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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
La Zléa moins l’OMC égale l’Aléna
Seule l’alliance des populations freinera l’Aléna
Élodie Bedouet
Que s’est-il passé au cours de ces dix dernières années ? L’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) a-t-il entraîné de véritables changements au sein des trois pays concernés ? Et quelles sont les perspectives d’avenir ? Voici ce dont il a été question durant le colloque tri-national, organisé par le Réseau Québécois sur l’Intégration Continentale (RQIC), qui s’est tenu à Montréal les 17, 18 et 19 septembre dernier. Au total, ce sont plus de trois cent personnes, dont plus de 30 % venus de l’extérieur du Québec, qui ont afflué pour prendre connaissance du bilan social, élaboré par 32 experts venus du Mexique, des États-Unis, du Québec et du reste du Canada.

Il faut souligner que les échecs des négociations de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) conduisent à une « intégration profonde » en Amérique du Nord, appelée Aléna+. Dorval Brunelle, le directeur de l’Observatoire des Amériques, estime que ce développement serait dû « au mécontentement des promoteurs et des défenseurs du projet, aux préoccupations d’ordre sécuritaire depuis les événements du 11 septembre 2001 et à la militarisation de l’espace nord-américain et la construction d’un bouclier anti-missiles ».

M. Brunelle faisait référence au Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE), qui profite du repli stratégique sur l’espace nord-américain pour proposer plusieurs stratégies aux entrepreneurs telles que: « réinventer les frontières, maximiser les efficacités réglementaires, négocier un pacte de sécurité détaillé des ressources, rebâtir l’alliance de défense nord-américaine, créer un nouveau cadre institutionnel ». L’objectif est d’atteindre « l’harmonisation des tarifs, des règles d’origine, des recours commerciaux, la stratégie énergétique, les priorités de base en matière de défense et le renforcement des institutions canado-américaines ».

Face aux projets du patronat, l’élaboration de nouvelles stratégies tri-nationales apparaissent comme fondamentales pour défendre les intérêts des populations. Plusieurs actions syndicales ont d’ailleurs permis de faire reculer les multinationales en rendant publiques les négociations. « Nous avons gagné la guerre de la vérité mais pas celle de l’opinion », lance un participant québécois. « Les populations sont au courant des négociations et des manigances des multinationales. Maintenant, il reste à convaincre les populations de s’unir et de ne pas attendre que leur situation se dégrade pour se mobiliser ! ».

Marc Dean, du Syndicat des professionnels et professionnelles du gouvernement du Québec (SPGQ), prend l’exemple des piqueteros en Argentine pour montrer qu’un autre monde est possible avec un peuple solidaire. Les mouvements syndicaux doivent davantage coopérer et ne pas prendre modèle sur le capitalisme pour fonctionner. « Par exemple, la multiplication des syndicats entraîne une concurrence entre eux alors que cela est contre-productif ! ».

Pour Marc Dean, le changement comportemental passe en grande partie par l’éducation. « Les mouvements sociaux doivent investir dans les médias indépendants et les aider financièrement. Le message dominant des médias commerciaux ne sert pas les intérêts du peuple. On ne peut faire le poids qu’en contrant l’information ! ».

Conscient du danger du chapitre 11 de l’ Aléna qui permet d’accroître le pouvoir des corporations en affaiblissant la souveraineté des États-Nations, Alberto Arroyo Picard, du Réseau mexicain d’action face au libre-échange (RMALC), propose de renégocier l’ Aléna. « Au Mexique, 95 % du marché financier est détenu par le marché étranger! Il n’y a pas de place pour la concurrence afin de garantir aux étrangers leur place de rois ! ».

Pour changer la situation, « les moyens concrets d’action sont les réseaux tri-nationaux. Il faut donc les consolider et créer de nouveaux réseaux régionaux » car c’est l’alliance des populations qui permettra de freiner l’ Aléna et de renverser la vapeur comme cela a été le cas pour la ZLÉA, de préciser Alberto Arroyo Picard.

Néanmoins, « les entreprises n’ont pas toujours eu gain de cause, comme on a pu le constater au Québec avec Wal-Mart », souligne l’américaine Sarah Anderson de l’Institut des études politiques (IPS) à Washington. Cet exemple montre que le mouvement syndical a réussi à faire reculer la multinationale. Elle ajoute qu’au Mexique, « Wal-Mart entreprend de se construire juste à côté des grands temples religieux. Seule la collaboration transnationale des sociétés civiles américaine, canadienne et mexicaine peut éviter ce désastre environnemental ».

Gabrielle Pelletier du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGÉ), propose plutôt de se munir de procédures contraignantes en matière environnementale et sociale car les protocoles existent, mais « la communauté internationale ne réussit pas à les faire fonctionner, comme celui de Kyoto. Notre travail est terminé si les règles ne sont pas respectées. Il faut donc surtout agir à ce niveau-là ».

Toutefois, une perspective nouvelle pourrait se dessiner dans très peu de temps. En effet, les élections américaines risquent d’être décisives en ce qui concerne l’avancement des négociations de l’ Aléna. « Si John Kerry emporte la victoire, il pourrait y avoir une nouvelle conjoncture puisqu’il a promis 120 jours de débats sur ces questions », affirme Alberto Arroyo Picard. Néanmoins, Sarah Anderson reste méfiante des promesses électorales. « L’élection de Kerry pourrait en effet améliorer les négociations, mais il ne faut pas trop avoir d’illusions sur des changements en profondeur du traité, de la part des Démocrates. Seule la solidarité des populations amène le changement social car ce sont les intérêts des populations qui sont en jeu. Personne ne les défendra à notre place ».

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