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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Forum sur la relève syndicale et militante
Le So ! So ! So ! fait un peu démodé
Julie Roy
Le défi du militantisme. L’expression était bien choisie pour décrire le contenu du Forum sur la relève syndicale et militante qui avait lieu les 24 et 25 septembre dernier à l’UQAM à l’instigation du comité des jeunes de la Centrale des syndicats du Québec. Soulignons qu’étaient réunis à cette occasion des participants jeunes et moins jeunes issus des milieux étudiants, alter-mondialistes, politiques, syndicaux, non-syndiqués, communautaires, institutionnels, coopératifs, environnementaux et féministes et qu’une telle diversité de participation mérite en soi d’être saluée.

Pendant ces deux jours, la question du militantisme a été abordée par divers moyens (conférences, témoignages, échanges), en s’attardant aux réalités actuelles (courant néolibéral, gouvernement en pleine réingénierie et sabrant dans les acquis sociaux, population vieillissante) et sous tous les angles nécessaires (état actuel du militantisme, importance, obstacles, contraintes, enjeux, pistes de solution).

Le débat n’a pas fait rage, le consensus était plutôt général. Les participants ont pu ressortir encouragés et davantage outillés pour faire face à la musique. Mais le défi est de taille…

En tant que jeune militante qui s’implique pour favoriser l’émergence de la relève dans son propre milieu, je retiens en particulier les trois pôles autour desquels s’articulent les leviers de pouvoirs qui permettent de faire changer les choses selon M. Gregor Murray, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT).

Le premier pôle constitue la réalisation de stratégies et de projets autonomes, ce que le chercheur associe à l’image du cerveau. Autrement dit, il faut encourager les initiatives personnelles et locales et croire en la théorie des petits pas. Les jeunes, sans nécessairement avoir des valeurs différentes, vivent pour la plupart des réalités davantage marquées par la précarité et l’isolement qui les rendent vulnérables aux pressions externes et les placent en situation de survie. Ils sont confrontés à une multitude d’enjeux qui les interpellent et à une structure militante dans laquelle ils ne se reconnaissent pas toujours, le lieu véritable de décision leur paraissant également très loin d’eux.

De plus, plusieurs cherchent désespérément à concilier le travail et la famille. Les gestes quotidiens qu’ils peuvent poser, ne serait-ce que commencer à s’indigner et à poser un regard différent sur l’information véhiculée pas les médias, prennent alors tout leur sens et leur importance et ne doivent en rien être dénigrés par des militants ayant davantage de temps et bénéficiant d’une plus grande sécurité.

Le deuxième pôle à développer est la solidarité interne, ce que M. Murray compare à l’oxygène. Les organisations militantes doivent renouveler leurs façons de faire. Le « So ! So ! So ! » habituel est un peu démodé. Il y a moyen de faire autrement et de permettre à des jeunes de participer au processus de changement. De plus, le mentorat qui permet à de jeunes militants d’être initiés au fonctionnement et aux codes internes par des militants plus expérimentés et qui les amène à étendre leur réseau social de militance constitue un excellent moyen de développer des solidarités intergénérationnelles.

La mise en place de mesures de conciliation travail, famille et militantisme n’est pas non plus à dédaigner. Les structures doivent être adaptées pour s’assurer une plus grande démocratie, une représentation adéquate des femmes et des personnes issues de groupes minoritaires. L’éducation prend ici aussi toute sa place pour permettre aux gens de saisir l’importance des enjeux, de percevoir leurs conséquences concrètes et d’être à même de faire une lecture différente et critique du discours politique. Enfin, les organisations doivent prendre garde à ne pas épuiser leurs militants pour ne pas perdre des soldats.

Le troisième pôle représente le développement de solidarités externes (régionales, nationales et mondiales), la création de réseaux et la coordination nécessaire à établir entre eux. C’est le cœur. Dans le contexte de mondialisation actuel, on comprend pourquoi cela a son importance.

Ajoutons cependant que le soutien que peuvent apporter les grandes organisations aux plus petites dans lesquelles se retrouvent souvent nombre de jeunes militants est primordial. L’aide aux médias indépendants l’est tout autant pour préserver les moyens de communication.

Ces grandes organisations deviennent des modèles à suivre et la lourdeur de leur structure ou la diversité de leurs intérêts ne doivent pas les empêcher de se trouver des points communs et de se rallier le moment crucial venu devant un adversaire qui cherche à les diviser encore davantage, qui criminalise l’image du militant et qui est plus intéressé par une éducation compétitive qu’on pourrait vendre ailleurs qu’à une éducation à la citoyenneté.

Ouf !

Le militantisme n’est pas de tout repos, mais je regarde déjà ce que je peux faire concrètement dans mon milieu. C’est vrai que je n’ai pas eu à me battre pour faire ma place… On m’a laissé ma chance quand je l’ai demandée, on m’a donné le droit à l’erreur et permis de faire mes preuves. C’est autant d’énergie de plus que je peux consacrer à militer !

L’auteure est responsable du comité des jeunes au Syndicat de l’enseignement de Champlain (CSQ).

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