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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Avec Porter Gross à la tête de la CIA
Le président Bush se dote d’une agence prétorienne
Michel Chossudovsky
Après la démission de George Tenet du poste de directeur de la CIA, l’administration Bush a immédiatement mis en candidature le remplaçant de son choix, Porter Goss, représentant républicain de la Floride. Ancien agent de la CIA, Goss préside la commission du renseignement de la Chambre des représentants depuis huit ans. Il a aussi présidé, avec le sénateur Bob Graham, la commission spéciale du Sénat et de la Chambre sur les attaques du 11 septembre.

Selon la Maison-Blanche, cette nomination précipitée était justifiée par la crainte d’une possible attaque terroriste contre les États-Unis dans la foulée du départ prématuré de Tenet.

Toutefois, si l’objectif véritable est de renforcer la sécurité du pays, pourquoi le président Bush a-t-il nommé un individu connu pour ses liens suspects avec la filiale terroriste islamique ?

Les relations personnelles qu’entretenaient Porter Goss et le dirigeant du renseignement militaire pakistanais (ISI), le général Mahmoud Ahmad, sont amplement documentées. Selon le Washington Post, le général Ahmad « dirigeait une agence d’espionnage notoirement proche d’Ossama ben Laden et des Talibans ».

Selon le Council on Foreign Relations (CFR), l’ISI a, au fil des années, appuyé différentes organisations terroristes islamiques, tout en maintenant des liens étroits avec la CIA. De plus, selon des sources du renseignement et le FBI, le général Mahmoud Ahmad pourrait avoir joué un rôle en sous main dans le financement des présumés terroristes du 11 septembre. Pourtant, ce même individu, Mahmoud Ahmad, était en visite officielle à Washington du 4 au 13 septembre 2001, rencontrant son homologue George Tenet ainsi que des membres clés de l’administration et du Congrès, y compris le Secrétaire d’État Colin Powell et le représentant Porter Goss.

À la fin du mois d’août 2001, à peine quelques semaines avant le 11 septembre, le représentant Goss, accompagné des sénateurs Bob Graham et Jon Kyl, participait à une mission de renseignement de la plus haute importance à Islamabad, qui fut à peine mentionnée par les médias américains.

Des rencontres eurent lieu avec le président Pervez Musharraf et des dirigeants militaires et du renseignement pakistanais, incluant le dirigeant de l’ISI, le général Mahmoud Ahmad. L’ISI, sous la direction du général Ahmad, fut présumément à l’origine de l’assassinat du leader de l’Alliance du Nord, Ahmed Shah Massoud. L’attentat kamikaze contre ce dernier s’est produit le 9 septembre, pendant la visite officielle du général Mahmoud Ahmad à Washington. Le communiqué officiel de l’Alliance du Nord accusait d’ailleurs l’ISI dirigé par le général Ahmad d’être impliquée dans l’assassinat.

L’hôte du général pakistanais durant sa visite à Washington était le représentant Porter Goss, qui est maintenant en nomination pour le poste de directeur de la CIA. Le matin du 11 septembre, Goss était à un déjeuner en l’honneur de Ahmad, que le FBI soupçonnait, dans un rapport rendu public à la fin du mois de septembre 2001, d’avoir financé les kamikazes. Ce déjeuner a été décrit dans un rapport de presse comme une réunion de suivi après une autre rencontre tenue au Pakistan, deux semaines avant les attentats.

L’appui de l’ISI à diverses organisations terroristes depuis le début des années 80 s’est poursuivi après les attentats du 11 septembre, malgré l’engagement du gouvernement pakistanais à « coopérer » avec Washington dans la guerre contre le terrorisme.

Au moment de la mission de Goss et Graham à Islamabad, à la fin août 2001, l’ISI appuyait encore activement Al-Qaïda et les Talibans, selon le CFR.

De plus, selon un rapport détaillé de Human Rights Watch, « le Pakistan avait fourni aux Talibans des conseillers militaires et un support logistique au cours de batailles clés, a financé les Talibans, a facilité le passage d’armes, de munitions et de carburant à travers son territoire et a ouvertement encouragé le recrutement de Pakistanais envoyés pour combattre avec les Talibans. »

Ainsi, l’ISI soutenait le terrorisme au moment même où Porter Goss et Bob Graham établissaient de proches relations de travail avec son chef, le général Ahmad. Ce dernier avait même fait le point sur la situation pour les deux élus américains, lors d’une rencontre au quartier général de l’ISI, à Rawalpindi, Pakistan, lors de leur visite au mois d’août 2001. La menace croissante d’Al-Qaïda fut discutée, alors que l’ISI appuyait le réseau Al Qaïda.

Pourtant, en aucun moment depuis le 11 septembre 2001 le représentant Goss et son homologue du Sénat Bob Graham n’ont reconnu le rôle de l’ISI pakistanais relativement au réseau Al-Qaïda. Au contraire, un an après les attaques, l’ancien chef de l’ISI continuait d’être décrit comme un honnête homologue du renseignement, soutenant la « guerre au terrorisme » américaine.

En d’autres mots, deux semaines avant les attentats du 11 septembre, le candidat de la Maison-Blanche au poste de directeur de la CIA était mis au courant de la menace croissante d’Al-Qaïda par un général pakistanais qui dirigeait une agence d’espionnage notoirement proche de Ossama ben Laden et des Talibans. Pendant ce temps, l’opinion publique américaine est portée à croire que la réorganisation de la CIA est requise afin de mener efficacement la guerre au terrorisme.

L’une des recommandations de la commission spéciale du Sénat et de la Chambre sur les attaques du 11 septembre, présidée par Goss et Graham, est une réorganisation massive de l’appareil du renseignement qui permettrait à la CIA de contrôler 70 % du budget des 40 milliards $ de l’agence (elle n’en contrôle actuellement que 12 %).

Une large part de ce budget élargi du renseignement sera consacrée à la guerre au terrorisme. La nouvelle législation introduite récemment par Goss donne au directeur de la CIA des pouvoirs étendus, en plus de renforcer le rôle de la CIA comme administration parallèle responsable de la politique étrangère américaine, surplombant les fonctions du département d’État.

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