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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
L’Institut économique prend sa vessie pour une lanterne
Faire mentir les chiffres n’est pas une science
Vincent Larouche
La publication par l’Institut économique de Montréal (IEDM) d’une « note économique » intitulée « La hausse des droits de scolarité réduirait-elle l’accessibilité aux études universitaires ? » a fait couler beaucoup d’encre l’hiver dernier. En comparant la situation du Québec à celle des autres provinces, l’Institut présentait le gel des frais de scolarité comme mesure nuisible. La majorité des médias se sont contentés de colporter les affirmations de l’IEDM sans les confronter aux chiffres et à la réalité. Dans une étude étoffée, Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin se sont livrés à l’exercice.

Les auteurs remarquent d’abord que le « taux de participation » tel que défini par l’IEDM est « la proportion de jeunes de 20 à 21 ans inscrits à temps plein dans une université ». Pourtant, selon la Fondation canadienne des bourses du millénaire (une des sources de l’IEDM), les étudiants de 20 à 21 ans ne constituent que la minorité de la population universitaire totale. Les étudiants qui préparent un diplôme d’études collégiales technique ou qui attendent quelques années avant d’entrer à l’université font donc baisser le « taux d’accessiblité » aux études universitaires, selon l’Institut.

L’IEDM affirme que des frais de scolarité plus bas sont associés à un faible « taux d’accessibilité ». Pour arriver à cette conclusion, il superpose les deux variables dans un graphique et trace une droite régressive, malgré la grande dispersion des données. « Pourtant, écrivent Lacroix et Sabourin, un simple test statistique de base suffit pour démontrer que la fameuse droite n’est pas statistiquement significative, c’est-à-dire que les points sont trop dispersés pour inférer relation. » Cet exercice de vérification si simple n’a été effectué par aucun des grands médias qui ont traité de la « note économique ».

Dans son calcul, l’IEDM utilise les données de la Fondation canadienne des bourses du millénaire. On omet toutefois de mentionner que, selon cette même fondation, la relation ne tient pas pour les provinces dotées d’un important réseau collégial, comme le Québec. L’Institut tente de faire passer le taux de fréquentation universitaire moins élevé du Québec pour un échec, alors qu’il s’agit plutôt d’une particularité due à l’importance du réseau des cégeps.

Lacroix et Sabourin font aussi remarquer que ce taux d’inscription à l’université ne donne aucune idée du taux de diplômation. « Qu’importe un taux d’inscription de 50 % si la moitié des étudiants abandonnent leurs études par manque de ressources financières en cours de route ? », font-ils remarquer.

Ils soulignent qu’une étude sérieuse sur le sujet devrait prendre en compte la composition socio-économique des cohortes d’étudiants qui fréquentent le milieu universitaire. Par exemple, une diminution du nombre d’étudiants des milieux plus pauvres indiquerait clairement que l’accessibilité baisse quand on augmente les frais de scolarité. Puisque ces données n’existent pas, déplorent-ils, il faut se rabattre sur d’autres variables pour peindre un portrait de la situation.

Lacroix et Sabourin s’appuient sur les données de Statistique Canada pour démontrer qu’au palmarès des provinces, le Québec est tout de même en cinquième place pour ce qui est du taux de diplômation, une variable que l’IEDM ne prend même pas en compte. Sur ce point, cinq provinces se retrouvent derrière le Québec. Celui-ci présente donc un profil comparable à la moyenne. Le Québec a même gagné deux places depuis 1986.

Lacroix et Sabourin rappellent aussi qu’en 1965, le rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avait révélé que les francophones se classaient au 12e rang sur 14 dans l’échelle des revenus selon l’origine ethnique. Seuls les Italiens et les Amérindiens se classaient moins bien. Très peu de francophones avaient accès à une éducation post-secondaire à l’époque. Les tranches plus âgées de la population québécoise contribuent encore aujourd’hui à infléchir le taux de diplômation global à la baisse. En l’espace de trois décennies, des progrès immenses ont été réalisés au Québec : le taux de diplômation est passé de 6,2 % pour les 65 ans et plus à 24,1 % pour les 25-34 ans !

En examinant le taux de diplômation des 25-34 ans, le Québec se retrouve en troisième place, tout juste derrière la Colombie-Britannique, mais devant la Nouvelle-Écosse. Le taux de diplômation du Québec est supérieur à sept provinces sur dix. Seule l’Ontario se démarque nettement du lot et tire à la hausse la moyenne canadienne.

Ce qui fait dire à nos deux jeunes chercheurs que « la situation du Québec et sa progression sont enviables. Rien ne justifie de qualifier la situation du Québec “ d’échec lamentable ” », comme l’a fait le vice-principal à l’administration et aux finances de l’université McGill, Morty Yavlovsky.

En conclusion, les auteurs servent une réplique bien sentie aux partisans du dégel des frais de scolarité, qui répètent sans cesse que le financement de l’éducation supérieure par l’État oblige le contribuable moyen à financer par ses impôts les études des enfants de familles aisées. « Un mécanisme permettant de faire payer les riches existe déjà, écrivent Lacroix et Sabourin. Il s’appelle l’impôt progressif sur le revenu ! »

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