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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Les étudiants employés de l’UQÀM se classent premiers
Ils sont les moins payés de toutes les universités
Gabriel Sainte-Marie
Le 4 mai dernier, le Syndicat des étudiantEs employéEs de l’Université du Québec à Montréal recevait son accréditation. Le SÉtuE, affilié à l’Alliance de la fonction publique canadienne (AFPC), regroupe les 1500 assistants de cours et de recherche de l’UQÀM.

Comme l’indique son président Pierre-Antoine Harvey : « Il s’agit du premier syndicat au Québec qui représente l’ensemble des étudiantes et étudiants employés d’une même université. »

Seuls les assistants de cours de l’université McGill sont déjà syndiqués depuis plus d’une dizaine d’années. Mais Pierre-Antoine Harvey explique que « dans le reste du Canada, il y a dix-sept syndicats similaires au nôtre. » Fait étonnant, cette percée québécoise est plutôt un rattrapage par rapport au Canada, malgré notre plus grand taux de syndicalisation.

Le président du syndicat poursuit : « Les emplois nouvellement syndiqués ont de particulier qu’ils sont temporaires et le seront toujours. On voit mal un étudiant être correcteur pour un professeur pendant dix ou quinze ans ! Mais ce n’est pas parce que ces emplois sont temporaires qu’ils doivent être attribués de façon arbitraire, non reconnus et mal payés ! » La convention collective qui sera négociée cet automne devra régler ces lacunes.

Harvey explique que la première tâche du syndicat sera de faire reconnaître à l’UQÀM le rôle et le travail des employés étudiants à leur juste valeur : « Par exemple, lors du processus d’accréditation du SÉtuE, l’université n’avait même pas la liste des travailleurs concernés et ignorait leur nombre. » Cette situation est similaire à celle des chargés de cours de l’UQÀM qui se sont battus pour se faire reconnaître. Leur expérience aidera les étudiants à passer à travers différentes embûches plus facilement et plus rapidement.

Reconnaître un travail à sa juste valeur signifie entre autres le rémunérer convenablement. L’échelle salariale actuelle varie de 8,60 $ l’heure pour un étudiant au baccalauréat à 14 $ l’heure pour l’étudiant au doctorat. Pierre-Antoine Harvey s’indigne : « À titre de comparaison, un étudiant au doctorat qui travaille à McGill reçoit 23 $ l’heure. À l’UQÀM, on n’a pas eu d’augmentation depuis quatre ans, à part 10 cents l’an passé parce que les étudiants au bac étaient pratiquement rémunérés au salaire minimum! Les étudiants employés de l’UQÀM sont les moins bien payés de toutes les universités québécoises. »

Le président du SÉtuE explique que ses membres n’ont plus envie de payer les frais du sous-financement des universités, d’autant plus qu’avec la sérieuse réduction de l’aide financière aux études, ces emplois à temps partiel deviennent pour les étudiants un revenu souvent indispensable.

Le SÉtuE lutte également pour que les contrats soient respectés. Harvey poursuit : « Surtout en sciences humaines et en sciences pures, les étudiants correcteurs ou chercheurs dépassent fréquemment les heures rémunérées. » Par exemple, un correcteur payé pour 20 heures en travaillera 40, voire plus s’il veut réaliser un travail de qualité. Le salaire horaire est trop souvent inférieur au salaire minimum.

Puisque les contrats ont jusqu’ici été attribués selon la préférence des professeur, l’étudiant lésé se trouve en position délicate puisque son patron est celui qui l’évalue pour son cours, son mémoire de maîtrise, sa thèse de doctorat, ou encore c’est celui qui lui donnera un contrat la session suivante. Il va sans dire que le nouveau syndicat a beaucoup de pain sur la planche !

Un autre pan de la reconnaissance est celui touchant le travail intellectuel et les droits d’auteurs. De façon fréquente dans certains départements, certains professeurs s’approprient le travail de recherche et de rédaction des étudiants chercheurs sans même les citer ou les remercier dans leurs publications. De telles pratiques vont à l’encontre de la politique de reconnaissance des droits d’auteurs de l’UQÀM, mais Harvey affirme qu’il faut encore la faire respecter !

La négociation de la première convention collective débutera à la mi-octobre. Plusieurs militantes et militants bénévoles sont déjà actifs au sein des comités de négociation et de structure, puisque tout est encore à faire.

Sa courte histoire illustre comment naît un syndicat dans un milieu précaire. Elle commence avec Mathieu Dumont, alors employé par l’AFPC, et son ami Mario Bertoncini, étudiant à l’UQÀM. D’une idée et de la volonté d’accroître la présence syndicale naît en juin 2003 le Collectif étudiant pour la syndicalisation, au Café Chaos, rue St-Denis. S’ensuivent deux blitz de 500 signatures de cartes d’adhésion syndicale en août 2003.

Pierre-Antoine Harvey raconte : « La principale difficulté fut de trouver les étudiants employés. Il n’existait pas de liste officielle et personne ne connaissait leur nombre. De plus, ces jeunes travaillent souvent à la maison et ont des contrats de deux ou trois mois. »

En septembre 2003, le Collectif dépose puis retire sa demande d’accréditation. Il n’y avait pas assez de cartes. En mars 2004, la demande est déposée de nouveau, cette fois-ci avec environ 700 cartes. La Commission des relations de travail refuse l’accréditation. L’UQÀM vient de créer la liste des étudiants employés et on comprend alors que seulement 42 % des travailleurs ont signé leur carte, ce qui est insuffisant.

Néanmoins, ce dépôt donne le droit à un vote sur l’accréditation, qui se tiendra à la fin avril. Après quelques réflexions, le Collectif favorise cette option. Avec la nouvelle liste en main, le Collectif incite les étudiants employés à aller voter. 96 % des 850 personnes s’étant déplacées ont appuyé la création du syndicat. Le compte y est et le syndicat naît officiellement en mai dernier. Les autres syndicats de l’université s’empressent de reconnaître et de féliciter le nouveau venu.

Cette expérience prouve qu’il est encore possible d’accroître la présence des syndicats au Québec. Même si certains dirigeants syndicaux se frottent la bedaine en clamant que le Québec est l’endroit le plus syndiqué d’Amérique du Nord, nous sommes encore loin des pays européens comme la Belgique, qui a une présence syndicale de plus de 80 %.

La syndicalisation des employés étudiants de l’UQÀM confirme les statistiques démontrant que les jeunes désirent être syndiqués, contrairement aux ouï-dire répandus par les intérêts patronaux.

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