L'aut'journal
Le jeudi 17 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004

Le nombril couronné
Gilles Derome
Une politique d’accueil s’appuie sur des exigences pour les autres et enseigne très tôt aux immigrants le vocabulaire et les codes de la culture du pays d’accueil. Au Canada, il est interdit de porter des armes, de mettre le feu à sa femme sans être puni, de faire exciser ses filles. Il est même théoriquement interdit, excepté à Toronto disent les médias, de faire travailler des femmes et des enfants à des salaires minables.

Une politique d’accueil s’appuie tout autant sur des devoirs. Le pays qui ouvre ses portes se doit de parler un peu moins fort de lui-même et son premier message de confirmer que le colonialisme que fuient les immigrants ne se perpétue pas chez lui. Il est donc souhaitable que le crucifix ne trône plus dans nos écoles et nos tribunaux, à moins de lui adjoindre les images de Bouddha, de Krishna et le Miroir du Cœur de Vajrasattva. L’idée de la diversité culturelle s’accompagne d’un effort qui commence par une diminution de l’étalage de ses propres symboles. Moi, moi, moi et mon nombril couronné est désuet.

Faut-il encore étendre la main sur la Bible des catholiques, des chrétiens et des juifs pour pouvoir dire la vérité ? Lorsque j’ai été engagé à la radio de Radio-Canada en 1959, il fallait jurer fidélité à la reine d’Angleterre. Ça se faisait dans le bureau d’un fonctionnaire qui ne pouvait plus faire autre chose. Il avait été tabletté et s’empressait de bâcler la cérémonie tout en s’excusant d’enregistrer notre serment sur une Bible protestante. De toute façon, c’est toute la même chose, ajoutait-il sur un ton rassurant. Quand la foi fout le camp, le décorum prend le bord.

Dans la foulée de cette politique d’accueil et d’ouverture, il serait impérieux que les Canadians, selon l’orthographe proposée par l’historien Michel Brunet, se mettent de la partie et que leur reine cesse de monopoliser tous les murs vides de tous les édifices fédéraux d’un bout à l’autre du Canada. Et pourquoi pas ? Elle a fait son temps.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.