homme a l’habileté d’être encore plus désagréable quand il fait des bons coups que quand il fait ses mauvais coups habituels.

Le temps d’une signature, Charest a réussi à faire passer le fédéralisme asymétrique. Le temps, en fait, que les autres provinces s’en rendent compte et que ça ne puisse plus fonctionner.

Bien sûr, le fait que Paul Martin ait été premier ministre du Canada a joué. Avec Jean Chrétien, la seule chose qu’il pouvait accepter d’être asymétrique, c’était sa face... Avec Martin, c’est différent : il est minoritaire... Il ne faudrait donc pas oublier que Charest doit une partie de cette victoire au succès du Bloc québécois aux dernières élections fédérales.

La réaction de Bernard Landry à ce sujet est plutôt décevante. « J’aurais fait mieux », ça fait un peu trop ti-coq. Et puis, c’est difficile à croire dans les circonstances. Un discours plus nuancé aurait sans doute été plus porteur. D’abord souligner le fait que si on est capable de faire preuve d’asymétrie à la pièce, pourquoi n’a-t-on jamais été capable, au fédéral, de reconnaître officiellement cette asymétrie québécoise. La seule raison possible, c’est que toute asymétrie ne saurait être que temporaire et dépendre des humeurs politiques au Canada anglais, ce qui n’est pas très rassurant. Mais, au lieu de minimiser le bon coup de Charest, il aurait aussi pu s’en approprier un boutte. Par exemple, il aurait pu dire:

« Poc poc poc...Quand on ouvre un pot de cornichons (et ici, M. Charest devrait savoir de quoi je parle...), tout le monde donne un effort pour le desserrer et il arrive que ce soit le petit neveu un peu mauviette qui réussisse à ouvrir le couvercle grâce à l’effort conjugué de ses prédécesseurs. C’est ce qui vient de se produire ici. Alors bravo pour la mauviettte, mais il a brassé le pot et on a perdu des cornichons. »

Enfin, on a retrouvé ces millions volés et il faut maintenant se demander quoi en faire. Il y a un sondage à cet effet sur la cyberpresse, aujourd’hui. On nous demande si l’argent du fédéral devrait servir uniquement en santé. Évidemment, on n’a qu’à penser à l’état des bibliothèques scolaires au Québec pour conclure que ce serait intéressant d’investir une partie de cette somme en éducation. Il y a des limites à pouvoir progresser intellectuellement en n’ayant pour toutes références qu’un Atlas de 1974, un Larousse de 132 pages et Martine à la ferme, même si la pensée du ministre de l’Éducation, Pierre Reid, semble être basée sur ces trois ouvrages.

Texte lu à l’émission du 18 septembre de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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