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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Ottawa veut-il une guerre syndicale à l’échelle du pays ?
Le gouvernement a besoin de boucs émissaires
Vincent Larouche
À l’heure d’écrire ces lignes, plus de 40 800 fonctionnaires à l’emploi du gouvernement fédéral ont déjà entrepris des mesures de grève. Au total, 130 000 membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), travaillant dans tous les ministères fédéraux et dans les principales agences gouvernementales, pourraient débrayer d’ici à la mi-octobre. La stratégie du syndicat, qui avait décidé de limiter ses demandes lors des négociations, n’a pas permis une négociation honnête et rapide, comme il l’espérait.

La présidente nationale de l’AFPC, Nycole Turmel, n’en est pas à sa première négociation avec Ottawa. « Celle-ci était différente, explique-t-elle, car nous avions vraiment limité nos demandes. Nos membres préféraient s’en tenir aux questions salariales, pour accélérer les négociations. Mais le fait d’être raisonnables n’a pas accéléré les choses, et le gouvernement est toujours aussi intransigeant avec nous. »

Les augmentations de salaires demandées varient selon les différentes catégories d’emplois, mais le syndicat souligne qu’elles demeurent toutes très raisonnables. Entre 1991 et 2002 (année à laquelle remonte la dernière augmentation consentie aux fonctionnaires), les salaires dans la fonction publique ont augmenté de 18 %. Durant la même période, le secteur privé a connu des hausses salariales de 26,5 % et l’indice des prix à la consommation a augmenté de 24,6 %. Le syndicat réclame d’ailleurs la parité avec le secteur privé pour certains métiers.

Le conflit entre le fédéral et ses fonctionnaires a vu ressurgir les vieux préjugés selon lesquels les employés de l’État coûteraient trop cher aux contribuables. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), à qui personne n’avait demandé son avis, a exhorté le gouvernement à maintenir la ligne dure face aux syndiqués, pour éviter une explosion des coûts. Pourtant, dans l’ensemble des dépenses du gouvernement fédéral, les salaires comptent pour à peine 2 % !

L’AFPC rappelle aussi qu’entre 1991 et 2003, l’effectif de la fonction publique canadienne a diminué de 12 %. Cette réduction de personnel est encore plus importante si l’on considère que la population du Canada a augmenté de 9 % entre les recensements de 1991 et 2001. Les fonctionnaires sont donc moins nombreux et doivent servir un nombre plus important de citoyens. Pour parler d’explosion des coûts au fédéral, mieux vaudrait se tourner vers les dépenses en achats de mobilier de bureau, qui ont augmenté de 215 % en cinq ans.

« Ce n’est pas une question de manque d’argent, le gouvernement veut simplement nous utiliser comme bouc-émissaires, s’indigne Nycole Turmel. Il a fait de belles promesses électorales par rapport à la santé et aux municipalités, maintenant il veut faire passer ça sur notre dos. »

Ottawa refuse aussi de corriger les écarts salariaux créés par les taux régionaux de rémunération. Présentement, un mécanicien à Banff gagne 10 % de plus qu’au Québec. La situation touche aussi les pompiers et plusieurs autres emplois.

Le conflit s’annonce déjà très dur. Le 17 septembre dernier, à St-John’s, Terre-Neuve, d’importants renforts policiers, dont certains à cheval, ont servi à briser les lignes de piquetage devant un centre fiscal. Les grévistes étaient pourtant demeurés disciplinés et pacifiques, mais avaient refusé de laisser passer les cadres qui les remplaçaient au travail. Le sergent June Layden, porte-parole de la police, avait alors défendu la décision des forces de l’ordre d’utiliser des chevaux contre les syndiqués. « C’est très efficace pour ouvrir des lignes de piquetage ».

La présidente nationale du Syndicat des employés de l’impôt, affilié à l’AFPC, a écrit à John McCallum, ministre du Revenu national du Canada, pour le prévenir. « Il me semble que vous voulez une guerre syndicale à l’échelle du pays », a-t-elle lancé.

Les membres de l’AFPC ne sont pas seuls dans leur combat. Ils ont déjà reçu l’appui d’autres syndicats importants, notamment le Syndicat canadien de l’énergie et du papier. Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), de son côté, a déjà annoncé qu’il participerait aux lignes de piquetage et soutiendra financièrement l’AFPC. Le président national du SCFP, Paul Moist, a dénoncé « cette attaque tous azimuts contre l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur public ». Même le syndicat des agents correctionnels du Canada, qui avait quitté l’AFPC pour joindre la CSN il y a quelques années, a annoncé qu’il appuierait les grévistes dans leur lutte.

Dans l’ensemble, le public donne aussi son appui aux fonctionnaires. Des vacanciers qui ont été incommodés par les débrayages à Parcs Canada se sont déclarés solidaires des grévistes et ont signé des pétitions demandant des salaires équitables pour les employés de l’État. Les résultats d’un sondage mené en juillet révèlent aussi que près des trois-quarts des personnes interrogées estiment que l’écart salarial de 20 % entre certains employés du fédéral et leurs homologues des secteurs privé et public devrait être éliminé.

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