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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Les syndicats en mènent-ils trop large ?
Pour qui ? Les multinationales et le patronat ?
Léo-Paul Lauzon
Vendredi le 24 septembre dernier, j’ai eu l’insigne privilège d’être invité à la nouvelle émission de Marie-France Bazzo à Télé-Québec, « Il va y avoir du sport ». Je vous en prie, faites pas vos jaloux. Le sujet très original à débattre était : « Les syndicats en mènent-ils trop large ? ».

Au début, je croyais que c’était une nouvelle émission humoristique car, vous en conviendrez avec moi, quiconque suit l’actualité socio-politico-économique depuis les vingt dernières années, en viendra à dire qu’il faut un profond sens de l’humour pour s’interroger le plus sérieusement du monde, quant à savoir si les syndicats en mènent trop large !

Pas le patronat, pas les médecins, pas les lobbyistes, pas les pétrolières, pas les pharmaceutiques et pas les banques, qui nous volent sur une base quotidienne, pas les faiseux qui s’approprient nos biens et nos services publics par le biais des partenariats publics-privés, pas les exploiteurs qui veulent appauvrir encore plus les travailleurs par la sous-traitance, etc.

Bien sûr que non, eux ce sont des bienfaiteurs qui nous créent de la richesse et nous font l’aumône de l’emploi. Et il y aurait encore plus de richesse et d’emploi s’il n’y avait pas ces satanés syndicats.

Les syndicats sont tellement puissants que ce sont certainement eux qui ont fait élire Jean Charest l’an dernier, qui sont assurément derrière la doctrine de l’État allégé et minimal prôné par nos élus et leurs affairistes qui ont exigé que le parti libéral du Québec charcute l’article 45 sur la sous-traitance et qui soutiennent ardemment avec les jeunes libéraux du Québec l’abolition de la formule Rand.

Ce sont, bien entendu, eux qui ont voté haut et fort pour les baisses d’impôts et les hausses des frais de scolarité, de garderie, du transport en commun, de l’électricité et de l’assurance-médicaments, qui ont imposé au gouvernement de subventionner généreusement les écoles privées et les entreprises, qui sont farouchement pour les centrales hydroélectriques privées qui se multiplient au Québec, qui ont sommé l’État de couper encore plus dans l’aide sociale beaucoup trop généreuse à leur goût.

Ce sont évidemment les syndicats qui ont ordonné à « leurs » politiciens de favoriser la sous-traitance et les pseudos-partenariats publics-privés, qui sont également férocement partisans d’une baisse radicale du salaire horaire minimum qui stimulerait l’emploi, qui ont voté pour une baisse de taxes et d’impôts des entreprises afin de les rendre plus concurrentielles, etc. Ben oui, tout le monde sait ça, que ce sont les syndicats qui mènent au Québec et que Jean Charest ne prend aucune décision sans les consulter.

Voyons donc, madame la marquise, l’État et les syndicats oppresseurs sont toujours trop gros et les multinationales et le patronat opprimé, trop petits. L’État et les syndicats ne seront jamais assez petits pour tous les opportunistes de ce monde. Si les syndicats sont si puissants, expliquez-moi donc comment se fait-il que le taux de syndicalisation au Canada est passé de 34,2 % en 1987 à 30,2 % en 2003, alors que, dans le secteur privé, il a régressé de 26 % à 18 % entre 1977 et 2003, selon Statistique Canada (La Presse, 1er septembre 2003) ?

Un coup parti, dites-moi donc pourquoi le revenu d’emploi médian des travailleurs se situe-t-il à un « astronomique » 24 300 $ en 2002 et qu’il n’a pas augmenté d’une cenne noire par rapport à 2001, toujours selon Statistique Canada (La Presse, 26 mai 2004) ? Et, tant qu’à y être, vous allez me dire pourquoi, selon Statistique Canada, la famille moyenne n’est pas plus riche aujourd’hui qu’il y a 20 ans (Journal de Montréal, 15 avril 1999), alors qu’au même moment le Canada a connu une phénoménale croissance économique qui ne s’était jamais vue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et que les compagnies ont réalisé des profits records année après année ?

Et puis, en voilà encore une autre de Statistique Canada parue dans La Presse du 8 avril 2004 : « Pendant 10 ans, les familles canadiennes ne se sont pas enrichies » alors que l’article du 27 août 2004 paru dans le même journal s’intitulait : « Les entreprises font des profits records » depuis l’an 2000.

Profits records pour les entreprises et leurs dirigeants et baisse de revenus pour les travailleurs et les familles en pleine période de croissance économique et sainte-bine, on vient vous demander sans rire si les syndicats en mènent pas trop large? Léo, calme toi le ponpon !

Peut-être que certains « smattes » vont me dire que les fonctionnaires, eux, font la grosse passe sur notre dos ? Et ben, lisez bien le titre de ces deux articles du Devoir du 18 mai 1995 et du 28 novembre 2003, intitulés respectivement : « Les employés de l’État à la queue de l’ensemble des salariés québécois » et « Par rapport à la grande entreprise privée – Salaire et rémunération : l’administration québécoise est en retard ». Le Devoir faisait alors référence aux études produites par l’Institut de la statistique du Québec.

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement libéral du Québec du beau « Brummel » à Jean Charest vient d’offrir le gel salarial aux employés de l’État du Québec pour les deux prochaines années, tel que souligné dans La Presse du 16 juin 2004 : « Québec dépose ses offres aux 600 000 fonctionnaires ». Ben oui, les syndicat sont trop forts, mais pas les juges qui viennent d’obtenir une petite augmentation de traitement de l’ordre de 42 667 $ l’an, rétroactive à juillet 2001, selon un article de Rodolphe Morissette du Journal de Montréal paru le 1er juin 2004.

Voilà donc, du moins je le crois, la preuve indubitable et irréfutable du pouvoir indû des syndicats qui tiennent les bonnes entreprises en otages et oppriment nos bons samaritains de dirigeants d’entreprises, de juges, de milliardaires, de médecins, etc. Voilà pourquoi il faut déréglementer le marché du travail et dégraisser l’État qui est à la solde des gros syndicats omniprésents.

Faudrait surtout pas que le salaire des travailleurs mette en péril les profits records des entreprises et les salaires éléphantesques des patrons. Les monstrueuses hausses du prix de l’essence, des médicaments et des services bancaires ainsi que les augmentations orgiaques du salaire du gratin économique que sont les boss, les juges et les médecins créent de la « bonne » inflation qui mettent une bonne et saine pression sur la retenue salariale des travailleurs et des pauvres qui eux, sont créateurs de la « mauvaise inflation ».

À bien y penser, si c’était à recommencer, j’adopterais une attitude totalement différente, beaucoup plus réfléchie, plus universitaire et plus professionnelle à l’émission de Marie-France Bazzo à Télé-Québec et je décrierais cette fois-ci le pouvoir indû des syndicats qui en mènent définitivement trop large. Encore une fois, j’ai fait un fou de moi à la télé publique en prétendant le contraire. Pôvre petit Léo, tu n’apprendras donc jamais !

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